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[ARTICLE] MON DISQUE CULTE - NOFX - PUNK IN DRUBLIC PAR JÉRÔME TREUVELOT

En 1995 j’avais 15 ans et j’avais déjà bien amorcé ma mutation de jeune fan de NBA à celui d’amateur de musique dite « rock ». L’époque plaidait largement en ma faveur tant par la production pléthorique de disques, que par la multitude de médias qui relayaient cette rage dont la jeune garde de la génération Y raffolait.

Youtube before it was cool. Les VHS ou le seul moyen à l'époque de revoir les highlights NBA.

Effectivement, Best of Trash, Best Of pop rock sur M6, Fun Radio fait du bruit, Rocksound, Rage et j’en passe, étaient autant de relais qui ont permis de bruler nos walkmans sur le chemin du collège et de nous sortir de la période fluo-synthé-dance machine à grand coup de guitares saturées.

Nos chemises à carreaux ont rapidement remplacées les LC Waikiki, Fido Dido et consort, et la Converse All Star a enterré nos Nike air 180 (à la grande joie de nos parents vu le prix dérisoire des Converses à l’époque).

Ce moment gênant où tu te rend compte que Johanna était grunge, et Béné un peu aussi.

Nirvana, Pearl Jam, RATM et compagnie m’avaient déjà bien ouvert la porte du grand monde du rock n’roll. Mais avec du recul, la première impulsion vers le grand changement fut incontestablement SMASH de The Offspring et Dookie de Green Day.

Effectivement, après avoir vu quelques clips de ces groupes, je savais que mes disques de Silverchair et Hole allaient avoir du souci à se faire. J’ai rodé SMASH des après-midi entières, le doux écho de Dookie résonnait, lui, plus souvent dans la chambre de mon frère qui jouxtait la mienne.

Cet album était imparable, grandiose. Quant à Dookie il me donnait le grand frisson avec ses mélodies et sa rage de roquet teigneux, mais arrivé à un moment il me fallait plus, j’étais devenu insatiable.

A l’époque, nous avions déjà pas mal rodé ce que les grands médias et les majors avaient à nous offrir, et puis il y avait ce groupe dont Rocksound avait brièvement parlé, il était dans les remerciements de nos disques favoris et les mecs de Offspring portaient tout le temps leurs t-shirts.

NOFX, étrange comme nom.

Un soir on est tombés avec un pote sur le clip de « Leave it alone » sur Best of trash, on a chopé direct un album lors d’une virée au Virgin Mégastore des Champs Elysées le samedi d’après. Derrière le disque y’avait marqué « Epitaph », comme sur celui d’Offspring, en gros on ne savait trop ce que c’était mais on y allés les yeux fermés.

Punk In Drublic, 1994 chez Epitaph

On était en hiver 1995, le disque était sorti depuis un moment donc. Punk in Drublic, habile contrepèterie et pochette cool, il ne nous en fallait pas plus.

L’expérience était extatique dès l’ouverture du disque, je ne le savais pas mais je me prenais droit dans la face le titre qui allait devenir l’hymne de la génération punk à roulettes, « Linoleum ». Le disque m’est rentré direct dans le crâne, ça allait vite, très vite, les mélodies étaient impeccables et les riffs assassins. Les mecs avaient l’air aussi crétin que nous et étaient sapés pareil, pas de surenchère destroy, juste des baggys et des t-shirts XL à la con, un skateboard et des bières cheapos.

NoFX, circa 1994.

Tout semblait sans temps morts, sans concessions, à l’image de ce groupe que j’ai appris à connaitre au même moment. Il y avait ce discours d’indépendance contre les grosses majors et les gros médias, prônant l’éthique DIY et un début de prise de conscience sociale. A ce sujet ce n’était pas Byzance certes, mais ce fut un bel exemple de vulgarisation, une belle porte ouverte pour l’ado que j’étais à ce moment-là.

Mais pour être honnête, ce qui nous plaisait surtout c’était le coté branleur, une bande de sales gosses gentils à l’humour particulièrement potache tout comme nous. Pendant des années, ce fut la bande son de nos après-midi de glande et de skate. Au lycée on le passait tout le temps en soirée avant de foutre un bordel monstre chez les parents du mec qui avait eu la mauvaise idée nous inviter.

