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[Playlist/Chros] TOPS 2018

C'est l'heure des comptes. Tardivement, mais la vie est ainsi faite.

JEROME / TOP 2018

Depuis quelques années, on est saturé de très bons tubes, les playlists mensuelles de Chicane en sont la démonstration (autopub), mais ceux-ci vagabondent presque systématiquement au milieu d’albums chiants à en devenir fou. A croire que peu d’artistes croient encore en l’album et à son concept.
Désormais, il faut se rendre à l'évidence : il faut abaisser nos standards ou se jeter dans le canal.

Lorsque l'on voit les Tops des "vrais" magazines, on est frappé par le conformisme, la paresse, on se demande si les journalistes existent vraiment. Ils essaient de "faire peuple" en s'enthousiasmant de trucs hyper mainstreams et inutiles, avec une hypocrisie tellement visible qu'elle fait littéralement frémir de gêne. Ils essaient de faire "indé" en mettant un album d'un style très différent de la ligne édito du journal, mais qu'ils n'ont jamais écouté. Ce qui se voit, sachez-le. Et enfin, ils mettent en avant le disque du mec avec qui ils ont échangé 2 blagues, un jour, en backstage.
Bref, la critique musicale est une arnaque, comme nous quoi.

Du coup, maintenant, 3 très bons titres permettent de qualifier un album de "bon".
Et, grâce à cette astuce, voici une playlist de 90 titres :

☛ Playlist ici :

Spotify : https://open.spotify.com/playlist/6fDQTsZU0RcguMTkQBHzYp
Deezer : https://www.deezer.com/fr/playlist/5292373462
Youtube : https://www.youtube.com/playlist?list=PLoWJ_qbltaX2wEvQRx16KDxW-XKk_9XNO

Mais voici le TOP 9 de ce qu’il fallait écouter cette année :

🐴 NATHAN BOWLES - Plainly Mistaken (Paradise of Bachelors)
[Folk/Drone marécageux]

Multi-instrumentiste très demandé, auprès de Steve Gunn, Michael Chapman ou de Jake Xerxes Fussel, et chef du banjo expérimental dans les groupes de drone-folk Pelt ou Black Twig Pickers… et bien, son 4ème album est bien évidemment la synthèse de tout ça. Grand érudit de la musique traditionnelle américaine, des Appalaches notamment, et buveur de whisky à s'en brûler, il fait un beau portrait ambivalent de ces territoires. Ce qui donne au final un objet étrange, dépaysant et prenant, qui se balance entre de l’americana joyeuse et du drone pesant. Ce qui indique un trouble émotionnel certain.
https://nathanbowles.bandcamp.com/album/plainly-mistaken

🐴 ROLLING BLACKOUTS COASTAL FEVER - Hope Downs (Sub Pop Records)
[Indie Rock pour aller à la plage]

Que des tubes, comme d’habitude avec eux, et ce n’est que leur 1er album ! C’est hyper australien, précis, efficace, on a vraiment l’impression que tout va bien, que notre peau est bronzée et que Jacques Attali est décédé.
https://rollingblackoutscoastalfever.bandcamp.com/album/hope-downs

🐴 DAUGHTERS - You Won’t Get What you Want (Ipecac Records)
[Noise Rock / Indus Expérimental post-apocalyptique]

8 ans après leur dernier album, et des années de batailles internes, ils reviennent. Et clairement, tout va mal. C’est insupportable, on se croirait au cœur d’une catastrophe naturelle, tout est en tension. Leur son est moins punk, beaucoup plus industriel, lourd, pessimiste, et désastreux. On ne danse pas, on convulse. Et pourtant, émane de cet album un sentiment de liberté, et une ambiance post-apocalyptique fascinante où tout semble possible, pendant ces apartés plus calmes, plus entêtants… Les paroles prennent alors beaucoup plus d’importance, l’écriture est plus dense, imagée, scandée par le chanteur tel un fou debout sur sa chaise, au milieu d’un boulevard vide. On en ressort avec l’impression d’avoir été victime et bourreau, car notre rictus nous accuse.
https://daughters.bandcamp.com/album/you-wont-get-what-you-want

🐴 DILLY DALLY - Heaven (Partisan Records)
[Grunge porcin]

Le principal attrait de ce groupe, c’est la voix porcine absolument incroyable de la chanteuse. Avec un effet de surprise étonnant, elle transperce le cerveau de part et d’autre. La musique est carrément grunge mais bien maitrisée, ça ne sonne pas faux et, malgré quelques parties convenues, ça marche hyper bien. Bref, si vous aimez les animaux un peu brutaux d’aspect bien que mignons, c’est pour vous.
https://dillydally.bandcamp.com/album/heaven

🐴 BAMBARA - Shadow on Everything (Wharf Cat Records)
[Post-Punk/Noise]

Superbe album, très pesant, sur des rythmiques post-punk hachées et de longues plages ambiantes, percées par la scansion en roue libre du chanteur. On se met alors à danser comme des goules sans s’en rendre compte, ce qui, effectivement, peut faire peur.
https://bambara.bandcamp.com/album/shadow-on-everything

🐴 LA TENE - Abandonnée / Maléja (Bongo Joe)
[Folk/drone sur-sombre]

Pour ce troisième disque, le trio suisse s’est adjoint les services du collectif La Novia, avec Jérémie Sauvage (bassiste du groupe France), mais aussi Jacques Puech, Guilhem Lacroux… histoire d’utiliser tous les instruments possibles de la scène neo-trad, et ainsi confectionner un capharnaüm démoniaque mêlant drone et musique traditionnelle. De fait, c’est lent, tournoyant, bruyant, on passe d’hallucinations sonores en hallucinations tout court, jusqu’à l’obsession.
https://wearethreefour.bandcamp.com/album/abandonn-e-mal-ja

