Sign in / Join

[Playlist/Chros] TOPS 2019 + Compilations/Rééditions

Et allez, on est le 1er février, mais que voulez-vous, il n'y a pas d'heure pour juger le long et tortueux travail d'artistes par 3 ou 4 phrases lapidaires, écrites engoncé dans un canapé pas cher.

JEROME / TOP 2019

Comme d'habitude, on a encore regardé les tops des magazines et webzines musicaux en rigolant fort, et je crois qu'en fait, on n'a pas la même définition de ce qu'est la musique. Ou de ce qu'est un album, plaçant un artiste tout en haut d'un classement juste parce qu'ils adorent un titre. Mais bon, on en a déjà parlé l'an dernier.
Et si c'étaient eux qui avaient raison ?
Le site Metacritic a recensé et compilé une masse énorme de données, 179 "tops de l'année" de critiques musicaux nuls, et en a fait un classement très triste. Le meilleur album, plébiscité à l'unanimité avec une gigantesque avance, et qui serait donc considéré comme LE CHEF D'OEUVRE OBJECTIF DE L'ANNEE, serait... Norman Fucking Rockwell! de Lana Del Rey.
Après avoir serré les dents très très fort, les ayant repoussées dans le sang à l'intérieur de mes gencives, mes deux comparses m'ont ensuite annoncé, sans gêne, comme s'ils ne se rendaient pas compte de leur erreur, qu'ils allaient, eux aussi, le mettre dans leur top...

Alors gardez vos amis près de vous, et sachez repérer les signaux faibles.
De fait, gendarmerie prévenue, intervention en cours.

Bref, voici une playlist de 90 titres, représentant 90 très bons / bons albums de 2019.

☛ Playlist ici :

Spotify : https://open.spotify.com/playlist/6vcIq5qBZi5mdNNYsDcFDJ
Deezer : https://www.deezer.com/fr/playlist/7064898764
Youtube : https://www.youtube.com/playlist?list=PLoWJ_qbltaX0C053LFzZ27O1oNQfWneHN

Mais voici le TOP 9 de ce qu’il fallait écouter cette année :

🐴 FEWS - Into Red (Play it Again Sam)
[Post-punk/noise-rock très peu positif]

Plus profonds que sur leur premier album, les suédois sonnent encore plus graves, nonchalants et blasés qu'auparavant, ce qui constitue une performance. Et on se demande comment ils font des tubes de cette matière noire qui tâche leurs cerveaux malades. Mais eux n'y voient aucun problème, ils font tourner les guitares en nous faisant tituber, et on est pris dans un mouvement hypnotique interminable. Meilleur disque de 2019.

🐴 Vivian Girls - Memory (Polyvynil Records)
[Indie Rock/noise-pop pour trentenaires]
Quelques années après des albums chiants à en pleurer, et leur indie-pop pour post-ados rêveurs en rupture, elles se retrouvent et, au lieu de boire des cocktails en riant du bon vieux temps, elles font table rase de tout ça et aucune tentative de sourire ne sera amorcé. Nous prenant tous par surprise, elles reviennent aux sources et sortent alors un truc bien plus radical, punk. Et ceci jusque dans la production, laissant toute la place aux grésillements, aux larsens, sur des titres bruitistes, noise, pop, et incroyablement attachants. Qu’on met en boucle les jours blancs.

🐴 Fat White Family - Serfs Up! (Domino Recording)
[Indie-rock en rehab]

On ne les voyait pas sortir vivants du premier, puis du second album. Leurs visages devenant de plus en plus translucides, maladifs, creusés, leurs corps s’affinant dangereusement. Et ceci sans parler de l'enthousiasme morbide de la presse mainstream, alors que leur truc était globalement hyper bancal. Bref, une recette qui, habituellement, mène à une mort certaine, et dégueulasse.
Avec ce nouvel album, on les sent apaisés, on pourrait presque dire que c'est l'album de la maturité, avant la rechute. En général, ça en fait un truc merdique... mais pas là. En fait, ça ressemble plus à une mutation informe et quasi grotesque, comme une sorte de communion nihiliste bizarre autour d’un brasier, avec des cuivres et des seaux de sable.

🐴 Fontaines DC - Dogrel (Partisan Records)
[Post-Punk irlandais sans cornemuse]

Pendant tout l’album, les irlandais semblent avoir 3 ou 4 pintes d’avances sur nous, et leur accent ne fait qu’empirer cette impression. Le chanteur déblatère dans un brouhaha hyper maîtrisé, et on est fasciné par tant d’aisance. Et ce malgré quelques titres un peu trop influencés par certains vieux compatriotes de l’île d’à côté.

