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[ITV] REVEREND DEADEYE & BROTHER AL

[Blues/Garage/Gospel profane] Le Révérend autoproclamé, Brennt de son prénom, a grandi dans une réserve Navajo en Arkansas, de parents missionnaires pentecôtistes et d'un père pasteur qui le fit jouer, tout jeune, lors des baptêmes et fêtes religieuses. Expériences d'où il tire sa ferveur. De là, et du whisky.
Ses concerts sont fous et habités, à vous faire bouger frénétiquement comme un jeune chiot. Criant avec lui « Fuck The Devil ! », ou bien « Let's get drunk on Jesus ! » et autres poésies, jusqu'à l'étourdissement, vaincus par la puissance christique de ses riffs Garage dégueulasses, et ses complaintes Gospel bizarres.
Auparavant seul sur scène, en homme orchestre ("one-man-band" en anglais, ce qui a une autre gueule), il est désormais accompagné à la batterie par Brother Al, son fidèle compagnon de route depuis des années.
Après deux grands albums remplis de hits (« Turn or Burn » en 2008, « The Trials and Tribulations of the Reverend Deadeye » en 2010), ils ont sorti « Devil ? He's a Liar » (chez Pygmy Mountain Music) en 2015.

Nous les rencontrons dans leur loge spartiate de la Maroquinerie, autour d'une corbeille de fruits, avant d'aller jouer devant 300 personnes ébahies qui ne les connaissaient pas, et on a parlé à Brennt de sa jeunesse, de sa tristesse, de gospel et de religion, de baston de poules, et même de politique.

Chicane : Alors, c'est quoi ce concert surprise, ça s’est décidé au dernier moment ?

Reverend Deadeye : En fait, on devait jouer en tant que 3ème groupe pendant 20 minutes, et sans être payés... mais finalement la première partie a annulé, alors on est là pour 45 minutes et on est payé.
J’avais pas mal de problèmes d’argent, je partais en tournée en ne sachant pas trop ce qui allait se passer... alors, c'est bien, et c'est un beau festival (Les Nuits de l'Alligator).

Ton album est divisé en deux parties, une plus garage, et une plus intime. Et tes derniers concerts tendaient plus vers le Garage qu'avant...

Reverend Deadeye : En live oui, j'ai plus tendance à jouer des titres plus durs.


Mais j'ai remarqué que lors de votre concert à la Mécanique Ondulatoire, les gens semblaient complètement fans de tes ballades, telle que "Coldest Heart". Es-tu si triste que ça, dans la vie ?

Reverend Deadeye : Je crois que pour moi, afin de me sentir heureux, j’ai besoin de me sentir triste. Et, probablement que je n’atteins pas le même niveau de bonheur que de tristesse… (rires).
Et en même temps, sur ce titre, je ne suis pas aussi triste qu’on peut le penser… Surtout par rapport au moment où je l’ai écrit. A l'origine, c'était une chanson d’amour, pour ma copine, et puis on a rompu et j’ai changé les paroles... (rires).

Et "Underneath the ground" ?

Reverend Deadeye : Je ne la vois pas non plus comme une chanson triste. C’est plus une chanson gospel, elle a la même signification que « Can’t take it with you when you die" : Laisse toutes tes possessions derrière toi, laisse tous tes problèmes…

Al : Mais bon, c’est à propos de la mort.

Reverend Deadeye : Oui.

Al : C’est un peu ce qui caractérise le Gospel, « ne te prends pas trop au sérieux, la vie d’après c’est là où tu veux aller ».

Du coup, puisqu'on est dans le registre Gospel, d'où te vient la chanson "Drunk on Jesus" ?

Reverend Deadeye : En fait, « Drunk on Jesus », littéralement, c’est quelque chose que les gens disaient dans ma jeunesse : « being drunk on the spirit » : c'est dans la bible. Mais bon, ma chanson a un sens plus « libéral », on va dire…
C’est quelque chose en lequel je crois vraiment, être « drunk on the spirit », de la même façon qu'être « drunk in love ».
Je lisais un article dernièrement qui disait qu’être amoureux sécrétait les mêmes endorphines que lorsque tu bois de l’alcool. Et ça j'y crois.