🐴 ANNA VON HAUSSWOLF - Dead Magic (City Slang)
[Funeral Rock/Organ-Drone]

Dès le début de l’année, elle savait qu’elle avait sa place. Et pour cause, sur ce 4ème album, sculpté par le producteur Randall Dunn (Sunn O)))), la multi-instrumentiste suédoise part dans des délires rappelant les derniers albums de Swans, jouant sur la pesanteur et le bourdon de cet orgue d’église, au sein de laquelle elle a enregistré. C’est sépulcral, parfois lumineux mais surtout hyper lugubre. C’est tellement bien assumé que toutes ces variations et crescendos majestueux prennent aux tripes, et font chialer les gosses.
https://annavonhausswolffmusic.bandcamp.com/album/dead-magic

🐴 NATHAN SALSBURG - Three (No Quarter)
[Folk de rocking’ chair]

Curateur des archives Lomax depuis des années, Nathan Salsburg a toujours été fasciné par les vieux disques de folk et de blues. Sur cet album on le ressent, et, avec une sobriété incroyable, il enchaine les tubes de folk instrumental que les trentenaires et les quarantenaires écoutent en lisant, en travaillant, ou, pour les plus borderlines, en se faisant un chocolat chaud.
https://nathansalsburg.bandcamp.com/

🐴 PARLOR WALLS - EXO (EP) (Northern Spy)
[Post-Punk/Noise]

Oui ce n’est qu’un EP, de 4 titres. On sent une petite odeur des premiers Sonic Youth, lorsqu’ils s’éclataient à faire des bruits bizarres avec leurs guitares. L’an dernier, ils avaient sorti un album inégal, avec notamment des incursions expérimentales au saxo qui faisaient hausser les épaules, mais cette autre facette ressortait déjà, et les claviers sont désormais remontés à la surface. En résulte des titres étranges, tortueux, poisonneux, qui font mal au cœur.
https://parlorwalls.bandcamp.com/album/exo

Ils auraient pu y figurer, mais pour d'obscures raisons -pas forcément justifiables-, non.
(AKA TOP 18) :

🦄 CZARFACE - Czarface Meets Metal Face

🦄 JEAN JEAN - Froidepierre

🦄 VOX LOW - s/t

🦄 PHOBOPHOBES - Miniature World

🦄 GOUGE AWAY - Burnt Sugar

🦄 KURT VILE - Bottle it In

🦄 SVALBARD - It’s Hard to Have Hope

🦄 ALIMENT - Brother

🦄 DRUG CHURCH - Cheer

MEILLEURS CONCERTS 

🍺  Circuit des Yeux @ L'Espace B (Paris)
🍺  Possessed By Paul James @ La Cave Café (Paris)
🍺  France @ La Station Gare des Mines (Paris)
🍺  Autrenoir + Uzhur + Foudre! + Mururoa @ Le Trabendo (Paris)
🍺  Fléau @ Petit Bain (Paris)

 

 


BOZANTOP 2018 + Rééditions & Compilations

Pour certain 2018 aura été un peu dure à suivre, et par conséquent de suivre le flux toujours plus impressionnant de nouvelles sorties culturelles devient un loisir à plein temps, que tout le monde ne peux plus se permettre, c'est aussi pour cela que nous vous fournissons plusieurs tops bien meilleurs que les autres, sans Christine & The Queens, Orelsan ou Clara Luciani. De rien, c'est cadeau.
Outre la musique, qui grâce au streaming reste (et même devient de plus en plus) accessible, les autres activités elles deviennent plus dur à insérer dans un emploi du temps chargé, et le piratage n'étant plus aussi simple qu'en 2004 la consommation de contenu gratuit ou très peu cher prend de l'ampleur, c'est comme ça que j'ai fini par passer plus de temps sur la playlist de "l'enceinte bluetooth de Kimpembe" ou sur les clips Youtube de Lorenzo que sur le meilleur des sortie indépendantes cette année.
C'est la vie, tant pis, ça m'apprendra à passer mon temps devant les vidéo de Kiwami en train de faire des couteaux à base de produit ménagers, de suivre les conneries des gens rigolos (ou talentueux) sur Twitter et surtout de vouloir absolument faire 5000 points à chaque défi geoguessr.

☛ Playlist ici :

Spotify : https://open.spotify.com/playlist/3NNwtHMovZpYdCxJD30RGH
Deezer : https://www.deezer.com/fr/playlist/5313997582
Youtube : https://www.youtube.com/playlist?list=PLoWJ_qbltaX2BAMGtg8ZZcNYzM8mX9Vjj

 

Top nouveautés

🐴 Meilleur album de reprise :
Altin Gün - On (Bongo Joe)

De manière complétement inattendue mais totalement efficace Altin Gün sort du frigo d'un kebab amstelodamois avec 10 reprises de classique de la musique turque, composé du backing band de Jacco Gardner et de deux vocalistes turcs le groupe s'impose directement comme l'héritier du bon gout des Erkin Koray, Ersen et autres Selda, garantie dépaysement et fin de soirée avec un fez DIY en carton sur la tête.

Si vous voulez élargir vos horizons dans le style : Grup Simsek & Derya Yildirim, Elektro Hafiz, Baba Zula et même pourquoi pas Grup Ses Beat.

