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[CHRO/EXCLU] On a écouté le nouveau COMITY (avec la méthode Snowden)

[Extreme Rock'n'roll / Hardcore autiste]
Logiquement, lorsqu’un magazine reçoit une exclu, il en dit du bien. Même si c’est la pire merde qui puisse exister. On avait donc un coup à jouer pour nous démarquer. Mais c'est avec tristesse que nous nous sommes retrouvés à aimer ce disque. Imaginez deux personnes sur un canapé, buvant de l'eau, ne s'adressant pas la parole, et dodelinant de la tête tout en soufflant passivement "merde c'est cool ça".

De g. à d. devant l'alimentation générale : Nicolas, un bout de Yann, François et Thomas.

Bref, un beau matin, alors qu’il faisait hyper froid dehors, le chanteur/bassiste de Comity, Thomas, nous contacte et nous file un lien bandcamp pour télécharger leur nouvel album. Et, tel Edward Snowden, l'accompagne d’un code "personnel" crypté. Il nous avertit qu’on ne peut ni dévoiler l’artwork (d'où cette pochette pixelisée), ni le titre de l’album, ni les morceaux, et que si ça arrive, il saura d'où ça vient. Tel Lars Ulrich.

Nous voilà donc devant des enceintes, fébriles. Nous remémorant le passé.

Comity est un groupe désormais qualifié "d'ancien". Alors qu'ils sont tous trentenaires. Mais voilà, ils se sont formés en 1996 à Paris, alors qu'ils étaient tous au collège et qu'ils étaient aussi frêles que votre cousin le moins bien gaulé.

Chilling in sordid places, 2004 © Clément Huot

Il était une fois...

Pour faire vite, après l'enregistrement d'une démo en l'an 2000 (First Whisper) et d'un Split/EP l'année suivante (The Catharsis Syntax Project), ils commencent à se faire connaitre et figurent parmi les artistes hexagonaux les plus prometteurs, en jouant une sorte de Chaotic-Hardcore hyper technique et bizarre qui souffrit toujours de la comparaison automatique avec Dillinger Escape Plan.
Mais c'est en 2003, avec leur 1er album (The Deus Ex-Machina As a Forgotten Genius), qu'ils rencontrent un succès mérité. Ce qui les fera tourner dans les recoins les plus sordides de l'espace Schengen, où ils proposeront des concerts très sportifs, croisant la route de neo-nazis peu aimables, qui ont failli rayer Thomas du monde des vivants.
A la suite de l'enregistrement d'un autre EP (The Andy Warhols Sucks EP), ils bénéficient même d'une sortie aux Etats-Unis. Et, pour sceller leur sort, ils sortent en 2005 un 2ème album complètement fou (... As Everything is a Tragedy), chez Candlelight Records (UK), constitué de 99 pistes, incorporant du post-hardcore et du punk dans leur tambouille. Leur son devient alors plus massif, les cassures se font ressentir au plus profond des os. Ils se permettent même de dégouter les groupes pour lesquels ils ouvrent. Comme lors de ce concert à la Loco, où Converge s’était retrouvé à devoir nettoyer la scène après leur concert, parce qu'ils avaient éclaboussé tout le monde.

Concert à la Locomotive, première partie de Converge, 2004 © Unityhxc.com

Et l'on se dit que ça y est, ils vont décoller.
Et bien non. Malgré des critiques unanimes.
Par la suite, le groupe s'arrêtera un moment, le batteur et le bassiste les quitteront pour vivre une meilleure vie, et Comity se retrouvera mis entre parenthèses. Thomas se découvrit une passion pour le Free Fight, tripla de volume, alors que François et Yann (guitares) s'épanouirent en éduquant des gosses à problèmes.
La situation se débloque enfin lorsque Nicolas reprit le poste de batteur, laissé vacant. Thomas prenant la basse, le groupe repart alors de plus belle et sort un nouvel EP  (You Left Us Here...), puis un 3ème album (The Journey is Over Now), encore acclamé, avec une lap-steel guitar poisseuse et plein de chœurs de marins alcoolisés.