Mais quand j'étais gamin, j’ai souvent vu, à l'église comme ailleurs, des gens tomber par terre, en transe, dans ce même état d’esprit.

Tu as toujours été plongé là-dedans, dès ton plus jeune âge ?

Reverend Deadeye : J’étais dans un groupe qui voyageait de meetings en meetings (pentecôtistes*) pour y faire de la musique, pendant les offices. Enfin, le groupe, c’était ma mère, mon père, mon frère et moi. Dans le groupe, mon père jouait de la guitare, et le reste de la famille chantait. J’ai commencé le piano à 5 ans, et le reste je l’ai appris par moi-même. Mon père m’a donné quelques notions, vite fait.
On faisait des navajo gospel songs. Parfois en anglais, mais souvent en Navajo.

Tu en as gardé quelque chose de cette époque ?

Reverend Deadeye : En fait, « Everything’s gonna be alright » est une chanson Navajo.
La façon dont je répète les paroles, c’est typiquement un truc de Navajo. Parce qu’à la base, il y a énormément de paroles et c’est très difficile de s’en souvenir, alors du coup, ils répètent une partie presque indéfiniment. Et puis c’est plus simple pour moi aussi, parce que bon, j’ai 43 ans et je ne me souviens plus des paroles non plus.

As-tu d'autres influences majeures, autres que musicales ?

En fait ce que je recherche, ce que je veux, c'est trouver ce sentiment/cette façon/cette puissance que mon grand-père éprouvait en courant à travers l’église, en prêchant, criant, chassant des démons imaginaires... Trouver ce feu qui l'animait.

Ta famille écoute ce que tu fais ?

Reverend Deadeye : Ma mère adore "Drunk on Jesus", par exemple, elle l’a même posté sur son Facebook. Elle était moins emballé par "Fuck the Devil", à cause des jurons, et du contenu aussi.

C’est quoi le gospel pour toi, qu’est-ce que ça représente ?

Reverend Deadeye : Musicalement, spirituellement, cette joie de jouer de la musique et même cette tristesse, tout me vient du Gospel. De toutes ces chansons que nous chantions pendant nos meetings, et des chansons de Hank Williams que mes grands-parents me chantaient.

Et jouer avec les Navajos c'est vraiment comme jouer du punk-rock. Les Navajos prennent leurs instruments et ils jouent. Et des fois, ils ne savent pas en jouer. Ou ils ne sont pas bons, genre, quelqu’un va se lever pour chanter une chanson et au lieu de l’encourager, d’autres se mettent à chanter autre chose, et le groupe ne suit pas, puis en fait si, c’est un peu n’importe quoi.

Ta famille écoute ce que tu fais ?

Reverend Deadeye : Ma mère adore "Drunk on Jesus", par exemple, elle l’a même posté sur son Facebook. Elle était moins emballé par "Fuck the Devil", à cause des jurons, et du contenu aussi.

Sur ton dernier album, il y a de nombreuses chansons intimistes, brute, comme "Annalee" ou "When the Hammer Falls", avec un énorme buzz continu, derrière... Pourquoi as-tu choisi de les enregistrer de cette manière ?

Reverend Deadeye : Enregistrer de manière analogique, c’est quelque chose que je voulais vraiment. J’ai ramené tout le groupe à Nashville dans un studio d’enregistrement (c’est un ami qui m’a offert cette session), et on a fait 3 chansons. L’année d’après, j’y suis retourné avec Al, et on a enregistré l’autre moitié. On n’avait pas vraiment décidé de ce qu’on allait en faire.

Al : "Voyons le nombre de chansons qu’on peut faire en 1 jour, retournons dans ce studio et écrivons de nouvelles chansons". Après on est retourné chez nous avec toutes ces chansons différentes, et on a décidé de séparer tout ça.

