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GRAINE DE VIOLENCE - LA TRILOGIE BERLINOISE (BOWIE/ENO)

Deux jours après son soixante-neuvième anniversaire et la sortie de son album ultime, David Bowie a rendu l'âme, à la stupeur générale. On savait plus ou moins que la santé du caméléon de la pop était capricieuse, mais on se disait que sur sa planète la médecine était probablement plus avancée que la nôtre. Du coup, on n'a pas pris le temps d'imaginer le monde sans lui. Parce que Graine de Violence lui doit beaucoup, il était impensable de ne pas lui rendre hommage. Cette émission raconte sa période "berlinoise", sa collaboration prolifique avec le plus virtuose des amateurs, Brian Eno. Entre 1977 et 1979, les deux musiciens allaient produire trois albums monumentaux, parmi les plus influents de leur carrières respectives : Low, "Heroes" et Lodger. Bowie se remet alors d'une longue psychose paranoïaque, entretenue par sa consommation effrénée de cocaïne. En quête de paix intérieure, il acquiert une liberté artistique inédite grâce à l'approche anticonformiste de Brian Eno. Ils ne le savent pas encore, mais leur travail aboutira à la naissance d'un nouveau courant musical : la New Wave.

Musique de fond : David Bowie - Warsawa

L'ultime.

Le 10 janvier 2016, jour de la mort de David Bowie, le monde est officiellement entré dans le XXIe siècle. Le caméléon de la pop a succombé à un cancer quelques jours après son soixante-neuvième anniversaire, et si comme moi vous n’avez pas été réveillé par une série de textos larmoyants ce jeudi-là, vous avez pu constater son décès sur les unes des Inrocks, de Libé, de Paris Match, de Voici, de Valeurs Actuelles, Ok Podium et autre Picsou Magasine. Tous ces canards vous l’ont assené, David Bowie dépassait la sphère du rock’n’roll, David Bowie c’était l’art total, le mec qui pouvait prévoir les modes, celui qui définissait les décennies en un déguisement symbolique, de l’extra-terrestre bisexuel des seventies au yuppie cynique des années quatre-vingt. Bowie, tout le monde l’adore, alors qu’à une époque les plus élitistes se méfiaient de lui et de sa capacité à s’approprier les bonnes idées des autres, on s’inquiétait de son pouvoir hypnotique sur Lou Reed ou Iggy Pop, et certains considéraient même que tout ce bazar glam-rock était bien vulgaire et que ce Bowie grimé en alien salace n’était qu’un grotesque recycleur, un vampire qui suce le talent des autres pour survivre. C'est-à-dire que Bowie connaissait son Warhol sur le bout des doigts, et l’aspect superficiel de son art n’était pas un accident. Le bonhomme semblait avoir tout prévu jusque dans les moindres détails, il savait comment rallier les détracteurs à sa cause. Au début des seventies, l’excellent rock-critic Nick Kent s’exaspérait des poses caricaturales de Ziggy Stardust. Il allait très vite revoir son jugement.

Musique de fond : David Bowie – Moonage Daydream (instrumental)

 

Bowie par Mick Rock

Moi-même, j’aurais bien aimé pouvoir faire le malin en prétendant le Bowie surestimé, en relativisant son importance par un haussement d’épaules désabusé. Mais voilà, le fait est que The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spider From Mars est le disque qui m’a connecté à la folie subversive des années soixante-dix et qui a entrainé ma boulimie de culture rock. L’autre album qui a ouvert mes chakras est sans aucun doute Transformer de Lou Reed, la plus célèbre œuvre du poète newyorkais, un succès public que l’on doit sans aucun doute à sa production maligne et séductrice en diable, et c’est encore David Bowie, ce bon vieux charmeur de serpent qui se retrouve aux manettes. Bowie le maniaque du contrôle, Bowie qui a sous son emprise des rock stars plus âgées et expérimentées que lui, Bowie qui semble avoir planifié sa carrière au millimètre va pourtant percuter de plein fouet les limites de l’exercice dans la deuxième partie des années soixante-dix. Tous les déboires de la célébrité semblent s’abattre sur lui. Lorsque les sessions de son dixième album Station To Station démarrent, Bowie n’a pas une idée précise du résultat, son faible état psychologique ne lui permettant pas de rassembler toutes ses cellules grises pour imaginer un projet finalisé. La conception de Station To Station, David l’oubliera à peine sorti du studio, la coke s’est chargée de lui effacer la mémoire. Dans ces conditions douteuses, l’exploit est pourtant accomplit : Station To Station laisse la critique abasourdie, c’est une œuvre épique et ambitieuse qui s’éloigne des canons pop, à commencer par la longueur des six titres qui garnissent le disque. En lâchant prise, David Bowie s’est découvert un nouveau pouvoir créatif qu’il a l’intention d’exploiter jusqu’au bout de ces possibilités. C’est ainsi que prendra forme l’une des plus importantes étapes de sa carrière, celle que l’on surnomme la trilogie berlinoise. Low, « Heroes » et Lodger, trois opus fondamentaux conçus avec une anti-star du rock de génie, le théoricien musical Brian Eno. Et c’est cette histoire que j’ai décidé de raconter aujourd’hui.