 

🐴 Meilleur comeback surprise :
Sleep - The Sciences (Third Man Records)

Malgré les rumeurs persistantes, sans rien dire, en toute discrétion les 3 larrons de Sleep on lâché une petite galette chez Third Man, la première en 15 ans quand même et donc Jack White était la personne la plus impliqué dans ce secret, troublant.
En tout cas, point d'ironie sur la qualité du disque, même si l'on reste sur une suite quasi-direct de Jerusalem/Dopesmoker, c'est efficace, lourd et prenant, enfumé, alcoolisé, et pas si bien composé, tout ce que l'on attend de l'union sale et quasi-incestueuse d'Al Cisneros et Matt Pike, sans oublier le petit nouveau, Jason Roeder (Neurosis) à la batterie, qui vient mater de ses yeux dégueulasse ses amis se rouler dans la boue tout nus, et les pauvres sont tellement loin qu'ils pensent être dans l'espace, alors qu'ils se noient dans leurs propres pipi, albums déjà cultes chez tout les revendeurs d'accessoires pour vapoteuse.

En ballotage avec : l'autre projet de Matt Pike, High On Fire, dont le Electric Messiah est vraiment mortel, tout est réussi, mais bon, on va pas mettre ce sale alcoolo deux fois dans le top quand même. bloqué à la porte par le vigile de la déontologie.

 

🐴 Meilleur album de "rap" :
Anderson .Paak - Oxnard (Aftermath)

Après les fabuleux Venice et Malibu, Anderson .Paak continue sa remonté au Nord de la Californie en petite tenue, short, surement des chaussettes dans ses claquettes mais bon, des belles chaussettes et des belles claquettes à priori.
Toujours ce flow ultra groove et des instrumentations hyper-sophistiquées. Le petit malin est en train de prouver qu'il est peut-être un des meilleurs de sa générations avec un 3/3 sans faute de gout jusqu'ici, et en plus c'est le king de la récrée avec ses potes qui font les feats genre Dr Dre, Snoop Dog, Khadja Bonnet (!), Thundercat, Q-Tip et j'en passe, ça garantie un album sans baisse de régime, et une palette très variée de style. Presque énervant.

Et ce fut une bonne année dans le style, plusieurs sorties ont failli prendre la place de celui-ci, qui est peut-être au final le plus consistant sur la (courte) durée cette année, voici un petit florilège :
- JPEGMAFIA - Veteran
- Elcamino - Walking On Water
- Rae Sremmrud - SR3MM
- Rejjie Snow - Dear Annie
- Westsidegunn - Sublime Blientele / Chris Benoit / God Is The Greatest
- Freddie Gibbs - Freddie
- Bishop Nehru - Elevators : Act I & II
- Drake - Scorpion

Spoiler : il y a un autre album de ce type avec d'autre référence plus bas.

 

🐴 Meilleur disque de kraut, enfin si c'est ça qu'on appelle du kraut :
Egyptology - Sur Les Autres Mondes (Hands In The Dark)

Plus dark, plus drone, plus loin, plus fort, moins de batterie et aucun buzz, en gros l'union de Domotic et O.Lamm fait encore mieux que The Skies. Disque sous-côté si on me demande. C'est d'ailleurs pour ça qu'il a mis un petit coup de pied au très chouette ">>>" de Beak> qui aurait pu être le meilleur disque de kraut si c'est bien ça le kraut, mais on sait jamais, c'est quoi, c'est Amoon Düül ? C'est Kraftwerk ? C'est Can ? C'est Neu! ? Et bah cette année ça sera Egyptology (alors que je crois pas vraiment que ça en soit).

 

🐴 Meilleur album de 2018 de 2017 :
Eyedress - Manilla Ice (Lex Records)

Il y a toujours un disque qu'on a laissé passé qui resurgi d'un coup, en l’occurrence ici le premier album chez Lex d'Idris Vicuna a.k.a Eyedress ce petit écrin lo-fi, avec un peu de shoegaze, de vieux hip-hop et de pop mainstream maladroite. La sincérité communicative qui se dégage de ce disque est au moins aussi cool que cette putain de pochette au feutre ! Pochette qui décrit tout l'album, les paroles de gamin qui devient papa et qui angoisse, la prod' complétement à l'arrache, rien n'est net, mais tout est complétement à sa place. Meilleur disque Philippin de l'année, c'est pas rien non plus, quand même.

 

🐴 Meilleur album du metal :
Green Druid - Ashen Blood (Earache)

Tout est tellement évident dans le nom du groupe qu'une chronique du disque serait superflue, donc oui, du stoner à la weed avec un son crado. Parfait.

 

🐴 Meilleur album des 90's :
Hangman's Chair - Banlieue Triste (MusicFearSatan)

La suite à "This Is Not Suppposed To Be Positive" propulse l’auditeur dans un vieux trajet nostalgique en RER dans les 90's avec un walkman contenant une cassette enregistrée maison, une face Soundgarden, une face Alice In Chains, le tout avec le fameux bouton "boost" qui permettait d'avoir un son plus puissant et plus lourd. Ce trajet Nord - Sud entre les vieux blocs de banlieue pour retrouver des potes et casser l'ennui passé au filtre noir et blanc pour faire plus réel, authentique, voilà la promesse de ce disque qui vient conclure en finesse la trilogie commencée avec "HOPE/DOPE/ROPE" il y a 6 ans.

 

🐴 L'album inattendu à ce niveau :
Thou - Magus (Sacred Bones)

Thou est un groupe qui traine dans la scène punk-hardcore depuis plus de 10 ans. Et malgré moi, il m'a toujours laissé plutôt pantois. Toujours OK, jamais incroyable, tel un titulaire d'un Bac ES, et voilà que cette année le groupe est devenu hyperactif, 3 EP (dont un EP acoustique, vraiment réussi), un split et donc cet album, "Magus".
Là ou avant le groupe n'arrivait pas à me convaincre car c'était le grand dans la cour des petits et qu'il n'y allait qu'aux forceps, il vient de taper un gros coup de gourdin dans la fourmilière en associant un son massif, des compo au poil et une ambiance oppressante comme jamais le groupe n'avait réussi à installer, on se demande bien ou est-ce que le groupe à réussi à trouver les ressources pour se greffer une grosses paires de couilles en plombs, d'autant plus inattendu que le groupe quitte l'habituel carcant punk-hardcore pour se balader (les couilles à l'air, donc) chez les hipsters new-yorkais de Sacred Bones, qui si on traduit mal peux aussi dire sacré braquemart, tout se recoupe finalement, en fait.

