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[PODCAST] Graine de Violence - Howlin' Wolf & le Delta Blues

Revenons aux sources  avec la terreur du Delta Blues, Howlin' Wolf. Cet immense gaillard impose le respect par son vécu à travers l'Amérique ségrégationniste du début du XXe siècle, sans compter une situation familiale déplorable dont il s'arracha avec un courage exemplaire. Wolf avait une force de caractère hors du commun qu'il injecta dans un blues guerrier et revanchard, une musique si puissante et évocatrice qu'elle inspira le monde entier. Durant son parcours hallucinant, Wolf croisa le chemin de toutes les légendes du Mississippi : Charley Patton, Son House, Robert Johnson, Muddy Waters... Des musiciens au talent surnaturel qui changèrent la donne. Howlin Wolf en fut l'un des emblèmes, un artiste parmi les plus importants de l'histoire de la musique moderne.

TEXTE DU PODCAST
(Pour nos amis les sourds et sourds-friendly)

Citation : The Blues - (Howlin’ Wolf)

Musique de fond : Skip James – Devil Got My Woman

S’il y a bien une chose sur laquelle le monde entier semble s’être accordé en ces heures de dissonances idéologiques, c’est que 2016 fut une hécatombe aussi tragique que spectaculaire. On ne compte plus les figures emblématiques qui ont rendu l’âme au cours de cette triste année, ça a démarré dès janvier avec la traumatisante disparition de David Bowie et ça s’est poursuivi jusqu’en décembre s’achevant avec celle de la Princesse Leïa, un peu comme pour signifier que l’espoir était bel et bien mort lui aussi. Fatalement, les noms de certains finissent par se perdre dans cette avalanche de défunts, on distingue forcément moins bien la forêt quand le moindre de ses arbres s’appelle Prince ou Leonard Cohen. A ce titre, le décès du légendaire producteur Phil Chess est passé totalement inaperçu.

 

Phil et son frère, Leonard Chess

A la fin des années 40, ce vieux briscard, avec sa trogne patibulaire voisine de celle de Bob Hoskins, avait sans aucun doute révolutionné l’industrie musicale en démocratisant le blues auprès des blancs. Avec son frère Leonard, ils avaient débarqué de leur Pologne natale pour s’installer à Chicago, où ils établirent leur légendaire maison de disque, celle dont la simple évocation fait frémir d’émotion Keith Richards, la fabuleuse Chess Records. Ce même label qui popularisera les noms de Muddy Waters, Howlin’ Wolf ou encore John Lee Hooker, et qui débusquera un peu plus tard Chuck Berry, l’homme qui assura la transition historique entre le blues des aînés et la pop anglaise des psychédéliques sixties. Autant dire que l’importance de Chess Records dans la musique populaire du XXe siècle est primordiale. Alors certes, Phil Chess aura correctement profité de la vie puisqu’il a tout de même atteint 95 piges bien tassées, mais on ne peut que se désoler de la rareté des hommages autour de cette personnalité historique. Personne ne s’est ému de la mort de l’oncle Phil, comme le surnommaient affectueusement les musiciens de l’écurie Chess.

Il faut bien se rendre à l’évidence, le blues n’intéresse plus grand monde, et son héritage est de moins en moins revendiqué. Il est loin le temps où les Beatles et les Stones ne vivaient que pour faire connaître leurs influences au monde, des artistes essentiellement noirs qui leur avaient largement ouvert la voie vers le succès et la célébrité. Dans un magazine pourtant branché nostalgie comme Rock'n'Folk, il est bien difficile de trouver des articles  sur le blues. Les biographies complètes sont rares car il n'est pas aisé de retracer avec exactitude la vie des bluesmen originels, des hommes qui ont tous vécu dans la pauvreté et qui sont souvent morts avant d'être populaires. Paradoxalement, ce manque d’informations avérées fait de ce courant musical un sujet fascinant, car le récit de son existence doit autant à la réalité qu’à l’imaginaire. L'histoire du blues est remplie d'anecdotes mystérieuses, surnaturelles, invérifiables, et les quelques précieux témoins restant de cette époque révolue sont du genre à vouloir imprimer la légende plutôt que la réalité.

Citation : "If the legend becomes the fact, print the legend" (The Man Who Shot Liberty Valance, John Ford, 1962)

Le fameux Robert Johnson, héros romantique et tragique du Delta Blues, en est probablement le plus bel exemple.

Une des trois seules photos qu'on ait retrouvé de Robert Johnson...