TITRE : DAVID BOWIE - SOUND AND VISION

Brian Eno en 1973

Musique de fond : Roxy Music – Virginia Plain

Brian Eno apparaît à la face du monde en  1972 au sein d’un groupe glam qui casse la baraque en Angleterre, Roxy Music. Il s’agit d’une bande de petits malins, des étudiants en arts qui cultivent une apparence excentrique plutôt proche des standards de l’extra-terrestre Ziggy Stardust. Ils affectionnent les motifs panthères un peu vulgos, le noir autour des yeux et les paillettes de manière générale. Eno lui a opté pour le boa rose fluo et une permanente rongée par une calvitie précoce. Son audace vestimentaire lui vaut un succès auprès des femmes que lui envie le chanteur de Roxy Music, Bryan Ferry. En effet, les sapes de Brian Eno semblent bien plus marquer l’esthétique du groupe que les attitudes de crooner sarcastique du leader. En interview volontiers provocateur, Eno se dit d’autant plus ravi d’être considéré comme une icône de la mode qu’il n’a pas la moindre compétence musicale. Il n’est certes pas un  instrumentiste comme les autres, mais son apport au son de Roxy Music est capital. Il utilise un synthétiseur VMS VCS3, sorte de petit studio portable riche en possibilités qui permet de tordre le son en direct et de générer des nappes synthétiques parfaites pour pervertir les compositions de Bryan Ferry. Eno est un créatif hors du commun qui semble vouloir bousculer les codes ultra rabâchés du rock’n’roll, ses idées farfelues, son humour subtil et son élégante folie concentre toute l’attention du public, ce qui attise la jalousie du chanteur. Ne se sentant plus en odeur de sainteté et commençant à s’ennuyer ferme au sein du groupe, Eno quitte Roxy Music après le deuxième album en 1973. Livré à lui-même, il va profiter de sa carrière solo pour s’éloigner de la musique pop.

Musique de fond : Brian Eno – On Some Faraway Beach

Brian Eno et Robert Fripp en 1975

Son premier réflexe sera expérimental : avec Robert Fripp, il sort un album instrumental à haute teneur atmosphérique, (No Pussyfooting). L’œuvre se compose d’envolées lyriques du sensationnel guitariste de King Crimson qui viennent se nouer avec la matière sonore obsédante concoctée par les machines de Brian Eno. On le découvre chanteur sur ses deux premiers albums de pop que l’on peut difficilement qualifier de classiques. Ses harmonies et son accent un brin aristocratique rappellent les intonations de Syd Barrett, le leader de Pink Floyd alors en totale perdition psychiatrique. Sur Here Come The Warm Jet, il joue le jeu radiophonique en respectant le schéma couplet / refrain, mais il refuse systématiquement l’hégémonie du son rock et s’amuse des attentes de l’auditeur, usant et abusant des bruitages synthétiques idiots sur The Paw Paw Negro Blowtorch, détruisant le final de Dead Finks Don’t Talk avec des crissements électroniques particulièrement agressifs, sans parler de l’ambiance schizophrénique de Driving Me Backwards, que j’avais déjà diffusée dans l’émission sur Nico. Eno se considère moins comme un musicien que comme le défenseur d’un concept artistique qui exclu le narcissisme de rock-star. Non-musicien autoproclamé mais compositeur unique en son genre, son travail le mène sur la piste de l’ambient, ce genre musical instrumental éthéré et contagieux qui est conçu pour se mêler avec le bruit du quotidien, qu’il s’agisse d’un vacarme urbain ou de la douce vibration de la pluie sur une toiture. C’est ce goût du risque et de l’anonymat qui convaincra David Bowie de faire appel à lui pour Low, premier volet de sa trilogie dite de Berlin. Deux ans avant leur collaboration, Brian Eno sortait Another Green World, délicieuse fusion entre une pop très anglaise et une atmosphère synthétique propice à la rêverie. Cet album quelque peu oublié se présente comme une étape apaisante précédant la conception de Low, œuvre plus inquiétante et mélancolique. St Elmo’s Fire, troisième morceau du troisième opus solo de Brian Eno, est un trésor euphorique à écouter pour conjurer les matinées grisâtres et déprimantes.

Another Green World de Brian Eno (1975)

TITRE : BRIAN ENO - ST ELMO’S FIRE

 Musique de fond : King Crimson - Starless

 

 

 

 

 

Sur le solo spectaculaire qui intervient au milieu du morceau, c’est à nouveau la guitare virtuose de Robert Fripp que l’on entend. A l’époque, Fripp a délaissé King Crimson, juste avant la sortie d’un dernier opus diabolique, le très justement nommé Red. Le groupe prog était pourtant à quelques pas d’un succès phénoménal, mais Fripp est un garçon entêté et exigeant, un brin rigide même, difficile de le faire changer d’avis. En fait le futur guitariste de « Heroes » traverse une crise mystique coriace, c’est son intérêt pour les forces occultes et l’ésotérisme qui lui monte à la tête. Tourner avec un groupe de rock alors que l’Apocalypse va tout emporter avec elle d’ici une vingtaine d’année ? Ca paraît dérisoire. Dans l’entourage de Fripp, on retrouve une journaliste qui se dit sorcière Wiccan douée de pouvoirs guérisseurs, Walli Elmlark. Et c’est à elle qu’on fait appel lorsqu’un énergumène bien plus délirant que Robert Fripp se prétend possédé par les démons, quelque part dans une résidence pavillonnaire de Los Angeles.

