Sign in / Join

[ACTU] William Onyeabor, au revoir patron !

On ne pouvait pas passer à côté sans écrire un petit mot, William Onyeabor est décédé le 16 janvier dernier. Vous en avez sûrement entendu parler, tellement l'engouement et le buzz ont pris les réseaux sociaux de court.

Pas besoin de faire une playlist, la compilation "Who Is William Onyeabor ?" existe. Elle est parfaite. C'est d'ailleurs le point de départ d'une hype inattendue, mais malgré tout prévisible. Pourquoi prévisible ? Parce qu'il suffit d'entendre un seul morceau d'Atomic Bomb ou de Body & Soul pour tomber amoureux de la musique du bonhomme. Mélange de funk, disco, électro et même osons le dire de kraut, les patterns répétitifs et la durée des morceaux plaident plus pour un disciple involontaire de Kraftwerk et de Fela Kuti que d'un ersatz afro des grands noms de la disco-music occidentale.

Mais comment un nigérian inconnu d'Enugu, une ville moins huppée et développée que Lagos, a réussi à faire, produire et vendre en grande quantité sa musique révolutionnaire, sans qu'aujourd'hui aucune information sur lui ne soit vérifiable ou crédible ?
La légende dit qu'il est parti faire des études de cinéma en URSS, qu'il a découvert les claviers et la musique électronique sur place. Qu'il a par la suite fait une école de son en Angleterre pour compléter sa chaine de connaissance. Suite à quoi en rentrant au pays, il monte sa sociète WilFilms et décide de faire son premier long-métrage. Malheureusement pour lui, c'est un échec, heureusement pour nous, car en arrêtant le cinéma, il se consacre uniquement à la musique. Et pas qu'à moitié ! Il achète sa propre usine de pressage de disque, et sort son premier vrai album, le cultissime Atomic Bomb ! À partir de là, 8 albums, tous fantastiques. Mais également, et bizarrement passé sous silence, plus d'une trentaine d'albums produits pour d'autres, sous son label WilFilms.
Mais en 1985, patatra ... Après la sortie d'Anything You Saw, l'homme prend le pas sur le musicien. William Onyeabor décide de ne plus faire de musique, de se consacrer à la religion et au business.

Silence radio.

Le peu d'informations qui circulent à partir de là font état d'un homme d'affaire dur, qui dirige son village et ne laisse rien filtrer sur lui. Certains lui prêtent des relations avec la mafia locale, avec les conséquences que cela implique. Plus personne ne tape à la porte pour réclamer. Et l'homme devient complétement invisible.

Années 2000, les DJs commencent à se réapproprier certains morceaux. Comme Daphni et son tube de crackhead "Yé-Yé". Les compilations avec un morceau par-ci, un par-là, apparaissent. Et en 2006, le label Luaka Bop, après avoir clearé les droits de la compile World Psychedelic Classics 3 (où se trouve le fabuleux morceau "Better Change Your Mind"), se motive à rencontrer le personnage pour tenter de rééditer toute la discographie. Bonne idée, un intermédiaire réussira à négocier un contrat, quand, eux, ont mis 6 ans pour finalement se manger le vent du siècle.

Dans la musique telle qu'on la conçoit aujourd’hui, une telle présence est géniale. Personnage tellement mystérieux qu'il génère bien sûr les fantasmes ! On a donc lu qu'il y avait quelqu'un derrière pour faire les morceaux, qu'il y avait un mécène russe blindé qui lui fournissait son matériel, ou encore qu'il ne serait jamais sorti du Nigeria ... Le tout avec un look fantastique, une bonne tête, et donc une part d'ombre et de mystique nécessaire à la postérité. Disparaître si longtemps, ne donner aucune interview (sauf 4 minutes à la BBC en 2014, par téléphone), ne pas rencontrer les gens qui s'investissent pour vous, tout en leur donnant des directives, William Onyeabor est un mélange entre Charlie de Drôles de Dames et les méchants dans James Bond, avec un look de sapeur. Et ça, c'est la classe.

Éclate toi bien où tu es, chef. Nous, on s'occupe de ta musique.

Tout cela est à voir dans le documentaire ci-dessous.

Leave a reply