Empoisonné par un mari jaloux et cocu en 1938, Johnson eut le sinistre honneur d'être le premier musicien à rejoindre le club des 27, bien avant Jimi Hendrix ou Kurt Cobain. Sur Robert Johnson, des choses insensées ont été racontées, comme cette histoire folle où, alors qu’il se trainait sur un carrefour désert au beau milieu du Mississipi, il rencontra le Diable en personne et lui vendit son âme, pour acquérir en retour une voix d’ange et une dextérité démoniaque à la guitare…

TITRE : ROBERT JOHNSON - Crossroad Blues

Musique de fond: Alan Lomax recordings from Parchman’s Farm (1947 – 1948) – Early In The Morning

On pourra au moins se reposer sur une certitude quand aux origines du blues, c’est qu’il tire sa puissance évocatrice d’un cruel héritage historique. Officiellement perpétré en Amérique par les nouveaux arrivants européens à partir du XVIIe siècle et pendant plus de deux cent ans, l’esclavage n'aura pas suffit à annihiler l'identité des millions de noirs séquestrés de l'autre côté de l'Atlantique, tous ces hommes et ces femmes qu'on arracha à leur Afrique natale pour les envoyer trimer à six mille kilomètres de chez eux, dans un monde inconnu et effrayant, peuplé de tyrans à la peau claire. Le blues s’inspire des rythmes africains ancestraux et des chants de travail que fredonnaient en chœur les esclaves pour se donner du courage. Le blues, c’est ce mouvement spirituel qui brisa les dernières chaînes, cet intense cri de rébellion qui tient en douze mesures et trois accords, cette formule magique qui allait définir la musique populaire pour le siècle à venir.

Musique de fond : Tommy Johnson – Big Train Blues

Car finalement, le rock'n'roll, la pop et même le hip hop, ne sont pas autre chose que la continuité logique du blues. On pouvait déjà distinguer, dans les enregistrements primitifs et crachoteux des pionniers, les fondements de ce qu’allait être la musique populaire du XXe siècle.

Écouter les morceaux de Son House ou de Charley Patton est une expérience émouvante, car la solitude des interprètes, leur voix rugueuses et leur jeu de guitare d'une richesse inimitable laisse entrevoir une vie de misère et de souffrance sauvée par une catharsis musicale prodigieuse et proche du spirituel. En guise de fil rouge de l'émission, j'ai décidé de m'intéresser à l'existence d'un très, très grand bonhomme. Et je ne fais pas seulement référence à son talent, je parle aussi bien de sa taille, puisque le bestiaux tapait dans les un mètre quatre-vingt quinze pour cent vingt kilos. Sa carrière a cela de remarquable qu'elle vient naturellement se frotter à toutes les figures emblématiques du Delta Blues. Tour à tour, cet ogre à la voix rauque croisera le chemin de Charley Patton, Son House, Robert Johnson, Sonny Boy Williamson ou Johnny Shines, et surtout il deviendra le plus redoutable concurrent de Muddy Waters. Aujourd'hui on fait dans le monstre sacré, puisqu'on va parler de Chester Arthur Burnett, plus connu sous le nom de Howlin' Wolf.

TITRE : HOWLIN' WOLF - I’M THE WOLF

Musique de fond : Howlin' Wolf - The Wolf Is At Your Door

Chester Arthur Burnett, AKA Howlin' Wolf

Les parents du jeune Burnett choisirent de l'appeler Chester Arthur en hommage au vingt-et-unième président des Etats-Unis qui œuvra contre l’esclavage au XIXe siècle. Mais lorsqu'il embrase sa carrière artistique, il se choisit un nouveau nom qui semble davantage  convenir à sa stature impressionnante et intimidante : Howlin Wolf signifie Loup Hurleur, et c'est de son grand-père qu'il tient l'idée. Ce dernier avertissait régulièrement son petit-fils : il fallait qu'il se tienne tranquille, car le Loup Hurleur détestait les enfants pas sages. À la moindre ânerie, Chester prenait le risque d'attirer ce croque-mitaine affamé et qui devait probablement rôder au bord des marécages ténébreux du Mississippi. Et finalement, c'est le jeune homme qui a bouffé le loup. Une fois arrivé à l'âge adulte, Chester Arthur devint Howlin' Wolf, et c'était à son tour de semer la terreur. Et il avait même trouvé son cri de guerre, qui viendra ponctuer nombre de ses morceaux à venir, une émanation vocale tranchante venant rappeler à l'auditeur innocent l'omniprésence d'une menace vicieuse, celle d'un lycanthrope éternellement affamé qui rumine et attend son heure en se pourléchant les babines.

Citation : The Howlin’

Johnny Shines

Son ami et admirateur Johnny Shines fut forcé de l'admettre : la première fois qu'il a rencontré Howlin Wolf, il a eu peur. Son physique naturellement imposant n'était pas l'unique aspect effrayant du bonhomme : Howlin' Wolf traînait une réputation de buveur dérangé, au comportement volontiers obscène et agressif qu'il cultivait particulièrement sur scène. Avec Howlin' Wolf, Chester Arthur avait trouvé l'avatar parfait pour exorciser une enfance marquée par la violence et la pauvreté.