 

🐴 L'album de Kanye West de l'année (Melon d'Or 2018) :
Kids See Ghosts - ST (G.O.O.D Music / Def Jam)

Putain, l'ami Kanye a été productif cette année, plus que Thou, mais moins que Omar Rodriguez-Lopez l'an dernier quand même (12 albums, dont plein de bien, c'est fou !)
Et dans la masse, tout est pas mal, mais la vraie petite sucrerie c'est cette collaboration qu'on attendait depuis longtemps, les deux personnage (Kid Cudi étant l'autre, évidement) étant lié depuis une décennie.
Surement composé dans la salle d'attente de leurs psychothérapeutes respectif et peaufiné sur Twitter et terminé dans une expo vente de Takeshi Murakami x Vuitton, ce projet éponyme est comme convenu une parfaite synthèse des bonhommes, folie douce, ambiance éthérée, mégalomanie, malaise, sur-jeu, le tout sur des instrumentations qui flirtent avec la pop, l'expérimental et même une mini touche d'indus' que renierai pas (si en vrai) Trent Reznor. Il n'y a qu'a voir la prestation live de novembre dernier pour comprendre que les deux gugusses ne joue pas dans le même cours que les autres.

Les autres productions Kanye West de cette année qui valent le coup d'oreille :
- Kanye West - Ye
- Nas - Nasir
- Pusha T - Daytona
- La rumeur de Watch The Throne II dont Jay-Z n'était pas au courant.

Ils sont restés à la porte du top car ils sont venus en baskets et en sarouels :

🦄 Tous les disques cité dans la chroniques ci-dessus de l'album d'Anderson .Paak
🦄 KhruangbinCon Todo El Mundo : World instrumental avec des influences d'Asie du Sud-Est, d'Amérique du Sud et du Moyen Orient. 100% Natures & Découvertes friendly.
🦄 HHY & The Macumbas - Beheaded Totem : Shamanisme moderne qui invoque autant GOAT que Carpenter ou Wilburn Burchette, que va tu faire. Prier.
🦄 Tommy Guerrero - Road to Nowhere : Le gars était une meg-star du skate dans les 90's aujourd'hui tu tape son nom dans google tu dois rajouter skate derrière pour le voir sur une planche, c'est dire à quel point depuis "A Little Beat Of Something" tout ce qu'il touche est parfait. Encore un album instrumental entre beat hip-hop, blues et latin jazz pour se retrouver dans les pentes de San Francisco en skate dans les 80's.
🦄 Huata - Lux Initiatrix Terrae : Mastodon from Bretagne, des belles mélodies et un gros son à l'armoricaines, dommage que l'album ai tant trainé à sortir en laissant un peu passer le coche.
🦄 La Secte du Futur - Wounded Princes : Clairement pas le top tier dans ce qu'on voyais venir sur les groupes de shoegaze cette année, mais clairement l'outsider qui a tout cassé avec ce Wounded Princes toujours sous les radars alors que c'est bien mieux que 95% des groupes de merde qui regarde leurs pompes.
🦄 Daughters - Won't Get What You Want : à lire dans le top de Jérôme.

Franchement j'ai pas compris le buzz :

- Kamasi Washington - Heaven & Earth : C'est pas mal, mais bon c'est quand même du jazz ultra daté et pas très très novateur, vous étiez vraiment tant en manque de Miles Davis et Lee Morgan ou alors vous kiffez vraiment quand ça dure des plombes ? Franchement allez écouter des conférences en linguistiques c'est tout aussi long, mais c'est moins chiant.

J'ai beaucoup écouté, mais je vous le conseil pas vraiment (des fois c'est cool, mais souvent c'est pas très bien, mais bon, faut bien passer l'aspirateur, quand même) :

- Vegedream - Ramenez la Coupe à la Maison
- Vald - Xeu
- Lorenzo - Rien à Branler
- Moscow Death Brigade - Boltcutter
- La B.O. de Taxi 5 (aussi nul que le film)
- Le freestyle de Katerine feat Alkapote dans Planet Rap (même si c'est décembre 2017)
- Katerine (encore lui) - 85 Rouge et Noir (feat MC Circulaire, prod Myth Syzer)
- Kopp Johnson - Gilet Jaune
- VA - 93 Empire
- Toute l’œuvre de DJ Cheulou

 

Top compilations et rééditions :

🐴 François De Roubaix - Daughters Of Darkness (Les Lèvres Rouges) (Music On Vynil)

Plus personne n'espérait vraiment une sortie officielle de la bande son de ce film de 1971 dont seulement 2 morceaux était pour l'instant disponible en 45t, puis une sortie CD a relancée la possibilité de voir arriver ce disque, avec 16 titres et deux inédits. Nous voilà comblé, reste plus qu'a arrêter de faire semblant d'avoir vu le film.