Un appartement après une fête de jeunes qui écoutent NoFX dans le 95 en 1995.

Après cela tout a été très vite lors de l’hiver 95 et le printemps 96, Millencolin, Rancid, Punk-O-Rama 2 (compil de ouf à 42 francs), Burning Heart Records, Fat Wreck et j’en passe.

Et puis vint le temps du premier live, octobre 1996 à la Cigale avec Good Riddance et les Vandals en première partie. Ce soir-là j’ai su que rien ne serait plus jamais pareil, tout semblait si vivant, si vrai, si drôle et hors de contrôle. J’étais séduit et il n’y avait pas de billet retour vers la vie normale.

Suicide Machines, au Club Dunois, 1997, photo prise par Jérôme.

Fat Mike a sorti un max de bons groupes sur son label, ce qui nous a permis de passer outre le déclin musical de son propre groupe (sans mauvais jeu de mots, le déclin est pour moi le dernier bon truc de NOFX). Mais peu importe, il avait signé ce qui allait devenir la pierre angulaire du punk rock des années 90.

Cette fois la porte était grande ouverte et le punk rock allait devenir une des choses les plus importantes au monde pour nous. Se faire des cassettes, éplucher les remerciements dans les disques, aller au Silence de la Rue à l’époque où il était dans le XVIIème et acheter les disques à l’aveuglette. Enfin, on en a subtilisé bon nombre quand même, je crois que j’ai honte quand j’y repense.

Blink182, au Club Dunois, en 1997, encore une photo prise par Jérôme, et fais pas genre t'y étais, parce que t'y étais pas. Et bravo à Mark pour son t-shirt Kyle.

Avec du recul, Punk in Drublic n’est pas mon album préféré, même pas mon disque de punk rock préféré. Mais ce qui me touche le plus c’est que ce fut un réel point de départ vers une nouvelle partie de ma vie. Grace à ce disque j’ai rencontré des vrais amis et des gens qui comptent. Le sens incitatif du punk rock m’a donné les moyens d’écrire dans un fanzine, d’apprendre un instrument, monter un label avec les potes, sortir des disques avec mes groupes, partir en tournée, rencontrer des gens toujours et encore…

Cela m’a ouvert à d’autres styles de musique et a forgé mon sens critique, si je parle anglais c’est parce que je me suis fait chier à traduire des centaines de chansons ou interviewer des centaines de groupes, si je suis travailleur social c’est grâce à l’ouverture humaine véhiculée par cette musique dont j’ai été imprégné après tant d’années.

Seven Hate en 1999 à Pontoise, la France du punk-rock dans toute sa splendeur.

D’une certaine façon ce point de départ m’a permis de devenir quelqu’un de meilleur, de faire des choses concrètes que cela soit au niveau créatif qu’humain.

Même si, on ne va pas se le cacher, au début cela nous a surtout permis de s’inviter en soirée chez des gens du lycée, d’uriner dans les bouteilles de shampoing de leurs sœurs, de vider leur frigo sur les murs ou de jeter tout ce qui nous passait sous les mains par les fenêtres juste pour faire rire les copains.

Donc voilà, en 2017 le punk rock mélo a perdu ses lettres de noblesse, c’est l’apanage de quelques milliers de personnes réunies entre la Belgique, l’Allemagne, le Japon et l’Amérique du sud. C’est passé de mode et quasi ringard à souhait pour bon nombre de personnes.

Je pense que si l’on n’a pas vécu ces années, il y a de fortes chances de prendre tous ces groupes en grippe. Seul le facteur nostalgie pèse encore face au HxC mélo.
Mais cependant, sachez que bon nombre de musiciens de groupes de post punk, garage, electro, stoner et j’en passe étaient là à cette époque à pogoter au rythme de la double pédale, et sachez que la liste est longue. J’ai les noms et pas mal de photos, tremblez donc.

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Jérôme dans le jus de l'époque, punk et rebelle comme toujours à rouler sur le trottoir avec son vélo.

Jérôme Treuvelot est un grand trentenaire, fier d'avoir grandi dans le 95.

Il est animateur dans Reste Bien Tranquille.

Et il est aussi batteur dans 17000 groupes dont voici une liste sélective (mais on vous conseille de trainer sur Discogs pour la discographie complète) :

 

 

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