Le jeune Burnett naît en 1910 dans la petite ville de White Station au nord-est du Mississippi, au beau milieu de six frères et sœurs. Il grandit dans l'une des nombreuses plantations de coton de l'état, et y travaille dur sous l'impulsion de ses parents. Son père est un homme calme et plutôt effacé. Sa mère, Gertrude Burnett, au contraire est du genre à ne pas passer inaperçue. Elle a hérité de la bigoterie typiquement sudiste et en fait profiter toute sa famille. Chez les Burnett, on n’a pas le temps de se marrer, quand on ne trime pas à la plantation, on honore le seigneur et on craint le démon. Mais Chester Arthur a trop d'énergie et d'imagination pour un train de vie si étriqué, et sa mère ne parvient pas à le conformer comme elle le souhaiterait. Lorsque le gamin rechigne à la tâche une fois de trop, Gertrude, à bout d'inspiration, le fout dehors sans ménagement alors qu'il n'a pas douze ans.

Musique de fond : Howlin’ Wolf – Poor Boy

Il trouve alors refuge chez son oncle, Will Young, qui ne lui réserve pas un meilleur accueil. Young est un prêtre baptiste qui n'a rien à envier à Gertrude Burnett question fanatisme religieux. Chester Burnett saura se souvenir des raclées de tonton au nom de la bonne morale chrétienne. L'un des amis d'enfance d'Howlin' Wolf confessa qu'il n'avait jamais connu plus odieux personnage que cet infâme Will Young. Rejeté par sa mère et tabassé par son oncle, Howlin' Wolf trouve le salut dans la fuite. A treize ans il entreprend de retrouver son père, qui s'est séparé de Gertrude, à Ruleville, au sud de Memphis, dans ce qu'on appellera bientôt le Delta du Blues. Désormais considéré comme un hérétique par une bonne moitié de sa famille, Wolf prétend avoir parcouru plus de cent-trente kilomètres à pieds, sans chaussures et sans une thune, afin de rejoindre un foyer qui ressemble un peu moins à l'enfer.

TITRE : HOWLIN' WOLF - EVIL (IS GOING ON)

Musique de fond : Gertrude « Ma » Rainey - Bo Weavil Blues

Ainsi c'est au début des années vingt que Chester Burnett atterrit en plein cœur du Delta chez un père qui l'accueille à bras ouverts. C'est sans broncher que l'adolescent s'adonne aux travaux de la ferme paternelle, et cela sera l'activité principale de la première partie de sa vie. Comme beaucoup d'autres jeunes noirs qui grandissent dans le Mississippi du début du XXe siècle, il peine à s'imaginer un avenir loin de ces champs de coton qui semblent s'étendre sur l'ensemble du Delta.

Carte approximative du Delta du Blues

Cette région, jusqu'à très tard, ne fut que peu exploitée par les autorités blanches. Le Delta est un vaste territoire marécageux, peu praticable mais avec un grand potentiel de fertilité. Pendant longtemps, cette terre boueuse n'était pas considérée comme faisant partie du Mississippi, ni même d'un autre état. C'était un endroit bâtard et isolé qui faisait office de frontière entre le Mississippi et l'Arkansas. La région était définie par le fleuve Mississippi à l'est qui venait rencontrer la rivière Yazoo au sud de l'état. Grossièrement, on peut définir le Delta par un triangle entre trois villes : Vicksburg au sud-ouest, Jackson au sud-est et Memphis au nord. Jusqu'à la fin des années mille-huit-cent, le Delta était surtout peuplé d'Indiens d'Amérique, en particulier des Cherokees. Les riches blancs, incapables de tirer quoi que ce soit de ce sol visqueux et capricieux, préférèrent l'abandonner aux Américains Natifs comme un cadeau empoisonné. Ces derniers conservent un savoir-faire pour cultiver des terres modestes dans un environnement difficile, notamment à cause du climat et des crues brutales du Mississippi. Mais les avancées technologiques et industrielles de la communauté blanche les poussent à réinvestir le Delta, rachetant les terres aux indiens pour quelques bouteilles de whisky avant de les foutre dehors ou de s'en servir comme main d'œuvre. Alors que la région devient prospère, beaucoup de noirs américains s'y installent en espérant une évolution sociale ou au moins du travail. Mais l'esclavage a beau être abolit depuis trente ans, les inégalités raciales demeurent à cause d'un système ségrégationniste conçu surtout pour contenter les  perdants sudistes de la guerre de Sécession.