 

🐴 Haruomi Hosono & Tadanori Yokoo ‎- Cochin Moon (Light In The Attic)

Hosono, plus connu pour son travail avec le Yellow Magic Orchestra, a eu droit à une rétrospective de sa carrière solo par l'excellent label Light In The Attic cette année avec plusieurs réédition de ses premiers albums, dont celui-ci, composé pendant une période difficile en retraite artistique en Inde, ou son pote plasticien Yokoo se choppe une bonne vielle tourista bien vénère et se retrouve bloqué sur place, ils décident donc que plutôt que subir le destin, ils vont profiter de cet état de malaise et de souffrance pour composer un album ou leurs hallucinations seront la base du sujet, Yokoo fait la pochette et Hosono se charge de la musique, qu'il vont composer comme la B.O. imaginaire du film de se qu'il sont en train de vivre. Et vu le résultat, on est impatient de voir Hosono nous livrer sa version romancée d'un séjour dans les services des Hôpitaux de Paris.

 

🐴 Hiroshi Sato - Orient (We Want Sound)

Le truc cool avec la mode des son japonais des 80's c'est qu'on va avoir la chance de remettre la main sur des disques introuvables, celui-ci en fait partie, l'an dernier Alfa avait réédité "Awakening" et cette année c'est donc les français (cocorico) de WWS qui se chargent de cette petite merveille de pop funky inoffensive, teinté de nostalgie bossa-nova, de cri d'animaux en rut, de déception estivale et d'amourette pastel. Et il y a même un titre qui s'appelle Goku, si ça c'est pas le Japon qu'on aime.

 

🐴 Jean-Claude Vannier & Serge Gainsbourg - Les Chemins de Katmandou (Finders Keepers)

J'étais passé juste à côté (à un mois près) l'an dernier, c'est terrible, rien à redire. De l'hindouxplotation par le duo de "Mélodie Nelson", sous drogue, en plein divorce artistique. 👌

 

🐴 VA - Too Slow To Disco Brasil (How Do You Are ?)

Ed Motta à compilé 19 bombes disco-funk des années 80, 100% Brésil sans mettre aucun classique éculé, c'est exceptionnel du début à la fin, la meilleure compil' de 2018 haut la main. Clavier + grosse basse, veste en satin et petit verre de cachaça, si vous finissez pas avec le t-shirt noué en forme de soutien-gorge et le slip dans la raie des fesses, on vous rembourse.

Une autre compilation sortie chez Soundway retrace la même époque "Onda De Amor", c'est moins bien, mais ça peut faire un bon complément.

 

🐴 N'Draman Blintch - Cosmic Sounds (Secousse/Hot Mule)

La description même de ce disque parait tellement abusé que tout le monde serait en droit de ne pas y croire. Sortie il y a un peu moins de 40 ans au Nigeria, sur le label d'un ancien footballeur, qui avait aimé le disque précédent qui lui avait été produit par William Oneyeabor (si, si), Cosmic Sounds raconte comment l'Afrique doit se relever, qu'elle a besoin d'un leader et en sous-mains on imagine bien N'Draman être ce gorou sur-homme qui va renverser l'establishment, mi-Raël funky mi-Moboutou electro. Mais bon, depuis la sortie de ce disque plus aucune trace d'aucune personne impliqué dans sa création, comme si les protagonistes avaient étés maudis (ou juste assassinés par le pouvoir en place), et quand on sait comment il a été dur de faire un travail de recherche sur Oneyeabor qui était un personnage public, on se demande bien comment on pourrait en savoir plus ici. En espérant que ce disque fasse ressortir du bois l'un des acteurs et qu'on se retrouve fasse à un nouveau Sugarman !

 

🐴 The Scorpions & Saif Abu Bakr - Jazz Jazz Jazz (Habibi Funk)

Si on m'avait dit que je tomberais de ma chaise devant un disque de jazz-funk soudanais, et bah ... euh ... pourquoi pas en fait. Grâce à Habibi Funk c'est désormais chose faite, quelle claque, c'est beau, il y a une véritable âme dans cette musique et on se laisse emporter par l'album de bout en bout, pas de traversé du désert pour eux (😉)
Pour compléter il y a une autre sortie soudanaise chez Habibi Funk (qui apparemment laisse présager une suite à tout cela) qui est le disque Muslims & Christians de Kamal Keita, qui est au moins aussi bien que celui-ci et que je vous conseille plus que vivement !

 

🐴 SunnO))) - White 1 & 2 (Southern Lords)

On change de registre, tout le monde ne connait pas SunnO))) et c'est très bien comme ça, le fait est que c'est un groupe incontournable de la scène noise/ambient et qu'ils ont complétement révolutionné la manière dont tout un public voyais le drone, et cela en grande partie grâce au ce diptyque White 1 & 2 aujourd'hui re-disponible ENFIN en vinyle (le premier n'avait été pressé qu'à 500 ex) avec un remaster qui gonfle encore plus le son et vous emmène direct au 1000ème sous-sol tellement profond qu'on y voit des nuages et que le temps dure longtemps, on dirait du SunnO))) quoi.

 

🐴 Artiste Inconnu - Early Sampling Puzzle (Delodio)

Il y a le soldat inconnu, puis des fois il y a le musicien inconnu, ça arrive souvent qu'une référence n'ai pas de crédit, malgré tout souvent par capillarité des informations présentes on en retrouve l'auteur.
Ici c'est différent, l’œuvre gisait sur une cassette audio Sony HF-S 60 sans aucune information, on ne saura donc jamais qui l'a fait à moins que de derrière les fagots surgisse l'auteur de ce très bon disque, entre Brian Eno et Laaraji ou Ariel Kalma.
Musique semi-synthétique pleine d'effet et d’expérimentation, avec un petit côté explorateur, tour du monde en 80 jours. Daté dans les années 80 le tout sonne incroyablement moderne et ce fut un réel plaisir d'avoir la chance de tomber sur cet OVNI.