François et sa lap-steel, décembre 2011 @ Mondo Bizarro

Et donc, le nouvel album ?

Donc... on était curieux de savoir ce qu’allait donner ce 4ème LP.
On avait un peu peur que leur son se teinte de leurs projets musicaux annexes (Parween, Sarajevo, Mass Hysteria, BLVL)... Et bien, force est de constater qu'absolument pas, et que ça ne les a vraiment pas rendu plus heureux. C'est d'ailleurs tant mieux pour tout le monde.

Dès le premier titre, on voit qu'ils s'inscrivent dans la continuité, et s'il y a bien une évolution principale, elle se trouve dans les guitares, encore plus rock'n’roll que sur leur dernier album. Leur vision du rock'n'roll, ce sont des riffs ultra répétitifs, rapides et suraigüs qui ne semblent jamais s’épuiser, et ces cordes qui se déchirent et qui tournent dans ton cerveau, maladivement. Et ça va vraiment vite, on se retrouve comme le passager d’un chauffard, fou mais virtuose dans son domaine, qui nous mettrait des petits coups de freins entre deux virages, comme ça, juste pour mettre la pression. Parfois, l’étouffement se fait si dense, avec des riffs tout en montées de gamme, qu'on en a un frisson glacial... avant de tout foutre en l'air et de partir sur autre chose, puis en revenant sur leurs pas, à l'envers puis sur les mains.

Leurs partitions doivent ressembler à un dessin d'autiste.

Yann a de nouvelles idées de compos

L’écoute globale du disque est éprouvante. Chose qu’ils cultivent avec sadisme. Et c’est un challenge de ne pas appuyer sur stop après chaque morceau, histoire d'aller respirer à la fenêtre en sanglotant. Parce que c’est comme toujours un beau bordel, mais c'est aussi un chaos que l’on sent maitrisé de bout en bout. Mais il faut s'accrocher, parce que varier un peu les ambiances ne leur a jamais traversé la tête, depuis toutes ces années. Donc il faut s'y faire.

Et c'est éprouvant malgré un format de titres plus classique qu'auparavant (les morceaux tournent autour des 5 minutes, tandis que seul un morceau dépasse la barre habituelle des 10 minutes), ce qui rend cet album vaguement digeste. Dans une ambiance délétère, et assaillis de toute part, des respirations se font entendre, mais c'est rare, la détente viendra plutôt par l’inattendu, à savoir des passages épiques portés par de valeureux chevaliers beaufs, dont ce dernier tube, qui conclut l'album.

Pour un disque avec autant de détails et de puissance, on ne peut que saluer la qualité du son. Chaque instrument est ici à sa place. Chaque cri et hurlement arrive directement dans notre faciès, comme si c’était à vous personnellement que le groupe en voulait. Et c’est surement le cas d’ailleurs, tellement l’énergie positive est absente et qu’on a l’impression que le gris tourne au noir à chaque note.

Ils ont vraiment réussi à affiner leur musique, à la rendre plus accessible, lisible, tout en restant inécoutable.

La question qui ressort de tout ça, en finissant l'écoute de ce disque, c'est qu'on se demande bien qui porte une écharpe dans le groupe. Parce qu'il y a quand même un des musiciens qui a proposé de mettre un poème de Victor Hugo en guise de final d'un morceau.
Alors qu'on ne savait même pas qu'ils étaient lettrés.
D'ailleurs, à ce propos, on ne comprend toujours pas les paroles, et comme on n'a pas le livret sous la main, ni d'ami orthophoniste, on ne peut pas trop juger.
Veuillez donc repasser plus tard pour l'analyse littéraire de ce très bon album.

 


Comity

A Long, Eternal Fall
Throatruiner Records
A venir le 26 mai 2017

 

Pour écouter les autres albums, rdv sur leur page bandcamp :
https://comity.bandcamp.com/

Maladie mentale10
Bonheur0
Vieillesse10
Variation des ambiances6
Fête sombre9
Production10
7.5
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