Musique de fond : Howlin Wolf – Saddle My Poney

Le futur Howlin' Wolf travaille dur pendant les décennies 1920 et 1930. Il le fait par amour de la vie rurale et aussi par respect pour son père, qui lui montra bien plus d'affection que sa mère ne lui en a jamais donné. Mais le jeune garçon ne s'oublie pas pour autant : il aime la musique et s'entraîne aux percussions avec tout ce qui lui tombe sous la main : bêches, râteaux et autres outils de travail. Wolf a suffisamment de fantaisie en lui pour ne pas abandonner l'espoir de jours meilleurs. Pour beaucoup de noirs opprimés du début du vingtième siècle, cet espoir est illustré par une autoroute qui traverse verticalement le Delta, et qui aboutit au nord sur Chicago, ville florissante en expansion constante. Les premiers bluesmen en feront l'un des sujets les plus récurrents de leurs chansons, ce qui conférera à cette longue traînée d'asphalte une aura mythique. Nombre de musiciens ont rendu hommage à la Highway 61, Bob Dylan n'étant pas le moindre d'entre eux.

TITRE : HIGHWAY 61 – BOB DYLAN

C’est à partir des années trente que la musique devient primordiale dans la vie de Chester Burnett. A la fin de son adolescence, son père, ravi de constater ses ambitions artistiques, lui offre sa première guitare. En quête de nouveauté, Wolf commence à parcourir la région et découvre une scène émergente incroyablement puissante et évocatrice de l’histoire pénible des noirs en Amérique.

Bed : Black Snake Moanin’ – Blind Lemon Jefferson

Blind Lemon Jefferson

A travers la figure de Blind Lemon Jefferson, c’est un tout nouveau langage qu’apprend Howlin’ Wolf. Le blues est issu d’une douleur profonde que l’on extériorise avec une grâce inouïe, ainsi qu’une poésie subtile et ironique. Les premiers blues ont une signification souvent bien plus profonde que ne semblent l’indiquer les paroles en premier lieu. La ségrégation est une période peu propice à la liberté d’expression pour l’homme noir fraîchement affranchi, l’Amérique blanche le sommerait presque de s’estimer heureux de ne plus être couvert de chaînes. Le blues devint alors une musique codée, une langue métaphorique restée longtemps obscure pour les blancs. C’est toute une imagerie qui fut créée pour se moquer de l’oppresseur, de sa méchanceté, de sa trouille absurde de l’inconnu  et de ses coutumes occidentales. Bien sûr, il ne faut pas non plus oublier le sous-texte sexuel de nombreux blues qui passèrent comme une lettre à la poste alors qu’ils étaient des invitations assez crues à des coïts sauvages. Pour exemple, Blind Lemon Jefferson, lorsqu’il chantait avec Black Snake Moan la complainte d’un serpent noir à la recherche de réconfort n’était évidemment pas à prendre au sens littéral du texte. Howlin’ Wolf saura se souvenir des symboles obscènes du chanteur aveugle pour ses propres morceaux.

Mais Blind Lemon Jefferson n’était pas emblématique du Delta Blues, lui venait du Texas et y mourut jeune dans des circonstances mystérieuses.

Bed : Down The Dirt Road Blues– Charley Patton

Charley Patton

Charley Patton, en revanche, a passé sa carrière à écumer les juke-joints et autres rades du Mississippi, forgeant les prémisses légendaires du Delta Blues. Lorsque Howlin’ Wolf le découvre vers 1928, c’est à travers les fenêtres de bouges miteux dans lesquels Patton passe toute la nuit à jouer seul son répertoire. Wolf ne peut y mettre les pieds car il n’a pas un kopek, mais il assiste tout de même aux performances percutantes de ce métis dont les yeux plissés et profonds trahissaient ses origines Cherokee. Wolf ne perdait pas une miette du spectaculaire Charley Patton. Sa voix rauque, affûtée par des quantités de whisky, pouvait aussi révéler une douceur lyrique sans cesse contre balancée par les commentaires acides qu’il improvisait entre chaque vers.

Quand à sa guitare, il ne se contentait pas d’en jouer : il jonglait avec. Comme Hendrix trente ans plus tard, Charley Patton jouait derrière sa tête, chevauchait lascivement son instrument avant de le jeter en l’air et de le rattraper sans jamais perdre le rythme. Wolf était béat, fasciné, au point de vouloir l’imiter. Un jour, en sortant d’un de ces concerts, Charley Patton tomba sur Howlin’ Wolf qui s’escrimait à reproduire les slides de ses idoles sans faire vriller les notes. Curieux, Patton se rapproche du gamin et tend l’oreille. Après quelques minutes d’attention, le visage de Patton s’illumina d’enthousiasme. « Viens, petit, dit-il. Je vais te montrer comment on se sert de ces machins-là ».