BENTOP 2018 + Quelques mentions spéciales

Commençons ce petit tour d’horizon musical 2018 par une confidence un peu gênante. Il y a une raison très simple pour laquelle je ne fais jamais de « top » de l’année : c’est que j’écoute la musique avec cinq ans de retard. Et quand je dis cinq ans de retard, c’est histoire d’être indulgent avec moi-même. Si je voulais être parfaitement honnête, je vous dirais que ma plus belle découverte de l’année, le disque que j’ai le plus chéri et écouté, c’est Let England Shake de P.J. Harvey (2011). Mais en 2018, j’ai fait l’effort de m’intéresser à ma propre époque, pour pouvoir enfin échanger des points de vue avec des gens qui partagent mon espace-temps. La dernière fois que j’ai fait ça, c’était à l’ère du néo-métal, sans déconner. J’ai donc écouté des albums de 2018. Mais pas beaucoup non plus. Parce qu’il ne s’agissait pas uniquement de couvrir 2018, mais bien de rattraper le retard que j’ai accumulé pendant les années 2010. Je suis à la bourre, mais je me soigne. Donc voilà ce qu’il faut garder en tête : entre 2005 et 2018, j’ai quasiment hiberné. Suis-je légitime pour faire un top cette année ? Certainement pas. Vais-je le faire quand même ? La réponse est ci-dessous.

☛ Playlist ici :

Spotify : https://open.spotify.com/playlist/3kA1rYIEGA5ATXwXL5xjNs
Deezer : https://www.deezer.com/fr/playlist/5368581762
Youtube : https://www.youtube.com/playlist?list=PLoWJ_qbltaX3bv-U1wPczbeRvMg2-L2Ey

Mais tout d’abord, ceux qui ne sont pas dans le top mais sur qui j’ai quand même envie de dire des trucs.

Catégorie : "Ils ont frôlé le top 9"

🐴 Kurt Vile - Bottle It In

J’adore la voix traînante de Kurt Vile, ses morceaux kilométriques bizarrement envoûtants, son charme goguenard. Bottle It In est complètement mineur dans sa discographie, mais ça reste un bonheur à écouter.

🐴 Father John Misty - God’s Favorite Customer

C’est un disque peu impressionnant au premier abord, mais qui grandit doucement dans vos souvenirs. Plus je l’écoute, et plus je l’aime, alors que ce n’était vraiment pas gagné au départ : rythmiquement, c’est quand même très plat, du binaire trop appuyé qui peut vite vous faire décrocher si vous avez les oreilles aventureuses. Mais quand on commence à siffler l’air de Mr Tillman sans même s’en rendre compte, on se dit qu’il y a là quelque chose de prenant. Sans oublier les paroles déconcertantes, pleines de sarcasme désenchanté, avec un humour pince-sans-rire un peu énervant tant on se demande si ce n’est pas nous, les auditeurs, qui sommes les dindons de la farce.

🐴 The Breeders - All Nerves

Si la capsule temporaire des MGMT m’a plutôt exaspéré, celle des Breeders m’a enthousiasmé. Les frangines Deal n’ont pas bougé, naïves, piquantes, adorables. Elles sont bloquées en 1993, indifférentes à la façon dont les choses évoluent autour d’elles, résolues à ne rien révolutionner. Elles balancent une pop désuète avec une spontanéité unique et parviennent à faire vibrer ta fibre nostalgique sans ton consentement.

🐴 Parquet courts - Wide Awake

La première chose que je me dis à l’écoute de Wide Awake, c’est que ça ressemble furieusement aux Stranglers. Mais pas que : on entend du Brian Eno sur Mardi Gras Beads, les Stones sur Freebird II… Le tout avec un panache qui vous rend fréquemment euphorique, et qui confère à Parquet Court une personnalité particulière et attachante. L’album est efficace, même trop parfois (le morceau titre, un poil poussif), il navigue entre la colère joyeuse et la blase chaleureuse, avec en bonus quelques skuds bien sentis  à la face de Trump, même si ça ne prêche probablement que des convertis.

Catégorie "Hmmpff"

🐴 MGMT - Little Dark Age

Alors ça y est, maintenant il faut absolument aimer les 80’s, c’est la loi ? Non parce qu’à une époque, on faisait tout pour l’oublier, cette décennie. Moi je suis ouvert hein, je veux bien concevoir que ce n’était pas si nul que ça, qu’il y avait des tas de bonnes choses, et qu’elles méritent d’être considérées, ces années quatre-vingt. Mais là, pardon, Little Dark Age c’est de la complaisance totale, une ode au kitsch sans aucun recul. Si certaines chansons ont un beau potentiel, elles sont ridiculisées par leur habillage sonore, indigent au possible. Les bonnes idées sont étouffées par la batterie appauvrie, les synthés ringards, la voix monocorde. Mais tout le monde semble avoir aimé. C’est un peu le pendant musical de Stranger Things. La nostalgie nous fait tout accepter.

🐴 Arctic Monkeys - Tranquility Base Hotel

Je ne sais pas ce qu’a essayé de faire Alex Turner, mais en tout cas j’ai bien rigolé. Quand je ne dormais pas, j’entends.

🐴 Jack White - Boarding House Reach

A priori, on s’attend pas à être surpris avec l’ex-White Stripes. Le mec est un puriste, il va encore nous sortir une brillante photocopie de ce qui faisait de plus épique dans les seventies. On va trouver ça sympa, et puis on va retourner écouter Led Zeppelin. Mais en fait, non. Avec Boarding House Reach, Jack White tend le bâton pour se faire battre en incorporant au petit bonheur la chance des machines hystériques à ses riffs de guitares, donne dans le monologue autiste, s’essaie au rap, parodie Rage Against The Machine avant de s’avouer vaincu sur deux dernières pistes beaucoup plus sages. C’est pas génial, mais c’est jamais ennuyeux, et imaginer les fans s’arracher les cheveux à l’écoute du machin est assez fendard.