Musique de fond : David Bowie – Station To Station

David Bowie version Station To Station : le Thin White Duke

David Bowie vit alors à Beverly Hills, chez le bassiste de Deep Purple, et il a complètement pété une durite. Il n’est pas sans savoir que quelques années plus tôt, le quartier avait été le théâtre d’un massacre perpétré par des hippies psychotiques, la famille Manson. Accablé par des problèmes personnels, en guerre avec son ancien ami Tony Defries et sa future ex-femme Angela Bowie, David cherche le remède à ses problèmes en  sniffant quotidiennement des montagnes de coke qui lui rongent tout bon sens. Après l’enregistrement de Station To Station dont il ne garde pas le moindre souvenir, Bowie a peur de son public, cette gigantesque foule de chimères voraces venues lui voler sa semence pour faire naître l’Antéchrist. Quand il n’a pas le nez dans la poudre, il est fourré dans un bouquin, Psychic Self-Defence avec lequel il espère trouver les bons tuyaux pour l’exorciser. Malheureusement, dessiner des pentagrammes partout sur les murs ne suffit pas à faire disparaître les effroyables visions qui assaillent la pauvre rock-star. C’est là qu’intervient Walli Elmlark, diplômée de l’école de Poudlard et accessoirement pote avec Fripp, Jimi Hendrix et Marc Bolan. Angela Bowie racontera avoir vu la piscine de la demeure bouillir au son des incantations divines de la guérisseuse. Après cet épisode un peu pompeux de La Quatrième Dimension, David Bowie se dit qu’après tout, vivre dans la capitale mondiale de la cocaïne n’est probablement pas ce dont il a besoin pour calmer ses souffrances psychiques, et c’est en partie cette crise mystique qui le décide à quitter le nouveau continent pour s’installer dans la vieille Europe. Il a besoin de renouveler son inspiration loin de cette Amérique clinquante où tout le monde attend son quart d’heure de gloire. David Bowie est déjà une star, et il en a subit les conséquences ; à la fin de l’année 1976, il est en quête de calme et d’anonymat. Etre un chanteur pop a faillit lui coûter la raison, désormais il veut travailler sur des concepts novateurs qui laisseront leur trace dans l’histoire. Brian Eno est l’homme de la situation : c’est un intellectuel qui méprise le vedettariat et qui a lui aussi tourné le dos au glam-rock. Pendant l’été 1977, les deux hommes se retrouveront à Berlin pour l’enregistrement du mythique « Heroes ». Robert Fripp et sa Gibson ont suivi le mouvement, et ses riffs tout en larsens aériens y seront pour beaucoup dans la réussite de l’album. Sur Blackout, il accompagne un David Bowie ulcéré, exorcisant une année de paranoïa et d’hallucinations morbides.

TITRE : DAVID BOWIE – BLACKOUT

Musique de fond : David Bowie – Art Decade

Christopher Isherwood

La trilogie berlinoise est en fait un terme galvaudé, puisqu’une seule des trois œuvres qui la compose a été entièrement enregistrée à Berlin. Pour autant, il n’est pas question de nier l’influence allemande sur le travail de David Bowie. Au contraire, le fantasme d’un Berlin baroque, visionnaire et festif lui monte carrément à la tête. C’est une conversation avec Christopher Isherwood qui semble allumer la mèche. En 1929, cet écrivain britannique a quitté l’Angleterre réactionnaire pour Berlin, là où il pouvait vivre son homosexualité au grand jour sans risquer les embrouilles. La République de Weimar, instaurée depuis la fin de la Première Guerre Mondiale, fait preuve d’une tolérance envers la communauté gay unique dans le territoire occidental. Isherwood raconte à Bowie la prolifération de cabarets, les nuits enfumées dans les clubs underground, les travestis en bas-nylons qui fument des cigares au comptoir. Bowie est convaincu que son avenir artistique se trouve à Berlin. Sauf  que la capitale allemande à la fin des années soixante-dix n’a plus grand-chose à voir avec la République de Weimar, qui, il faut le rappeler, s’est éteinte avec l’avènement du nouveau chancelier allemand en 1933. Et malheureusement Bowie a quelques lacunes en histoire, comme nous allons le constater.