TITRE : CHARLEY PATTON - A SPOONFUL BLUES

Musique de fond : Sonny Boy Williamson II - Bye Bye Bird

Charley Patton fut donc le tuteur de Howlin’ Wolf. Malheureusement, le train de vie chaotique du premier grand représentant du Delta Blues n’allait pas permettre à cette collaboration de durer. Bagarreur irrécupérable, Patton n’était pas destiné à faire de vieux os. Peu avant son arrêt cardiaque ultime, l’homme s’était déjà fait trancher la gorge par un rival probablement alcoolisé. Patton lui-même n’était pas un expert de la sobriété, et ce sont ses excès en tous genres qui eurent raison de son cœur fatigué. Mais désormais Wolf avait le pied à l’étrier, et fréquenter Patton lui avait permis de se frayer une place au sein de la scène musicale du Delta. Il envisageait le blues comme un mode de vie qu’il partageait avec des confrères qui refusaient que leur vie ne se résume à un champ de coton. En jouant dans la rue, dans les plantations ou dans les bars malfamés pour quelques pièces, il rencontra Sonny Boy Williamson II, un combinard de première qui faisait deux fois son âge mais surtout un harmoniciste hors-pair qui savait comme personne saisir l’attention du public.

Sonny Boy Williamson II

Sonny Boy accepta d’apprendre l’harmonica à Wolf, principalement parce qu’il avait des vues sur l’une de ses sœurs. Ensemble ils parcoururent les alentours de Memphis à la recherche d’oreilles attentives, et croisèrent en chemin Robert Johnson, un beau gosse au talent inouï dont le goût pour les femmes lui sera fatal, Son House, un ancien pasteur qui avait finalement opté pour la musique du Diable, ou encore Johnny Shines, un bluesman dont la grande humilité égalait la profondeur d’âme.

Musique de fond : Howlin Wolf – Little Baby

Des musiciens fabuleux qui poussaient Howlin’ Wolf à se surpasser. La guitare n’est pas son point fort, ses mains gigantesques comparables à des gants de baseball l’empêchant d’obtenir les nuances désirées. En revanche, il a parfaitement conscience de la spécificité de sa voix, son potentiel à faire trembler les foules. En un seul hurlement guttural, Howlin’ Wolf clouait les auditeurs sur leur fauteuil. On y entend une menace de bête sauvage sur le point d’attaquer, à moins qu’il ne s’agisse d’une parade amoureuse particulièrement redoutable au vu de la réaction du public féminin. Cette violence vocale n’a rien d’un calcul. Ce timbre fortement éraillé lui provient probablement des nombreuses angines et autres infections des cordes vocales qu’il dû subir étant gamin. A chacun de ses mots résonne la blessure de l’enfance. L’abandon de sa mère, la brutalité de son oncle et l’errance solitaire dans une région où sa couleur de peau ne lui laisse aucune chance. Mais sur scène, le loup tient sa revanche. Smokestack Lightning, un titre au riff ravageur et hypnotisant, illustre les souvenirs douloureux du jeune Chester Burnett. Ces heures qu’il passa à regarder des trains s’éloigner vers une condition plus enviable allaient produire l’une de ses premières chansons et l’une de ses plus célèbres.

TITRE : HOWLIN WOLF - SMOKESTACK LIGHTNING

Musique de fond : Howlin' Wolf - Moanin at Midnight

Howlin’ Wolf n’a jamais manqué d’inspiration pour nourrir son personnage de loup insatiable impossible à dresser. Lorsqu’il réalisait des travaux à la ferme de son père où quand il faisait la cour à une prétendante, Howlin’ Wolf faisait preuve d’une chaleur rassurante, un fort trait de sa personnalité qu’il réservait à ses proches. Mais en terrain inconnu, il se montrait d’une méfiance proche de la paranoïa, un héritage de son enfance désastreuse. Son agressivité pouvait aller au-delà du simple avertissement : son futur guitariste soliste Hubert Sumlin se souvient d’avoir reçu quelques bourres pifs monumentaux de la part du chanteur. D’inquiétantes rumeurs font surface et viennent endurcir sa réputation. Wolf roule des mécaniques et ne baratine pas. Il a toujours son flingue à portée de main en cas de grabuge, et s’il perd au poker, il emporte quand même la mise, les autres joueurs étant bien trop intimidés pour protester. On raconte aussi que Wolf a une mort sur la conscience, suite à une aventure avec une femme mariée. Le mari bafoué se serait défoulé sur son épouse avant de recevoir un coup de hache sur la tête. Wolf lui-même a confirmé l’anecdote, scellant sa sombre légende. Mais un évènement va rendre sa dimension humaine à la bête féroce.

Peu après l’attaque de Pearl Harbour par l’aviation japonaise, Wolf est contraint de s’engager à l’armée. L’expérience est un cauchemar : il ne supporte pas la rigidité du service militaire et la morosité du quotidien sans la moindre note de musique le plonge dans une sérieuse déprime. Une fois de plus, il ressent le poids de la suprématie blanche sur son existence. L’humiliation est totale lorsque la hiérarchie découvre son illettrisme : la pédagogie militaire est catastrophique pour un homme qui n’a jamais lu autre chose que des partitions. Plus tard, Wolf apprendra à lire et à écrire par lui-même. Le loup est un animal débrouillard et solitaire.