Catégorie "Sérieux, ils sortent encore des trucs eux ?"

🐴 Fall Out Boys - Mania

La curiosité malsaine vous fait faire des sales trucs. En plus c'était même pas très drôle, juste gênant. Je ne suis pas allé au bout, mais en gros, imaginez Maroon 5 qui vomit Linkin Park, c'est à peu près ça.

🐴 Good Charlotte - Generation RX

Non je déconne, je ne l'ai pas écouté, je viens juste d'apprendre qu'ils avaient sorti un truc cette année. Mais vous auriez vu vos tronches.

Et maintenant, le vrai top :

🐴 9) Dominique A - Toute Lattitude

Dominique A n’avait « plus envie de fermer sa gueule ». Habitué à couvrir la sphère intimiste, les drames intérieurs, il prend le contre-pied avec Toute Latitude en signant douze chansons sur le thème de l’écologie. On pourra reprocher au chanteur de manquer de mordant sur certains titres, mais que voulez-vous, notre ami chauve a toujours été un grand délicat. Sur les meilleurs morceaux (le morceau titre, Aujourd’hui n’existe plus, Se Décentrer et surtout le superbe Corps de ferme à l’abandon), on sent la colère mais Dominique A ne l’éructe pas, il la débite froidement, déchiré entre ses idéaux et sa lassitude. C’est vrai, parfois les sonorités synthétiques sont datées, mais c’est l’instinct mélodique qui l’emporte, c’est agréable, plutôt riche, et la voix de Dominique A est toujours parfaite, pour peu qu’on soit, comme moi, un adepte.

🐴 8) Stephen Malkmus & the Jicks - Sparkle Hard

Le bon vieux Malkmus, laissé tombé par tous les tops, comme s’il ne valait plus un clou depuis la fin de Pavement. Alors que merde, voilà un gars qui semble avancer sans arrière pensée, avec une humilité et une autodérision qui l’honore, pas dupe de sa chance mais avec une facilité incroyable pour écrire des titres attachants. Stephen Malkmus est la plus cool des rock-stars dont tout le monde se fout, mais il en est parfaitement conscient, et ça donne à Sparkle Hard un petit air hors du temps, indifférent aux tendances, se moquant de la performance, pas candidat au podium. C’est tout le plaisir de ce disque des Jicks, une collection de chansons adorables qui te tutoient comme un pote, sans te prendre de haut, avec une maladresse assumée, ludique et élégante.

🐴 7) Beach house - 7

Pour leur septième album, les Beach House se placent ostensiblement du côté shoegaze de la force, tout en conservant un charme pop très abordable. C’est de l’easy-lsitening avec toute sa dignité : c’est malin, envoûtant, toujours planant, ça ronronne dans vos oreilles comme votre animal de compagnie préféré. Excellent. (J’ai même pas fait exprès de le mettre à cette place).

🐴 6) Kids see ghosts

Si vous trouvez que je suis à la ramasse concernant le rock des dix dernières années, attendez qu’on aborde le hip hop. Ah bin tiens, justement, voilà Kanye West et Kid Cudi qui se pointent. De Kid Cudi, je ne connais que l’infâme Speed Bullet 2 Heaven, que la curiosité malsaine m’avait poussé à aller écouter après en avoir lu des critiques particulièrement catastrophées. On dit qu’il avait pourtant bien commencé, ce que je ne suis pas encore allé vérifier. Mais en tout cas, ce mini album qu’il a sorti avec le rappeur le plus adoré et détesté du siècle est une excellente surprise. Ce serait tellement plus simple si Kanye West n’avait aucun talent et n’était qu’un Trumpiste illuminé avec un léger syndrome de la Tourette. Seulement voilà, avec Kids See Ghosts on a l’impression d’entendre le vrai rap du XXIe siècle, une musique ouverte sur le monde qui bouffe de tout sans rechigner, assumant la démocratisation du genre en piochant dans tous les autres pour parfois atteindre de vrais moments de grâce (« Freeee »). Les instrus innovants n’éclipsent pas les performances des chanteurs, deux esquintés de la vie qui semblent condamnés à la sincérité, même quand ils disent les pires conneries. Et puis pour les gens comme moi, qui aiment le rap mais qui ont souvent du mal à aller au bout des traditionnelles 80 minutes des albums (c’est très bien My Twisted Dark Fantasy, mais je m’arrête quand Kanye commence à vanter les mérites du vagin de sa dulcinée pendant une demi-heure), les impeccables vingt-et-quelques minutes de Kids See Ghost est un vrai vent de fraîcheur.

🐴 5) Car seat headrest - Twin Fantasy

Derrière cette vilaine mais intrigante pochette, se cache en vérité le remake d’un album autoproduit adoré sur Bandcamp. Vous le saviez peut-être déjà, mais moi je viens de l’apprendre tout en découvrant les joies de Bandcamp avec 10 ans de retard. Je vous ai dit que j’étais pas légitime pour faire un top 10. Bref, c’est Will Toledo, un type odieusement jeune (26 ans et huit albums, dont trois studios) qui se cache derrière l’appellation Car Seat Headrest, et c’est peu dire qu’il impressionne. Les chansons sont fabuleuses, à la fois fragiles et épiques, blindées de déprimes et d’anxiétés mais empreintes d’une énergie positive étrangement palpable. Dans sa structure, Twin Fantasy rappelle les productions ambitieuses du collectif Elephant 6 (celui de Neutral Milk Hotel), avec ses longs titres mouvementés qui se font échos, ses refrains et autres lignes mélodiques brillamment réutilisés comme de puissants mantras tout au long du track-listing. On flirte avec l’album concept, l’œuvre s’écoute d’une traite, comme un film sonore d’une grande justesse sur l’adolescence d’un marginal en quête d’euphorie et d’acceptation. C’est le classic-rock de l’année.