Au milieu de 1976, c’est un David Bowie aux cloisons nasales cramées qui se répand dans les interviews. Il assure qu’Adolf Hitler était une grande rock-star, et que d’ailleurs toutes les rock-stars sont fascistes. Et c’est exactement ce dont l’Angleterre a besoin pour se relever de la chienlit économique : une bonne dictature d’extrême droite. D’ailleurs, David se voit bien en Premier Ministre. Au comble de son délire, un jour il adresse un salut nazi à ses fans londoniens qui trouvent la blague un peu lourde. Aujourd’hui, on aurait parlé de bad buzz et Bowie aurait dit adieu à sa carrière. La vérité c’est que la coke lui faisait raconter les pires conneries avec un aplomb et une arrogance caractéristiques du consommateur chevronné. Il s’était passionné pour la quête du Graal qu’envisagea très sérieusement Heinrich Himmler, le chef des SS, et avait tout bonnement omit toutes les horreurs perpétrées par les nazis. Sa prise de conscience sera vitale et aboutira à son départ vers l’Europe, où il découvre enfin le vrai visage de Berlin : une ville affaiblie, fâchée avec son passé et surtout déchirée par un mur qui cultive un terrible fossé social entre l’Est et l’Ouest. Mais comme on l’a déjà vu dans cette émission, les sociétés malades sont des terreaux fertiles pour l’inspiration.

Musique de fond : Neu ! - Hallogallo

Une scène a germé en Allemagne, un mouvement connu à l’international sous le nom de Krautrock, traduction littérale de rock choucroute. Un terme ironique que revendiquent un certain nombre de groupes germanophones, comme Can, Neu!, Tangerine Dream ou les plus connus Kraftwerk. Leur musique s’inspire des déflagrations sonores du Velvet Underground ou du psychédélisme ironique de Frank Zappa pour en exacerber la radicalité, tout en intégrant des éléments de world music et d’électronique. Héritier du contemporain Karlheinz Stockhausen, le  Krautrock est un courant expérimental que Bowie découvre avec gourmandise, en interview, il ne tarit pas d’éloges sur Kraftwerk et Neu! qui lui serviront de muse pour sa trilogie avec Brian Eno. En 1975, Kraftwerk lui rendra la politesse en hommage à Station To Station. Leur titre Trans Europe Express témoigne du séjour berlinois de David Bowie en août 1976, lorsqu’il parcourait les rues du quartier de Shönebergen compagnie d’un Iggy Pop en quête de rédemption…

(1977)

TITRE : KRAFTWERK - TRANS EUROPE EXPRESS

 

 

 

 

 

Musique de fond : Iggy Pop – Mass Production

Avant de s’attaquer à l’enregistrement de Low, David Bowie avait repris contact avec l’une de ses idoles et ami, Iggy Pop, alors en voie de clochardisation. En 1972, les deux musiciens avaient collaboré sur le dernier album des Stooges, le violent et définitif Raw Power. Bowie s’était occupé du mixage, et le résultat avait fortement déplu aux Stooges ainsi qu’à leur public. Pour beaucoup, Bowie n’était qu’une foldingue, un buveur de thé maniéré et beaucoup trop sophistiqué pour piger quoi que ce soit à la sauvagerie d’Iggy Pop, ce délinquant kamikaze qui avait grandit dans une caravane à Detroit. L’Iguane lui-même s’était d’abord méfié du dandy anglais, une rock-star d’un autre style, un professionnel qui collectionne les succès. En 1974, Iggy Pop lui a enchaîné les bides et les projets avortés, sa carrière est au point mort et personne ne l’imagine renaître de ses cendres après la séparation des Stooges. Alors il se traîne dans les rues de Los Angeles, habillé en femme, bourré au dernier degré, se bagarrant à l’occasion. Au bout du rouleau, continuellement en manque, il évite presque toutes les nuits de dormir dans la rue, car même dans la dèche Iggy garde un succès phénoménal auprès des groupies. Quand un jour, il se réveille dans un caniveau, la gueule en sang et les dents en miettes, il a un réflexe de survie qui le pousse à contacter un institut psychiatrique. Iggy veut être enfermé et désintoxiqué pour de bon. Une fois interné, il croupira dans une solitude cruelle jusqu’à ce que Bowie lui rende visite. Et ce dernier n’a pas l’air de se porter beaucoup mieux : sa peau d’une blancheur diaphane, sa maigreur alarmante et son sourire toujours carnassier le font véritablement ressembler au vampire que beaucoup de critiques rock voient en lui. Ce personnage inquiétant est pourtant là pour tendre la main à Iggy, un artiste hors du commun qui mérite une carrière solo à sa mesure. Pour la conception du futur classique The Idiot, Bowie entraîne Iggy Pop au Château d’Hérouville, dans le Val d’Oise.

Best Iggy Picture Ever.

