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[ARTICLE] Les ravages des 80's (Attention : Vidéos)

C'est tellement mignon de voir toutes ces stars des 60's et 70's, s’adonnant à de nouveaux usages ou hobbies, de nouveaux outils, de nouveaux jouets, comme des petits bébés mal habiles, pour suivre les évolutions de la société, ou de la mode. Mais dans certains cas, c'est aussi une immense tare dans la discographie d'un artiste.

Deux futurs artistes

C'est en chroniquant le dernier Michael Chapman que nous avons exhumé une partie étonnante de sa très longue carrière (1967-2017) : nous voulons bien entendu parler du disque d'electro-folk-prog-etc Heartbeat, grosse bouillabaisse expérimentale sortie en 1987. Ce "concept-album", comme on appelle communément un album qu'on ne réécoutera jamais, est complètement 80's et tranche radicalement avec sa folk d'antan. Composé de 9 morceaux instrumentaux pompeux à en crever (dont le titre Tristesse), celui-ci est saturé de notes de synthés improbables, de rythmiques froides, de changements d'ambiances très peu intuitifs, d'où émerge une basse slappée hilarante, comme il était de rigueur à l'époque... Sorte de Dire Straits période Love over Gold (écoutez cette horreur à vos risques et périls), en mieux et en plus aventureux quand même, car c'est difficile de faire pire que ce générateur de jingles publicitaires insupportables.

Voici ce qu'évoquent les mots "Dire Straits"

Revenons-en aux années 80.

Cette désinhibition totale qu'éprouvent alors les compositeurs, en prise avec cette décennie délirante, en plein trip futuristique, nihiliste, transhumaniste et mutant (à l'aide de l'accident nucléaire de Tchernobyl), a pourtant abouti, presque curieusement, à la création de nombreuses œuvres intrigantes d'une beauté incongrue.
Mais, tout aussi souvent, il en résultera des titres terriblement abominables, où rien ne marche, rien ne se passe, si ce n'est la transmission d'une décharge de honte qui parcoure nos corps, et que l'on expulse par de rapides respirations, un sourire crispé et de grosses gouttes de sueur.

Ouf, c'est terminé

Nous avons donc décidé, en collaboration avec Graine de Violence, d'élaborer une petite sélection de ces artistes de folk, rock ou pop, qui, après une carrière époustouflante dans les années 60 et 70 (et alors qu'ils vieillissent et que le grand public ne veut plus entendre parler de leur musique) ont tout donné pour pouvoir continuer à vivre de leur art, quitte à faire rire les générations futures. Pour la bonne raison qu'ils étaient clairement tous minés par la drogue, et que cette passion coûte chère.

A peu près toutes ces chansons ont pourtant quelque chose d’aimables en elles, par leur naïveté, leur fragilité, voire leur nullité.

Procurez-vous des mouchoirs et cliquez.


Bob Dylan - When The Night Comes Falling From The Sky
(Empire of Burlesque / 1985)

Évidemment, un prix Nobel se devait de figurer en premier. En 1985, Bob Dylan semble se chercher un nouveau souffle (c'est déjà son 23ème album), mais finalement il se racle la gorge et expulse un sacré mollard à la face du monde : Empire Burlesque (ne l'écoutez pas). On a d'ailleurs aucun mal à voir sa gêne sur cette vidéo, on sent qu'il voudrait être ailleurs, on se cache les yeux en le voyant faire du guitar pointing, son regard est dans le vague, son faciès se décompose, et sa voix ressemble au cri d'agonie d'un animal malade. Rien ne marche. C'est révulsant et fascinant.


Lou Reed – No Money Down
(Mistrial / 1986)

En 1986, Lou Reed n’a plus rien sorti de pertinent depuis le début de la décennie. Seigneur déviant de la transgression durant les seventies, adulé par un mouvement punk quasi mort-né qui n’avait ni la descente ni la résistance du saint-patron du Velvet, Lou se rachète une bonne conduite dans les années 80 et se transforme en père-la-morale après avoir chanté les joies du cuir et des aiguilles. L’album Mistrial se vautre gaillardement dans la soupe sonore MTV friendly, avec gros renforts de saxo ringards, de synthés obscènes et de pédales à effets qui rendent le tout à peu près aussi authentique que la chose immonde censée représenter Lou dans le clip ci-dessus. Quant aux textes, très « faites c’que j'dis pas c’que j'fais » dans l’esprit, ils sont bidonnants : Lou Reed demande à l’auditeur d’être gentil avec les dames, aux politiciens d’arrêter d’être malhonnêtes et à la télévision d’arrêter d’être violente. Pour l’antidote, il faudra attendre 1989, avec la sortie du chef d’œuvre New York