Howlin' Wolf

Musique de fond : Howlin Wolf - How Many More Years

Au bout de deux années, Wolf est réformé : l’armée préfère se passer d’un soldat instable et dépressif. Au milieu des années quarante, il retourne travailler à la ferme de son père, brièvement cependant. A trente ans passés, il a une solide expérience musicale et une glorieuse renommée dans tout le Delta. C’est le moment pour lui de quitter le foyer paternel à qui il doit tant pour développer sa carrière autant qu’il le souhaite, et le garçon a de l’ambition. Il emménage à West Memphis et découvre que les prestations acoustiques sont désormais passées de mode : la guitare électrique s’apprête à envahir le marché de la musique et le rock’n’roll a dépassé le stade embryonnaire. Howlin’ Wolf va s’adapter très vite, il se plaira même à raconter qu’il a électrifié son blues avant tout le monde. Pour la première fois, il monte un groupe fixe avec des jeunes gamins talentueux et énervés qu’il dirigera d’une main de fer. Ils joueront dans des bordels et des bars sordides et feront assez de bruit pour attirer l’attention de Sam Phillips, un jeune producteur passionné et ambitieux.

Sam Phillips, patron de Sun Records

Ce dernier n’en croit pas ses oreilles lorsqu’il découvre les enregistrements live du Loup Hurleur : jamais il n’a entendu une performance si brillante, brutale et honnête. Les paroles de Wolf sont brèves et énigmatiques, mais l’interprétation sensationnelle semble animée d’une colère juste et inconsolable. Ce noir à la voix d’ogre règle ses comptes avec la terre entière. L’Amérique, les blancs, les femmes, les souvenirs douloureux. Pour Phillips, Howlin’ Wolf représente tout ce qu’il a jamais cherché, un digne représentant du blues séminal du Mississippi avec une musicalité féroce et sensuelle, un jeu de scène d’une spontanéité choquante renforcé par de grandes décharges électriques. Le rock’n’roll, pour ainsi dire, est précisément l’objet de la quête de Sam Phillips, même s’il en ignore encore l’exacte définition. Nous sommes en 1951 et son label Sun Records est à deux doigts d’entrer dans la légende. D’ailleurs, Sam Phillips a d’hors et déjà laissé son empreinte dans l’Histoire en produisant un morceau composé par Ike Turner et Jackie Brenston et considéré comme le tout premier prototype de rock’n’roll, il s’agit de Rocket 88.

TITRE : IKE TURNER AND THE KINGS OF RYTHM - ROCKET 88

Musique de fond : Howlin’ Wolf - Spoonful

Au grand regret de Phillips, sa collaboration avec Wolf sera brève. Le patron de Sun Records pourra aisément se consoler avec ses futures découvertes, notamment Johnny Cash, Roy Orbison et bien sûr Elvis Presley. Wolf aura tout de même enregistré avec Phillips certains de ses titres les plus emblématiques, comme le définitif Moanin’ At Midnight accompagné du rancunier How Many More Years. Le succès du disque, plus que prometteur, retentit jusqu’à Chicago où deux frangins têtes brûlées doublés de businessman hors-pairs s’intéressent de près au phénomène. Léonard et Phil Chess ont développé une florissante affaire de liqueur à partir des années 40, ils détiennent plusieurs clubs qui proposent des concerts de blues toute la nuit dans une ambiance enfumée et sulfureuse. Ils ressentent une profonde connexion entre la culture noire et la leur, la famille Chess étant juive d’origine polonaise. Fins négociateurs, ils ne peinent pas à convaincre Howlin’ Wolf de prendre la Highway 61 vers Chicago, Babylone musical en pleine expansion. Quand Wolf signe chez Chess Records, la plus grande gloire du label s’appelle Muddy Waters.

Muddy Waters

Musique de fond : Muddy Waters - Rollin’ and Tumblin'