Dans ce vestige du XVIIIe siècle transformé en studio, l’équipe se met au travail. Bowie a ramené un groupe solide qu’il emploie depuis Station To Station, à savoir le batteur Dennis Davis, le bassiste Georges Murray et bien sûr le guitariste soul Carlos Alomar, un compère loyal et talentueux que Bowie ne lâchera plus jusqu’à l’album Reality de 2003. Alors que Bowie fait répéter au groupe plusieurs structures rythmiques de sa composition, Iggy Pop, inhabituellement studieux, est absorbé par l’écriture des paroles. Motivé par l’excellente ambiance de travail, il est de plus particulièrement inspiré par la tournure musicale que prennent les sessions : David Bowie concocte un son froid et industriel, loin du proto-punk des Stooges. En réaction, Pop écrit sur sa propre perdition, ses errements nocturnes à pourchasser les drogues et les filles, son combat contre l’ennui, sa vision d’un avenir gris et mécanique. Son groupe de rock n’est plus, ses fidèles frères Asheton l’ont abandonné, il s’en désole sur le titre Dum Dum Boys, qui sonne comme la complainte d’un chaton sevré un peu trop tôt d’une mère nourricière héroïnomane. Enregistrées après The Idiot, les titres de Low reprendront les grandes idées de l’album d’Iggy Pop. Pourtant Bowie s’arrange pour sortir Low avant The Idiot, pour ne pas être une fois de plus accusé d’opportunisme par la presse grincheuse. The Idiot sort deux mois après, à l’heure où la génération punk se sert des leçons d’Iggy pour casser la baraque. L’œuvre, austère et cérébrale, consterne les anciens fans. Pour Johnny Thunders, qui se confie à Nick Kent, Iggy Pop est fini, il est devenu la pute de Bowie. Evidemment il faudra quelques années pour réhabiliter le premier album de l’Iguane, un précurseur new-wave auquel Joy Division doit beaucoup et qui jette les bases de la trilogie Bowie-Eno. Avec ses accents minimalistes et son tempo inquiétant, The Idiot est une œuvre nihiliste pour faire danser dans les morgues, en aucun cas un compromis commercial. Dans les années 80, Bowie fera un carton en aseptisant considérablement l’un des morceaux phares de l’album, China Girl. Dans la version originale, Iggy Pop y exhibait une névrose émouvante, récit d’une aventure forcément éphémère avec une jeune femme asiatique, à l’époque compagne de Jacques Higelin.

(1977)

TITRE : IGGY POP - CHINA GIRL

 

 

 

 

 

 

Une fois The Idiot bouclé, Iggy est invité à rester au Château d’Hérouville pour participer aux sessions de Low, sur lequel il enregistrera effectivement quelques chœurs. Sur place, l’ambiance se situe quelque part entre la franche camaraderie potache et le film d’épouvante. Bowie, toujours un peu coincé dans son trip paranormal, est persuadé que les lieux sont hantés par deux illustres anciens locataires du château, Georges Sand et Frédéric Chopin. Brian Eno, qui a pourtant la tête correctement vissée sur les épaules, racontera même une anecdote digne de La Maison du Diable de Robert Wise : il jure qu’une nuit une main inconnue à serré la sienne alors que personne ne se trouvait dans sa chambre. Le producteur Tony Visconti lui a accepté de dormir dans l’ancienne chambre de Chopin, les esprits de l’au-delà ne le dérangent pas. Dans ses conditions, l’édification du premier volet de la trilogie berlinoise peut commencer.

Musique de fond : David Bowie – Speed Of Life

(1977)

Low est un album schizophrène et risqué, plus encore que Station To Station, un disque certes aventureux avec des titres trop longs et complexes pour en faire des singles, mais qui squattera tout de même le hit-parade américain. La démarche de Low est autrement plus radicale, l'objectif n'est pas commercial. Sur la face A, Bowie a rassemblé les titres chantés, donc potentiellement vendables. Ces morceaux, bien qu'accrocheurs et dansants, s'échappent du format radiophonique en accentuant la froideur synthétique du son. La batterie de Dennis Davies, traitée par l'éternel producteur Tony Visconti, est dénaturée à l'extrême. Eno lui habille les morceaux de nappes de clavier, de drones électroniques que l'on n’a alors jamais entendus dans la discographie de Bowie. La voix de ce dernier semble peu affectée par ce qu'elle chante, son interprétation est d'une sobriété inhabituelle. On est loin des minauderies de Ziggy Stardust ou des envolées lyriques de Wild Is The Wind. Contrairement à celles de Station to Station, les chansons de Low sont courtes, voire expéditives dans le cas de Breaking Glass. Peu bavardes, elles se dissipent en fade out en laissant l'étrange impression de n'avoir pas livré tous leurs secrets. La frustration de l'auditeur est voulue par le créateur. La face a de Low est un échantillon étourdissant d'expérimentations pop qui se donnent des airs de plaisirs immédiats. Si la première partie de Low peut s'avérer déroutante pour le public habituel de Bowie, la face b est là pour achever de le perdre. En effet, la deuxième moitié de Low se compose exclusivement d'instrumentaux mystérieux et émouvants, des paysages sonores qui évoquent une désolation post-apocalyptique proche de la science-fiction.

Les studios Hansa

Le morceau Weeping Wall fut composé par Bowie seul, à la fin de l’enregistrement de l’album. A Berlin, il sort alors d’un concert de Steve Reich, une représentation de son œuvre Music For 18 Musicians, une symphonie contemporaine qui marquera le mouvement minimaliste. Emballé par l’expérience, Bowie souhaite créer une pièce dans le même esprit en utilisant des instruments percussifs et mélodiques, comme un xylophone ou un vibraphone, mis à disposition par le studio Hansa. Situé dans le quartier de Kreuzberg, dans le secteur américain de Berlin­-Ouest, le studio Hansa est une ancienne salle de bal pour les SS dont les fenêtres donnent directement sur un morceau du mur de Berlin, encadré par des militaires patibulaires qui lancent régulièrement des regards méfiants au bâtiment. Dans cette ambiance délétère, Bowie achève une œuvre expérimentale, majestueuse mais profondément mélancolique qui s’imprègne du climat anxiogène de cette capitale défigurée.