Neil Young - Weight of the world
(Landing On The Water / 1986)

Neil Young, le troll des eighties. Sûr que le Loner n’a jamais été du genre à faire ce que l’on attendait de lui, mais il fut une époque où il poussait très loin le contre-emploi. Du réac’n’roll bourrin (Re-Ac-Tor), du rockabilly parodique pour faire chier la maison de disque (Everybody’s Rockin’), de la techno bubble-gum pour faire plaisir aux mômes (Trans), Neil Young n’était plus que l’ombre de lui-même mais s’en sortait quand même bien grâce à un second degré assez salvateur. Jusqu’en 1986, année où sortit ce Landing On The Water, foudroyant de nullité.

Déjà, ce clip. Peut-on faire plus moche et inutile ? Sûrement, mais quand même. D’ailleurs, Young n’a même pas l’air d’assumer, il est planqué derrière une fausse moustache et une perruque ridicule, et pire encore, la musique est presqu’inaudible, couverte par les dialogues et gesticulations lamentables des protagonistes du dit-clip. Rassurez vous, vous n’aurez rien raté : au rythme d’un ersatz de batterie bien horripilant, Weight Of The World se traîne comme une vieille boule de pétanque rouillée, ponctué de notes de clavier d’une débilité même pas rafraichissante. Au milieu, la voix du Loner, à peu près autant à sa place que François Asselineau à un second tour de présidentielle, semble chercher une issue de secours qu’elle ne trouvera qu’au début des années 90.

Neil Young - Transformer Man
(TRANS / 1982)

Vous pensiez réellement qu'on n'allait pas mettre un seul morceau de Trans ? Sur cet album, c'est l'exemple typique du mec qui se découvre un nouveau joujou préféré, le vocoder et qui l'use jusqu'à la putain de moelle et que tous ses potes le haïssent. Globalement, l'album est une immondice informe, inadaptée, inadmissible. Un an après, Geffen Records, son label, lui intentera un procès pour la bonne et simple raison qu'il trouve, notamment, que cet album a été délibérément composé pour être invendable (traduction : nul - et comme son contrat lui allouait 1 million de $ par album, ils étaient fébriles).
C'est insupportable, et pourtant, on éprouve une tendresse infinie pour cet homme déjà gaga (à seulement 36 ans), malgré nous.
D'autant plus que Neil a justifié le parti-pris de l'album et son usage du vocoder comme étant une réflexion autour de ces longues années à essayer de communiquer avec son fils, atteint de paralysie cérébrale. Si c'est faux, c'est ignoble comme excuse, et si c'est vrai, c'est super triste, mais ignoble de lui en faire porter la responsabilité.

Du coup, on se demande comment vont les enfants de Kanye West.

On a mis un extrait d'un live (Live in Berlin) par pure mesquinerie, Neil Young y arbore des lunettes impensables et n'a clairement pas fait l'actor's studio, les fans sont choqués, et son guitariste danse comme les acteurs de cette merde qu'est The OA. Ce titre pourrait être un tube de Bonnie Tyler si on l'avait donné à Jean-Michel Jarre pour qu'il le ruine à tout jamais.


David Crosby – Drive My Car
(Oh Yes I Can / 1989)

Alors là, c'est vraiment pas du tout bien. Là, on touche l'imperfection. David Crosby, du célèbre supergroupe folk/rock de la fin des années 70, Crosby, Still, Nash & Young (et membre fondateur de The Byrds), est réputé comme étant encore plus cocaïnomane que son compère Neil Young, au point d'appeler son 1er album, en 1971, "If  I could only remember my name".