Reverend Deadeye : Oui enfin, ensuite le mix et le mastering ont duré infiniment, et du coup j’ai dit au mec « envoie moi les fichiers ». Et voilà.

Alex, tu étais son tour-manager/roadie/label, et maintenant aussi son batteur. Vous vous connaissez depuis longtemps ?

Al : On est potes depuis 2004/5, je tournais avec mon groupe American Relay, et lui avec le sien.

Reverend Deadeye : J'étais en formation two-men-band avec mon frère, deux one-man-band donc. C’était Révérend Deadeye et Brother Backslider. Et on aimait se disputer sur scène à propos de la religion et d’autres trucs, c’était un pécheur et j’essayais de le sauver. Du coup, des fois je me levais et je lui foutais une branlée.

On avait une chanson qui s’appelait « Backslider Saviour », et dans l’intro il parlait, et il essayait d’expliquer à notre mère pourquoi on était parti boire au lieu d’aller à l’Eglise…

Puis il est parti travailler loin, et je me suis mis en One-man-band. Et puis ma copine de l'époque est venue jouer avec moi. Ça s’est bien passé, et puis…

Et puis tu as écrit "Coldest Heart".

Reverend Deadeye : Ouais.

En étant de nouveau en duo, tu te te sens libéré de la rigidité du format One-man-band, ou pas du tout ?

Reverend Deadeye : En fait, justement, c’est le contraire. Ça me prend beaucoup plus de temps d'essayer d'apprendre à jouer les chansons de la même manière qu’on les a répété, parfaitement. Alors qu’en One-man-band, je pouvais jouer comme je le voulais, à la vitesse que je voulais.
Je me rappelle d’un concert une fois, j’étais très saoul, et je me souviens avoir demandé à Al (son tour-manager à l’époque) à la fin du concert  : « Est-ce que j’ai joué une seule de mes chansons ? » Je mélangeais tout, j’en commençais une et j’en jouais une autre au milieu de celle-là, c'était n'importe quoi... mais c’était un putain de concert !
Et ça, on ne peut pas le faire à deux.
Ah si, j’ai vu les Immortal Lee County Killer faire ça, mais c’est tout.

Ça fait longtemps que vous n’êtes pas revenus en France, que s'est-il passé ?

Reverend Deadeye : En fait ça vient du fait que je ne jouais plus, je n’essayais plus, je voulais vraiment revenir, mais rien ne marchait, financièrement. Et le travail à la ferme me prenait beaucoup de temps…

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J’ai enregistré quelques trucs un peu avant, quand je vivais en Caroline du Nord dans une caravane abandonnée, en haut dans les montagnes, mais je n’avais pas vraiment d’argent pour aller en studio. Et la plupart de ces trucs étaient des ballades tristes.
Il y a plein de chansons que je n’ai jamais sorti, jamais enregistré, plein de vieilles chansons de l’époque de « Drinking with the Reverend », et on va probablement en sortir un album.

Est-ce que lorsque tu vivais à la ferme, tu te disais que c'était devenu ta vie, et que ta musique n'était plus ta priorité ?

Reverend Deadeye : Pas vraiment. L’idée était de construire et de mettre en place la ferme, pour ensuite être un peu plus tranquille, et recommencer à tourner. Tout ce que je fais, pour le meilleur et pour le pire, ça a toujours été dans le but de jouer. Comme lorsque, tout gamin, je livrais des pizzas pour pouvoir répéter avec mon groupe. Rien ne m'a jamais arrêté, j’ai toujours eu cette idée-là.
Et je n’ai jamais été jusqu’à me dire que ma vie c’était la ferme, jouer mes chansons dans le salon, puis plus tard pour mes gamins... non.

Cela dit, la meilleure vidéo que j'ai vu de toi, c’est celle dans ta ferme, interrompu par une baston bizarre...