TITRE : DAVID BOWIE - WEEPING WALL

Musique de fond : David Bowie – V2 Schneider

La face b de Low sera la peinture muette du Berlin post-traumatique. C'est ici que Brian Eno convertit Bowie à des méthodes de travail peu orthodoxes. Car Eno est à l'origine d'un outil ludique destiné à dupliquer la créativité de l'artiste. Les Stratégies Obliques, c'est un jeu de cartes sur lesquelles sont notées des instructions qui permettent de débloquer des situations. Chacune des cartes comporte un message du genre « Changez de gamme », ou "faites appel à un musicien amateur" ou encore "Si votre erreur se reproduit,  c'est que c'en n'était peut-être pas une". Autrement dit, des propositions aléatoires que l'on tire au hasard, des résultats impossibles à obtenir si on reste conformé à des connaissances musicales académiques. Eno croit en la pertinence des choix inconscients, Eno croit au hasard comme force supérieure et spirituelle. Une recherche artistique dans laquelle Bowie trouve un confort et surtout un nouvel élan d'inspiration. Encore sous le coup du traumatisme métaphysique de l'année 76, Bowie découvre avec Low qu'un artiste n'a pas le contrôle absolu de son œuvre et que derrière les accidents et les ratures peuvent se révéler des miracles. En se cachant derrière des incarnations excentriques et borderline, Bowie a gravé la mythologie rock dans l’inconscient collectif, mais l’aspect spectaculaire pouvait parfois éclipser la musique. Et surtout, Bowie jouait à un jeu dangereux avec ses personnages, confondant sa fiction avec la réalité. Avec la trilogie berlinoise, il laisse tomber le statut de rock-star pour celui de musicien.

Juillet 1977. Alors qu’il est habitué à changer de visage et de style à chacun de ses disques, David Bowie souhaite cette fois-ci approfondir le travail effectué sur le précédent. « Heroes » sera une suite cohérente, en tout cas dans le même esprit que Low. Les critiques, d’abord déboussolées, ont fini par adorer Low. Mais au lieu de promouvoir le disque, Bowie préfère accompagner Iggy Pop sur sa tournée. On le retrouvera dans un coin de la scène, caché derrière un piano ou une batterie, ne désirant pas voler la vedette au bad boy de Detroit. Au grand dam de la presse, Bowie fuit les interviews et toute exposition médiatique un peu trop tapageuse. Au début de l’année 1977, à Berlin, on peut croiser Iggy et David mener une existence presque normale. Ils adoptent chacun un look ordinaire qui passe inaperçu : Iggy Pop a même opté pour les cheveux courts et des petites lunettes d’intello sur le nez. Peu de gens les remarquent, sauf quelques connaisseurs comme Florian Schneider de Kraftwerk par exemple. Sur « Heroes », Bowie consacre un instrumental en réponse au clin d’œil de Trans Europe Express, le très aérien V2 Schneider. Alors que l’atmosphère dans le studio est plutôt détendue et propice à la recherche musicale, dehors c’est tout le contraire. Tony Visconti racontera que par la fenêtre, il arrivait qu’on aperçoive des gardes russes armés de mitraillettes les observer avec des jumelles. Berlin est la capitale de la guerre froide, il suffit de mettre le nez dehors pour s’en rappeler.

Fripp, Eno, Bowie.

Musique de fond : David Bowie – Moss Garden

Cette atmosphère austère a un impact considérable sur « Heroes ». La célèbre chanson titre, derrière son élan romanesque et romantique, cache une ironie voisine du désespoir. Il faut bien noter que le titre de la chanson comporte des guillemets, ce qui relativise forcément l’héroïsme en question. Le puissant riff atonal de Robert Fripp, sa brillante maîtrise du larsen habille « Heroes » d’un brouillard enivrant, tandis que la prestation vocale de Bowie, entre murmures affectés et cris d’écorché vif, est l’une de ses plus émouvantes. Si Bowie a pu se prendre pour un héros pendant sa période Ziggy, il a pris quelques leçons d’humilité depuis. A quelques pas du studio Hansa, le Checkpoint Charlie est le point névralgique des tensions berlinoises, le théâtre des conflits internationaux, un spectacle amer qui rappelle que les héros des uns sont souvent les monstres des autres.