De fait, pendant les années 80, il est devenu une sorte de pouf vivant, malgré son visage poupon et sa moustache sympathique, passant 9 mois en prison (pour possession illégale d'armes, d'héroïne et de cocaïne en quantité irraisonnable), ce qui ne l'a pas empêché de continuer la fête sombre par la suite. Bref, 18 ans après son premier album, il est amené à en refaire un, parce qu'il est momentanément sobre. On pourrait se dire qu'il a accumulé de nombreuses idées magiques durant tout ce temps, mais il n'en est rien. Drive My Car est une pourriture rock FM (comme tout l'album "Oh Yes I can"), un modèle de ce que personne n'aurait jamais du avoir à écouter. Avec ce break de synthé absolument dégoutant, bavant sur une matière déjà contestable, solo de guitare sans âme, basse slappée impensable qui arrive en fondu... ça creuse le ventre. Et puis, il faut quand même remarquer le cynisme du mec qui fait une ode à la ballade en voiture, alors que 4 ans auparavant il était arrêté par la police après avoir fait un hit & run et avoir embouti sa voiture (ainsi que pour conduite en état d'ivresse, et évidemment détention d'un flingue et de cocaïne).


Eric Clapton – Behind The Mask
(August / 1986)

Bon, déjà, le titre de l'album célébre la naissance de son fils, et plus précisément son mois de naissance... ce qui est une idée plus qu'affligeante.

Ensuite, ce titre a été composé en 1978 par les japonais du Yellow Magic Orchestra, pour une pub de la marque japonaise Seiko... c'est à dire pour une PUTAIN DE MONTRE ! L'année d'après, le groupe l'a sorti sur son album et c'est un putain de tube de synth-pop. Plus tard, Michael Jackson se fait chauffer pour en faire une reprise durant l'enregistrement de Thriller, mais il ne la retient finalement pas, pour des raisons évidentes de nullité. Ses ayants-droits l'ont quand même déterrée en 2010, l'ont sortie et ont pissé sur son cadavre en plastique. Sa version est presque équivalente à celle de Clapton, à savoir une bouse inaudible.
Et donc, Eric Clapton, ce monstre, nous sort en 1986 un album de Phil Collins raté (le joyeux Philou est d'ailleurs à la prod et l'a très clairement trollé). Et au sein de ce disque dont il ne fera absolument aucun clip (bien inspiré sur ce coup-là), il y a la reprise soul/pop du tube Behind The Mask. Ici, les rythmiques autrefois minimalistes sont désormais d'une banalité à couper le souffle, on dirait un thème automatique, les parties de guitare sont une honte pour la profession, les chœurs-vocoder n'ont aucun sens, et les parties de cuivres tellement cheesy que notre mâchoire se serre très fort, grince, rouille, pendant que notre cou s'enfonce lentement dans notre carcasse jusqu'à l'immersion et l'hémorragie interne. Ça a pourtant été son album le plus vendu à cette période, ce qui donne une idée de la mentalité de fin du monde de cette époque-là. Ils pensaient sans doute que tout allait s'arrêter pour se complaire là-dedans, dans une sorte de jouissance morbide.
Oublions tout ça.


The Beach Boys – Getcha Back
(The Beach Boys / 1985)

On a pardonné un sacré paquet de fautes de goût à nos idoles sixties. Mais jamais on n'oubliera ce qu'étaient devenus les Beach Boys pendant les années 80. Manipulé comme une marionnette promotionnelle, ce pauvre Brian Wilson en mode végétatif se laissait balader par son psy Eugene Landy et le cousin Mike Love, tentant le casse du siècle avec cet album éponyme minable. Ici, il ne reste rien de l'âme du leader des Beach Boys, aucune sensibilité, aucune passion, aucun génie, à peine quelques harmonies fantomatiques censées perpétuer la magie passée. Cyniquement dédié à la mémoire du tout juste décédé Dennis Wilson, la galette est à l'image de ce clip sinistre, des quadras beaufs qui votent Reagan et essaient pathétiquement de faire danser des ados qui s'en branlent éperdument. Infect.