De son vrai nom McKinley Morganfield, Muddy Waters tient lui aussi son surnom de son enfance, lorsqu’il gagnait trois sous en revendant les poissons qu’il pêchait dans les eaux boueuses du Mississippi. Musicien précoce et talentueux, il quitte le Delta en 1943, peu après  l’enregistrement de ses premiers titres par le globe trotteur mélomane Alan Lomax. Galvanisé par l’expérience, Muddy espère pouvoir faire connaître sa musique et en vivre en s’installant à Chicago. Son vœu sera largement exaucé lorsqu’il sera repéré en 1947 par les frères Chess qui réussiront à faire de lui le plus illustre héritier du Delta Blues. Guitariste plus qu’accompli et champion du bottleneck, Muddy Waters parvient avec une grande sobriété à transmettre ses expériences à l’auditeur. L’homme est humble et digne, pas du genre à laisser transparaître une faiblesse à son interlocuteur. Sa voix de basse a une aisance particulière, celle d’un vieux sage qui prend un plaisir mélancolique à se remémorer un douloureux passé. Muddy Waters a tout du survivant stoïque et prodigieux dont les silences résonnent autant que les mots. Quand Howlin’ Wolf fait ses premiers pas dans les bureaux de Chess, Léonard Chess demande à Muddy Waters de lui présenter les lieux stratégiques de Chicago, ce qu’il fera avec une bienveillance caractéristique. Howlin’ Wolf reconnaît que cette aide lui a été précieuse, mais il a beaucoup plus de mal à accepter la prédominance de Waters sur la scène de Chicago. Une rivalité légendaire est née. Muddy Waters porte paisiblement la couronne et donne des concerts exempts de tout risque, avec un groupe en béton qui comprend l’harmoniciste turbulent Little Walter et le pianiste virtuose Otis Spam. Mais Howlin’ Wolf n’a pas dit son dernier mot et monte un nouveau groupe encore plus teigneux que le précédent. De nombreux incidents alcoolisés ponctuent les concerts mais le public est au rendez-vous : Wolf est une bête de scène qui n’hésite pas à monter sur le bar, à interpeller le public ou à sermonner l’un de ses musiciens s’il est trop bourré. La musique est féroce et le spectacle est total. Mais si Howlin’ Wolf eu Charley Patton pour mentor, c’est Son House qui transmit le blues à Muddy. Et toutes les élucubrations scéniques de Wolf le font doucement marrer. Son House lui-même considérait les singeries de Charley Patton avec un certain mépris. L’essence du blues, selon l’école de Son House et de Muddy Waters, réside dans cette douleur intériorisée que le chanteur exprime à travers une voix affectée mais puissante et fière. Muddy Waters offre une belle démonstration de cette définition avec son titre You Can’t Lose What You Never Had.

Muddy et Wolf, le temps d'un armistice...

TITRE : MUDDY WATERS - YOU CAN’T LOSE WHAT YOU NEVER HAD

Musique de fond : Howlin' Wolf - Back Door Man

Le blues électrifié made in Chicago devient un phénomène international dans les années cinquante. Le mérite revient notamment à Chess Records, qui a totalement démocratisé une musique jusqu’ici spécifiquement noire et rurale. Le blues va subir un lifting décisif avec l’apparition de Chuck Berry en 1955, et on pourra à ce moment là commencer à parler de rock’n’roll. Le tempo s’accélère, le ternaire devient binaire et les blancs envahissent les salles de concert. D’ailleurs les blancs s’y mettent à leur tour, avec Elvis Presley et Jerry Lee Lewis qui achèvent de faire du rock le produit de consommation le plus cool de la planète. Mais il faudra attendre les années soixante pour que justice soit rendue une fois pour toutes à Howlin’ Wolf et tous les bluesmen fabuleux que le Mississippi a enfanté depuis le début du XXe siècle. En 1964, l’engouement pour la musique pop et ses racines est tel qu’il permet l’organisation d’une grande tournée européenne de blues. A l’affiche, on retrouve entre autres Lightnin’ Hopkins, Willie Dixon, Sonny Boy Williamson II et Howlin’ Wolf.

C’est la scène anglaise qui permet au Delta Blues de jouir de cette reconnaissance tardive. Les nouvelles coqueluches british se nomment les Beatles, les Rolling Stones ou les Yardbirds. Ils revendiquent fièrement leurs influences et Muddy Waters et Howlin’ Wolf se trouvent en haut de la liste. Evidemment, des sales garnements comme Mick Jagger ou Brian Jones admirent le charisme de Wolf, sa voix d’alligator baryton et son physique de croque-mitaine qui semble avoir dévoré tous les obstacles qui ont émaillé son parcours. Mais c’est aussi toute une génération de guitaristes qui se fascinent pour la musique de Wolf, et cela grâce au jeu incroyablement moderne d’Hubert Sumlin, un gamin embrigadé de force dans l’orchestre de Wolf qui a anticipé le son des années soixante, d’Eric Clapton à Jimmy Page. Chess Records a tenté de capitaliser sur cette nouvelle popularité en forçant Wolf à sortir un album psychédélique se voulant proche des expérimentations d’Hendrix, malheureusement le résultat est indigeste et Howlin’ Wolf est le premier à cracher sur le disque qu’il qualifie de merde de chien. Qu’importe ce faux pas, puisqu’à l’inverse le travail de Wolf inspirera des reprises parfaites aux Doors avec Back Door Man, aux Animals avec Smokestack Lightning ou bien sûr aux Rolling Stones avec Little Red Rooster.

TITRE : THE ROLLING STONES – LITTLE RED ROOSTER

Musique de fond : Son House – Death Letter

En 1966, peu de temps après avoir fait sa première télé américaine en compagnie des Rolling Stones, Howlin’ Wolf participe au Newport Folk Festival où se retrouvent de prestigieux bluesmen comme Skip James, Bukka White ou Son House. L’occasion est trop belle pour le musicologue Alan Lomax qui décide d’immortaliser l’évènement en le filmant. Presque tous les concerts se dérouleront sans encombre ce soir-là, à l’exception du set d’Howlin’ Wolf, perturbé par un Son House passablement éméché et qui trouve dans son ivresse le courage de couper la parole du gigantesque chanteur sur scène. Si Wolf prend d’abord les errances du vieil homme avec humour, il finit par perdre patience et rétorque avec une férocité qu’on lui connaît bien.