Reverend Deadeye : Ouais c’était un canard pourchassant un poulet en effet. Je faisais cette vidéo, seul devant mon piano, je sais plus trop pourquoi, je voulais voir si j’arrivais encore à jouer je crois, et quand la baston a démarré, j’ai essayé de calmer le jeu entre eux... et après coup, j’ai regretté de ne pas les avoir insulté pour la vidéo, mais bon... j’ai ensuite fini la chanson, et à la dernière note, le coq s’est mis à chanter. C’était parfait.

Tu écoutes encore d’autres choses que du gospel, du blues ou de la country ?

Reverend Deadeye : Je n’écoute pas de pop du tout. J’écoutais du métal quand j’étais plus jeune.
Au lycée, moi et mon père, on se battait constamment parce qu’il ne voulait pas que j’écoute de la « musique profane »… Du coup au début j’écoutais du christian metal, genre Stryper, tout ça, puis j’ai commencé à vouloir me rebeller contre mon père, alors j’ai écouté d’autres trucs.
J’avais un groupe dans les 90’s, on faisait du "dark rock'n'roll", genre Bauhaus, et j’ai fait un truc à moi.
Reverend Deadeye était, en fait, une sorte de "pas de côté" de manière à faire autre chose que des trucs super sombres…

J'ai cru voir que tu avais un certain style, d'ailleurs

Reverend Deadeye : Au début des années 90, j’avais des dreadlocks, elles étaient assez courtes, et fin 90 elles étaient plus grandes, du genre des mecs qui se droguent dans les toilettes. Mais du coup, quand j’allais en cours, les gens me prenaient pour un hippie. Alors je mettais un t-shirt où on voit un punk défoncer la gueule d’un hippie, pour que les gens sachent que j’ai rien à voir avec ces gens là.

Mais du coup, tu te sens Chrétien ?
Dans ta musique, tu t’attaches à ce coté religieux ?

Reverend Deadeye : En fait, c’est une bonne question…
Je ne suis pas un fan de la religion organisée, mais j’aime l’aspect spirituel des chansons, j’aime le gospel… l’énergie et ce que le Gospel transmet, j’adore ça. Je crois toujours au côté spirituel du Christianisme, la façon de sortir ce qu’on a en nous, mais je ne crois pas dans les « vérités historiques » qu’ils balancent, même si je le croyais quand j’étais jeune. Je ne comprenais pas comment on ne pouvait pas être chrétien…
Mais si je dois croire en quelque chose, tout devrait être vrai. Du début à la fin.

Tu crois en la politique ?

Reverend Deadeye : J’ai toujours été sceptique. Même quand j’étais jeune, je n’ai jamais cru qu’un politique se souciait de moi ou de la communauté. J’ai grandi dans un milieu pauvre, et ces gens se foutent des pauvres. Et c’est pourquoi les pauvres ne votent pas. C’est un cercle vicieux.
Mais Bernie Sanders, ça fait à peu près 2 ans que je suis tout ce qu’il fait, quand il avait différentes émissions de radio, chaque semaine sur une radio nationale, j’ai toujours écouté. J’aurais jamais cru qu’il se présenterait pour devenir président, je ne le voyais pas du tout de cette manière, c’était un outsider, je ne pensais pas qu’il pouvait rassembler.
Malgré tout, Barack Obama a quand même fait des choses biens, et notamment réformer un peu le système de santé. J’ai une protection sociale depuis 2014. Avant non. Sauf quand j’étais gamin, on était pauvre et c’était pas cher. Puis ça a explosé, c’était incontrôlable...

 


 

Pour finir, peux-tu me donner les 3 albums qui te viennent à l'esprit :

Reverend Deadeye : Quand j’allais dans la maison de mes grands-parents, mon frère et moi on se battait et on courrait pour être le premier à nous jeter sur la platine vinyle. Même si, en fait, on voulait mettre les mêmes chansons :

Johnny Cash - The Fabulous Johnny Cash

"Ce n’était pas un de ses albums Gospel, ce qui est assez surprenant venant de mes grands-parents."


Joel Labreeska
- Country Style


Louvin brothers
- The Family Who Prays

 

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