(1977)

TITRE : DAVID BOWIE – « HEROES »

 

 

 

 

 

Musique de fond : David Bowie – Sense Of Doubt

On dit souvent que le mythique séjour berlinois de David Bowie s’est déroulé sans frasques et sans excès, ce que contredit Iggy Pop. Selon lui, les semaines se composaient en trois parties : deux jours pour s’exploser la tronche, deux autres pour s’en remettre et les trois derniers jours sobres sont consacrés au travail. Force est de constater que les morceaux de « Heroes » sont bien plus fracassés que ceux de Low. Bowie et Eno se sont appliqués à détruire les structures classiques de plusieurs chansons. Pour les paroles, Bowie utilise la méthode du cut-up, célèbre pour avoir été utilisée par l’écrivain William Burrough pour son effroyable Festin Nu. Bowie écrit des textes qu’il découpe en morceaux de phrases, puis les réassemble pour faire apparaître un sens nouveau, directement issus du subconscient. Les chansons Blackout et Joe The Lion vont bénéficier de ce traitement, ce qui renforce l’aspect chaotique déjà entretenu par un Brian Eno résolu à réduire les tics pop à néant. Une nouvelle fois, l’album se composera de deux parties bien distinctes : la première réunit les chansons pop mutantes et la seconde ne comporte presque que des instrumentaux. Sense Of Doubt, Moss Garden et Neuköln ont été conçus pour se suivre, Bowie les considère comme une seule pièce de douze minutes divisée en trois parties. Pour composer Sense Of Doubt, Bowie et Eno se sont servi du fameux jeu de cartes  Les Stratégies Obliques. Chacun a pioché une carte et l’a lue sans la révéler à l’autre. Pour Brian Eno, la carte indiquait « Essaie de rendre tout similaire ». Quand à la carte de Bowie, c’est exactement le contraire : « Accentue les contrastes ». Du coup, Sense Of Doubt est un dialogue musical anxiogène et fascinant. Moss Garden, au contraire, est un instrumental zen, proche de l’ambient cher à Brian Eno et à l’évidence sous influence japonaise. Neuköln boucle le cycle de manière somptueuse, rappelant les plus grands moments de la face B de Low, comme l’immense Warzsawa ou la conclusion Subterrenean. Le dernier titre, The Secret Life Of Arabia, est un retour à une pop presque standard en tout cas pour sa structure couplets-refrains. Le chant de Bowie y retrouve son excentricité, tandis que des accentuations orientales annoncent la conclusion de la trilogie berlinoise, Lodger.

Musique de fond : David Bowie – Yassassin

On considère généralement Lodger comme l’opus le plus faible de la trilogie Eno-Bowie. Il est vrai que ce dernier épisode est moins mémorable. Ici, il n’y a plus de pistes instrumentales, ce qui peut dénoter une ambition moindre. Bowie et Eno arrivent au bout de leur fructueuse collaboration, la séparation est proche et chacun se prépare à de nouveaux projets artistiques. Le dernier morceau de l’album, Red Money, reprend les mêmes arrangements que Sister Midnight, le premier morceau de The Idiot. Un peu tiède, Red Money est néanmoins un joli clin d’œil au premier album d’Iggy Pop, en quelques sortes le prequel de la trilogie berlinoise. Lodger reste un très bon disque avec son lot de bizarreries affriolantes. Bowie a des pulsions de globetrotteur, début 1979 il est parti pour un long voyage au Kenya avec son fils. A son retour, il injecte des sonorités africaines ou arabes dans plusieurs chansons, comme Yassassin ou African Flight Night. On pense naturellement aux Talking Heads, le groupe de David Byrne qui fut d’abord affilié au mouvement punk newyorkais de la fin des seventies avant de s’en détacher sensiblement. La musique des Talking Heads est un funk blanc énergique, souvent dissonant et empruntant à la world music. Leur chef d’œuvre Fear Of Music fut justement produit par Brian Eno en 1979, quelques mois après Lodger et on peut légitimement faire un lien entre les deux disques. Tous deux tentent une synthèse entre distorsion propre au rock’n’roll et rythme tribal typiquement africain. Sur Lodger, la meilleure démonstration est le deuxième titre, une petite bombe exotique nommée African Flight Night où la patte de Brian Eno est particulièrement perceptible.

(1979)

TITRE : DAVID BOWIE - AFRICAN FLIGHT NIGHT

 

 

 

 

 

Musique de fond : David Bowie – Sons Of The Silent Age

Dans la vaste discographie de David Bowie, on ne peut pas dire que les trois albums berlinois soient parmi les plus vendeurs. Pas des échecs commerciaux non plus, mais sûrement pas ceux dont le grand public se souvient spontanément. Il leur préférera le Bowie extraterrestre de Starman et de Space Oddity, ou, le plus souvent d’ailleurs, le Bowie racoleur des années quatre-vingt, pas exactement le meilleur si vous voulez mon avis. C’est d’une logique implacable si l’on considère que la théâtralité de Bowie est indissociable de son art. Avec la trilogie berlinoise, David Bowie a adopté le profil bas à la manière de Brian Eno : pas de mise en scène, pas de costume, pas de comédie, seulement de la musique pour les oreilles et pour l’âme. Cette fois-ci, l’artiste s’est totalement évaporé derrière son œuvre. Ici il n’y a plus d’esbroufe ou de plan marketing, plus de pop business, mais une proposition épurée d’une musique neuve et profonde, résultat de l’émulation de deux cerveaux en ébullition. La trilogie berlinoise est la période que je préfère de David Bowie parce qu’elle me semble être la seule où il lâche prise et se laisse aller à composer à partir de rien. Tout ce que l’on peut entendre sur Low, « Heroes » et Lodger est l’aboutissement heureux d’un subconscient fertile mais contrarié, une matière sonore libre qui ne souffre d’aucune concession. En abandonnant temporairement ses poses rock’n’roll et sa séduction hystérique, Bowie offre un autoportrait à la fois spontané et travaillé, une œuvre intimiste qui donne l’impression d’entendre battre le cœur de l’artiste. Paradoxalement, c’est en essayant de se cacher que Bowie se montre le mieux. Et c’est en oubliant qu’il est une star qu’il livre sa musique la plus personnelle, mais aussi la plus originale et la plus gracieuse. Bowie s’est travesti de mille manières, il a pensé des concepts spectaculaires, bourrés d’effets spéciaux et autres feux d’artifices, pour graver son visage caméléon dans les mémoires. Mais en collaborant avec Brian Eno, il se présente en créateur absolu, qui sculpte le son à l’instinct en partant de rien. Pour reprendre une expression de John Lennon, David Bowie est un artiste, donnez-lui un putain de trombone et il en tirera quelque chose.