Son House

Citation : Wolf VS House

Musique de fond : Howlin’ Wolf – Going Back Home

Son House avait sombré dans l’alcoolisme au point qu’il n’était plus capable d’avaler la moindre goutte sans se retrouver complètement cuit. Et en vérité, cela brisait le cœur de Wolf de constater l’état de délabrement de l’un des pères spirituels du Delta Blues. A bientôt soixante ans, Wolf avait peur de vieillir et de ternir l’image flamboyante qu’il avait imposée au monde entier. Alors quand son état de santé devint alarmant, il y opposa un déni pur et simple. Victime de plusieurs arrêts cardiaques, Wolf s’affaiblit au début des années soixante-dix mais refuse catégoriquement de se soigner, au point de fuir sa chambre d’hôpital uniquement vêtu d’une blouse. Sa pression sanguine anormalement élevée pouvait le faire délirer et ses reins étaient abimés, mais ça n’empêcha pas Howlin’ Wolf de continuer à mener sa carrière comme il l’entend. En 1972, il enregistre l’album The London Howlin’ Wolf Sessions avec un orchestre prestigieux : Eric Clapton, Steve Winwood ou encore Billy Watts sont de la partie. Mais pas Ringo Starr, qui a préféré quitté le studio dès les premiers jours d’enregistrement, effrayé par le caractère explosif de Wolf. Comme quoi le bonhomme a encore de l’énergie à revendre. Malheureusement sa situation s’aggrave, son régime est de plus en plus strict, le whisky et le tabac lui sont interdits, les performances scéniques déconseillées. Wolf ne respectera pas ces restrictions. Sa dernière apparition publique se tiendra à l’amphithéâtre de Chicago en novembre 1975. Et là, sous les yeux médusés du public au milieu duquel se trouve le regretté BB King, Howlin’ Wolf donne tout ce qui lui reste dans un show mémorable. Le loup grogne, hurle, pointe un doigt menaçant sur les premiers rangs en les fixant de ses yeux exorbités avant de se rouler par terre dans une explosion cathartique de rage musicale inouïe. Ce soir là, le Wolf avait justifié sa réputation. Pour paraphraser un journaliste du magazine Creem, si vous voulez une définition de la présence scénique, regardez Howlin’ Wolf en concert et divisez le par dix. Deux mois plus tard, le 10 janvier 1976, le gigantesque corps de Wolf libéra son esprit lors d’une opération cérébrale fatale. L’image ultime que laissa Wolf avant de partir pour un autre monde était exactement celle qu’il souhaitait : celle d’un homme fier, digne, capable d’une furie ahurissante et dont la voix intensément grave renfermait une âme brillante et complexe. C’était Graine de Violence, et on se quitte avec un extrait de son dernier album studio, un titre prophétique appelé The Coon On The Moon, où Howlin’ Wolf imaginait déjà l’arrivée d’un Noir à la Maison Blanche, plus de trente ans avant l’élection d’Obama.

TITRE : HOWLIN WOLF - THE COON ON THE MOON

 


Quelques références...

Des bouquins :

"Moanin' at Midnight, The Life and Times of Howlin' Wolf" de James Segrest et Mark Hoffman, chez Tunder's Mouth Press (livre en anglais)

"Love in Vain" de Jean Michel Dupont (scénariste) et Mezzo (dessins), chez Gléna. Biographie romancée de Robert Johnson en bande dessinée

"Le Peuple du Blues" de LeRoi Jones, chez Folio

"Feel Like Going Home" de Peter Guralnick, chez Rivages Rouges. Série de portraits de bluesmen.

De la musique :

Smokestack Lightning, The Complete Chess Master - Howlin' Wolf (4 CDs, enregistrements de 1951 à 1960)

The Rockin' Chair album - Howlin' Wolf (1962)

The Backdoor Wolf - Howlin' Wolf (1973)

Electric Mud - Muddy Waters (1968)

"Screamin' and Cryin'" - Muddy Waters (enregistrements de 1947 à 1953)

Complete Recordings - Robert Johnson (2CDs, enregistrements de 1936 à 1938)

The Definitive Charley Patton - Charley Patton (Enregistrements de 1929 à 1934)

Death Letter - Son House (1965)

Harmonica Wizard - Sonny Boy Williamson (enregistrements de 1951 à 1956)

Et du gros doc :

Martin Scorsese Presente The Blues, une collection de 7 documentaires fantastiques réalisés par Martin Scorsese, Wim Wenders, Clint Eastwood, Marc Levin, Mike Figgis, Charles Burnett, Richard Pearce et Robert Kenner.

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