🐴 4) Julia Holter - Aviary

C’est l’une des sérieuses candidates au titre de « nouvelle Kate Bush ». Ce qui ne veut pas dire grand-chose, puisque rien ne remplace Kate Bush et que Julia Holter a suffisamment de personnalité pour ne pas qu’on se sente obligé de tomber dans le piège de la comparaison, mon pêché mignon. Aviary est un labyrinthe d’arrangements excentriques qui voguent entre l’enchantement et la menace, les titres ne respectent aucun schéma classique et ne répondent qu’à l’instinct créatif de la chanteuse, riche d’une imagination sonore sans limite. On ferme les yeux et les paysages mentaux défilent : des plaines mystérieuses, des forêts gigantesques et inexplorées, des plages couvertes de sable chaud où s’abattent des vagues d’eau glaciale. La durée généreuse du disque dissimule en outre une quantité de trésors discrets et merveilleux, du genre qu’on ne remarque pas en une écoute. Une expérimentation onirique aux mille visages qu’on ne finira jamais de décortiquer.

🐴 3) Anna Von Hausswolf - Dead Magic

Comme Jérôme, qui m’a chaudement recommandé l’artiste, j’ai été soufflé par la puissance dévastatrice de Dead Magic. C’est en écoutant une playlist de notre bon Chicâne Mag sur Spotify que Hausswolf m’a sauté aux oreilles pour la première fois. La noirceur incroyable de The Mysterious Vanishing of Electra m’a foutu par terre : cette rythmique plombante, sans merci qui vous tambourine l’estomac à chaque coup de baguette (de massue, on serait tenté de dire), ces guitares monolithiques et hyper-offensives, ce synthé cold-wave de l’enfer, et surtout la voix d’Anna Von Hausswolf, fulgurante d’intensité, au bord de la démence (« Who is SHEEE ? Who is SHE Who is SHE Who is SHEEE ??? To saaay GOODBYYYYEEEeeeEEEeEeEeEEeee…»).  J’ai tout de suite dit à Jérôme que j’avais eu une révélation avec sa playlist, ce à quoi il m’a répondu qu’il me l’avait dit, putain, tu m’écoutes jamais. Et c’est vrai que j’avais oublié son conseil, mais une simple écoute hasardeuse m’a rappelé à la réalité. C’est un morceau tellement marquant qu’il t’oblige instantanément à arrêter ce que t’es entrain de faire pour regarder qui est derrière cette folie.  Si le reste du disque est moins ouvertement hargneux, il n’en demeure pas moins une fantastique épopée austère, avec une ambiance gothique effrayante étirée sur de très longs morceaux, histoire de faire durer le déplaisir. Les mélomanes S.M. amateurs de maisons hantées musicales s’en trouveront comblés.

🐴 2) U.S. Girls - In A Poem Unlimited

La Pop comme sport de combat. La compositrice et interprète, Meghan Remy, cache bien son jeux en emballant ses bourres-pifs enragés dans une musique dansante et imparable. Les chansons transcendent leur apparente simplicité dans une production vivifiante, c’est massif et irrésistible, façon Mur de Son du XXIe siècle.  Les arrangements sont intelligents et ultra catchy, tout comme le ton délicieusement ironique de la chanteuse. C’est d’une telle évidence qu’on se demande pourquoi ça ne cartonne pas plus que ça. Si les boîtes de nuit diffusaient des trucs de ce calibre, j’y mettrais certainement les pieds. Mais In A Poem Unlimited ne se contente pas d’être un braqueur de dancefloor, c’est surtout un superbe cri de guerre progressiste qui réclame des comptes au monde entier. L’ambulance Trump n’est pas seule dans le collimateur de Meghan Remy, comme le prouve l’énorme premier single M.A.H (Mad As Hell), qui s’attaque directement à Obama. Excédée par la bêtise des uns, la trahison des autres et par la violence de tous, Remy n’en lâche pas pour autant son sourire narquois et enjôleur, collant deux-trois baffes à droite à gauche et ne mâchant jamais ses mots sur un groove contagieux. In A Poem Unlimited est un album courageux, revendicatif et passionné qui pourra aussi vous faire transpirer sur la piste.

🐴 1) Low - Double Negative

Double Negative de Low, c’est pas un beau programme ça ? On sent qu’on va bien se marrer, là ! C’est le douzième album du trio, apôtres de la lenteur crépusculaire et élégiaque très justement nommée slow-core. S’il y a bien une chose que ces gens savent faire, c’est te poser une atmosphère zen et morbide tellement saisissante qu’à haute dose elle pourrait devenir hallucinogène. Double Negative ajoute quelques gouttes de vitriol à ce concept en martyrisant sa propre texture. On se retrouve avec une matière sonore venue d’ailleurs, incroyablement oppressante à la première écoute : j’en ai jeté mon casque. C’est à la fois doux et terriblement abrasif, une dream-pop neurasthénique qui s’embraserait en direct, gagnée par les ténèbres, on entend le feu crépiter et dévorer les bandes sonores. Double Negative est un spectacle de désolation, une vue du fond de l’abîme, la mise en musique d’un mauvais présage. C’est une sombre dystopie pas totalement exempt d’espoir, car parfois la lumière perce sous les ruines, parfois l’herbe pousse sous les décombres. Si je me rappelle bien mes cours de mathématiques, négatif par négatif, ça fait positif. Double Negative ne se laisse pas facilement dompter, c’est une proposition intransigeante  prompte à faire grincer les dents, une expérience à hérisser les poils jusqu’à l’extase, fabuleuse et mémorable.

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