Musique de fond : David Bowie – A New Career In A New Town

La trilogie berlinoise est aussi à l’origine de la new-wave, terme assez vague qui désigne en général ces groupes des années 80 qui injectent à leur rock minimaliste des sonorités synthétiques. Des groupes comme The Cure, New Order ou Talk Talk pour citer les meilleurs. On pourrait aussi parler des cancres qui ont fait détester le claver Bontempi à toute une génération de mélomanes. Ceux-là ont envahi les radios au milieu des eighties, à l’époque où Bowie s’embourbait dans de la dance de bas étage qui ne valait pas beaucoup mieux que les cancres susmentionnés. Mais ça a toujours été ainsi : la musique de David Bowie est le baromètre de chaque période. Ses disques semblaient synthétiser l’environnement sonore et en offrir une relecture virtuose. La trilogie berlinoise, c’est ce moment crucial où Bowie ne s’est pas inspiré d’un courant, mais en a véritablement créé un.

(1976)

La première fois que j’ai entendu Subterrenean sur Low, j’ai tout de suite pensé que Bowie et Eno devaient s’inspirer du film Blade Runner tant leurs univers semblaient cohabiter. Sauf que Blade Runner est sorti près de cinq ans après l’album de Bowie. En fait, la trilogie berlinoise est née lorsque Bowie s’est essayé à composer la bande originale de The Man Who Fell To Earth, film de science-fiction dans lequel il interprétait un extraterrestre paumé sur Terre, un rôle sur mesure, donc. Les maquettes furent refusées par le réalisateur, donc le chanteur décida de les garder pour lui. Après avoir passé des années grimé en alien, après avoir chanté sur les étoiles, l’espace et la vie sur Mars, il a composé la BO de sa propre existence. Quoi de plus banal pour un mec qui a transformé sa propre mort en œuvre d’art avec son dernier clip Lazarus. Subterrenean, c’est un beau film SF avec des questionnements sur la vie et la mort, des instant d’angoisse face au vide intersidéral et une vue céleste sur les planètes de la galaxie Bowie. C’est avec ce morceau, le dernier de l’album Low, que je clos cette émission, et que j’envoie toute mon admiration et ma reconnaissance à l’un des plus audacieux et des plus passionnants représentants du rock’n’roll. C’était Graine de Violence, et je t’aime, David Bowie. Espèce de vieux roublard, va.

TITRE : DAVID BOWIE - SUBTERRENEAN

Quelques références...

Des bouquins :

  • La Trilogie Bowie-Eno de Matthieu Thibault
  • David Bowie - Le Phénomène Ziggy Stardust de Enrique Seknadje
  • Bowie de Nicolas Ungemuth
  • On Some Faraway Beach (biographie de Brian Eno) de David Sheppard
  • Iggy Pop de Nicolas Ungemuth
  • Apathy For The Devil de Nick Kent
  • Pop Yoga de Pacôme Thiellement (chapître  10 : Lowie, Low & "Heroes")
  • Des articles de Lester Bangs : David Bowie, Station To Station - Eno Chante Avec Les Poissons - Iggy Pop, Lampe à Souder Sado-Maso

Des disques :

Ceux qui ont participé à la trilogie berlinoise :

  • Station To Station de David Bowie (1976)
  • Low de David Bowie (1977)
  • "Heroes" de David Bowie (1977)
  • Lodger de David Bowie (1979)
  • Another Green World de Brian Eno (1975)
  • Before And After Science de Brian Eno (1977)
  • The Idiot de Iggy Pop (1977)
  • Lust For Life de Iggy Pop (1977)
  • Roxy Music - Roxy Music (1972)
  • For Your Pleasure - Roxy Music (1973)
  • Red de King Crimson (1974)

Quelques inspirations et quelques inspirés

  • Radio-Activity de Kraftwerk (1975)
  • Trans-Europe Express de Kraftwerk (1977)
  • Neu! de Neu! (1972)
  • Tago Mago de Can (1971)
  • Fear Of Music de Talking Heads (1979)
  • Remain In Light de Talking Heads (1980)
  • Unknown Pleasure de Joy Division (1979)
  • Closer de Joy Division (1980)

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