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[CHRO] Thomas Schoeffler Jr. - The Hunter

[Urban Country-Folk]
L'Alsace est donc désormais la capitale française de la country. Autant vous dire que leur imaginaire est débordant. Et c'est le cas de Thomas Schoeffler Jr., qui sort son 3ème album, The Hunter, toujours en format one-man-band (guitare/harmonica/stomp-box). Après deux bons LP et de nombreuses tournées françaises et européennes, il a pu améliorer la taille de sa barbe et accumuler assez de manque de sommeil pour être bien plus nerveux qu'avant.
Il revient donc aujourd'hui avec un album globalement plus électrique, plus tapageur. Les influences country blues, à la Mississippi Fred McDowell, sont désormais moins marquées que sur ses disques précédents, car aujourd'hui, il embrasse la modernité des années 80 et 90.

© Bartosch Salmanski

Cet album très varié, entre country, folk et rock, passe même par le post-punk. Bon, comme d'habitude, les artistes français ont du mal à s'affranchir de leurs références. Celles-ci peuvent parfois être tellement visibles, ostensibles, qu'on est gêné par tant de promiscuité. Ici, 16 Horsepower (la superbe épopée country-rock Hips & Lips), Là Joy Division -dans la même tonalité que ses compatriotes d'Hoboken Division- (Sauerkraut)...

Et la plupart des morceaux nous rappellent inévitablement quelque chose, ce qui au premier abord nous empêche de nous plonger, pleinement, dans sa musique. De creuser au plus profond et d'en ressortir son cœur. C'est aussi le problème du one-man-band, plus de liberté mais moins de latitude.

A côté de ça, la production est parfaite, les instrumentations sont équilibrées, c'est méticuleux, propre et sans bavure... Du coup, on comprend d'autant moins le traitement sonore de son chant. Comme toujours, Thomas Schoeffler Jr. choisit de le rendre très brut et de le mettre clairement en avant. Probablement pour en révéler son honnêteté, mais qui, malheureusement, souligne plutôt le manque de relief et de densité dans sa voix... apparaissant ainsi limitée. Il y a quelque chose d'aimable à cela, et quelque chose de dérangeant.

Mais on sent qu'il éprouve une profonde affection, érudite, pour la musique nord-américaine. Et, après une première écoute déconcertante, on réussit à mettre tout ça de côté. On arrive à découvrir quelque chose d'autre. Et en écoutant la chanson country I Should Have Known, on se laisser porter.

Au final, c'est lorsqu'il se défait du carcan "folksong" que sa musique devient plus intéressante. Et quand elle est désespérée, fatale, lancinante. Comme sur le sombre final électrisé de My Baby Kissed me Farewell, ou bien sur The Hunter, longue ballade tendue, ainsi que sur le dernier morceau, d'une tristesse infinie, You've got to Love Me Better Than I Did. Où on apprivoise enfin sa musique, quand elle se présente dans son plus simple appareil.

Il n'y a donc plus qu'à espérer que le monde devienne encore plus misérable, de manière à ce que Thomas Schoeffler Jr. sorte enfin ses entrailles dégueulasses à la face du monde. On y est presque.

 

Thomas Schoeffler Jr.
The Hunter
Sauerkraut Records / Hell Prod
2017

Amérique10
Soleil6
Espérance3
Désespérance7
6.5
Reader Rating: (1 Rate)7

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