Leonard Cohen - First We Take Manhattan
(I’m Your Man / 1988)

Après un échec commercial dur et concret avec Various Positions (et cela malgré la présence du titre mythique « Hallelujah » sur l’album), Leonard Cohen, en 1988, ouvre les yeux et se rend compte qu’il est plus proche des années 2000 que 1900. Et que tous ses potes ont pris le virage tant bien que mal de la modernité... alors le vieux Léo se dit que lui aussi va se mettre à la température de l’époque. Qui dit fin 80’s dit donc synthétiseurs, rythmes mécaniques et un peu de kitscherie : ici on optera pour des choristes. C’est une bonne idée de merde ça, les choristes.

Le titre qui nous intéresse, « First We Take Manhattan » est un concentré de tout cela, et pour ne rien gâcher, c’est lui qui ouvre l’album I’m Your Man. Pourquoi commencer light quand on peut porter direct le coup de grâce. Le pire étant que Cohen a écrit cette chanson pour son amie Jennifer Warnes, qui l’a mise dans son album Famous Blue Raincoat sortie en 1986 (A voir dans cette émission qui n'a aucun sens). Mais bon, on ne va pas se laisser abattre non plus. Le titre marche bien, et Leonard décide de le reprendre en le réactualisant, quitte à passer pour un rustre. Donner c’est donner, reprendre c’est … OK ?

Pour bien faire le taff, il a convié Jeff Fisher, un compatriote pro du synthé qui a sur son CV des passages express dans les groupes Harmonium et UZEB, mais aussi et surtout le fait d’avoir été musicien de sessions et de live pour Céline Dion et Robert Charlebois. Et ouais. Donc on hume que ça va être bien tout ça, hein.

Tout se confirme dès les premières millisecondes, ça sent mauvais. Une basse synthétique bien ronde, un boite à rythme bien cheap et des nappes de clavier bien horribles, ça donne une instru digne d’une compilation NRJ des meilleurs tubes de discothèque 1987, le tout emmené par la voix fatiguée et fainéante de crooner en fin de parcours de Cohen, voix mise à mal par le refrain et achevée par les choristes qui viennent empiler une couche de caca en plus sur cette pile de merde. Félicitations aux personnes derrière ce brainstorm pour « rendre ce disque moderne et audacieux » après avoir trop écouté Depeche Mode bourré en soirée.
Il n’y a pas à dire, c’est tellement mauvais qu’on risque de trouver ça bien. On se demande même si cette chanson n’est pas le socle de base de ce que deviendra Rammstein quelques années plus tard tellement les points de comparaisons sont nombreux.

Et pour enfoncer le clou, rappelons que R.E.M et Joe Cocker ont repris cette chanson, si ça ce n’est pas un coup de marteau sur un cercueil …

Allez, repose en paix.

Bonus-Track !
Le live en playback (sous-titré en allemand)


Paul Simon - You Can Call Me Al
(Graceland / 1986)

Comment enterrer une carrière d’artiste folk de talent, et passer pour un ringard, si vous ne savez pas demandez donc à Paul Simon, oui celui de Simon & Garfunkel. Après s’être séparé de son acolyte, puis de la plus belle femme du monde (la princesse Leïa), le gars décide donc en 1986 de se séparer de sa dignité en sortant Graceland, album de pop au relent de world-music mielleuse avec toutes les plus mauvaises idées d’arrangements du monde. Parmi ces 11 titres un en particulier pue les années maudites. C’est « You Can Call Me Al », musique de générique d’émission télé, ou de synchro de pub pour un forfait téléphonique.
Une boucle de clavier de 3 notes qui dure tout le morceau qui va vous casser la tête et hanter vos nuits, cette ritournelle qui ne sera interrompue que lors de 2 solos terribles et plein de gêne, un au pipeau et l’autre aux percussions, dramatique on vous dit. Ce titre serait en plus une private joke entre Simon et sa concubine de l’époque pour se foutre de la gueule de Pierre Boulez, MAIS PUTAIN, il y a private dans private joke, vous auriez pas pu garder cette merde pour vous également ?!

Bilan
Du mauvais Peter Gabriel, fait par un mauvais sosie de David Duchovny... Seule utilisation possible : le karaoké de soirée étudiante.

Bonus-Track !
Le Live au Zimbabwe, avec des sous-titres approximatifs en espagnol.
Bonne ambiance par contre.


 

Et pour finir, comme on pense à vous :
Voici une playlist youtube avec tous les clips ci-dessus, afin de pourrir les soirées de vos amis.

 

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