🐴 Balladur - La Vallée Etroite (Le Turc Mecanique)
[cold-wave/exotica anarchiste]

On n’arrive pas à savoir si leurs titres sont composés en totale impro, ou si tout ça a été réfléchi et travaillé avec soin. Et plus l’album avance, moins la réponse n’a d’importance. Ils y ont fourré du punk, du dub, des trucs dansants inspirés de cérémonies indonésiennes, des morceaux sur la traversée des migrants à travers les montagnes et des odes sur les squats et leur Peugeot 205.
Un fourre-tout bizarre qui donne envie d'acheter un chien pour danser avec lui.

🐴 Deerhunter - Why Hasn't Everything Disappeared Yet ? (4AD)
[Pop/indie-rock pour quarantenaires]

Ils méritaient leur place depuis le début de l’année, c’est l’album parfait pour couper des patates, en paix avec soi-même. Ca parle de la mort à tous les étages sur des tubes enjoués, je vois pas ce qu’il y a de mieux pour vieillir dans ce monde.

🐴 Alessandro Cortini - Volume Massimo (Mute Records)
[Synth-wave instrumentale pour astronautes pauvres]

Beaucoup plus direct que ses précédents albums, lui qui fut un des claviéristes de NIN nous emmène aujourd’hui dans sa petite soucoupe volante remplie de claviers analogiques. Il arrive à donner un côté extrêmement humain, organique, à sa musique, et tente même des choses avec des incursions de guitare tel un guitar-hero nul, ce qui, pourtant, fonctionne improbablement. C’est délicat et parfois crade, il y fait sombre, chaud, et on fait des pirouettes interminables dans le vide, sans but.

🐴 Super Parquet - s/t (PAGANS)
[Neo-trad psyché/electro étrange]

Les auvergnats détiennent les secrets du fromage, possèdent tous les bistrots parisiens, et portent en eux la mémoire de leur culture ancestrale, et notamment celle des musiques traditionnelles d’Auvergne. Depuis quelques années, ils poussent au maximum cette musique aux confins de la transe, dans des drones cathartiques qui rendent les gens complètement fous… Mais au lieu de suivre les recettes magistrales de leurs compatriotes de La Novià, Super Parquet part dans des délires électroniques insensés qui pourraient facilement être casse-gueule, mais en fait non. Leur truc est fascinant.

🐴 Erasers - Pulse Points (Fire Talk)
[Psychedelic drone/krautrock maladif]

Disque hyper sombre, voilé d’un drap gris, et hanté par une voix féminine d'une gravité sans pareille. Qui magnifie et rompt la monotonie infernale des boucles de claviers cosmiques, qui paraissent infinies. C'est peut-être le futur de la musique Australienne, fini le surf, place au chamanisme.

Ils auraient pu y figurer, mais pour d'obscures raisons -pas forcément justifiables-, non.
(AKA TOP 18) :

 

🦄 BLACK MARBLE - Bigger Than Life

🦄 PYE CORNER AUDIO - Hollow Earth

🦄 NIKOLAJEV - LEL

🦄 DARREN HAYMAN - Songs Of High Altitude

🦄 C JOYNES & THE FURLONG BRAY - The Borametz Tree

🦄 YERUSELEM - The Sublime

🦄 EARTH - Full Upon Her Burning Lips

🦄 CEREMONY - In The Spirit World Now

🦄 MONDKOPF - How Deep is Our Love?


BOZAN / TOP 2019

Quand on n'a pas le temps, il se passe quelque chose d’irrationnel, souvent on s’arrête à la première proposition, sans aller chercher plus loin. Cette même règle qui fait que les gens mangent encore des pizzas margarita et boivent encore des mojitos, sans compter le nombre affolant de combos frites/coca en fast-food.
Tout ça pour dire qu’en effet ce top n’est pas des plus pointus et obscurs et que cette année au lieu de m’acharner à trouver le meilleur rapport qualité/prix en whisky (Talisker 10 ans, au passage) j’aurais dû écouter plus de chose sorties en 2019. Et même si j’ai fait mon possible pour esquiver de vous mettre l’excellent album de Lana Del Rey (mais vous pouvez compter sur Benjamin) et l’étrange mais chouette délire de Beck, voire le très étonnamment bon album pré-posthume des Dandy Warhols, tout ici reste accessible au plus grand nombre, sans être affligeant, quand même et bien évidemment c’est sélectionné avec amour et passion.

☛ Playlist ici :

Spotify : https://open.spotify.com/playlist/3NNwtHMovZpYdCxJD30RGH
Deezer : https://www.deezer.com/fr/playlist/5313997582
Youtube : https://www.youtube.com/playlist?list=PLoWJ_qbltaX2Rn055MAjvqdvWHHR93Jzb

Top nouveautés

🐴 Tuxedo - III
3ème opus, et enfin un album complet et équilibré au niveau des tubes avec des feats de folie.
 La joie dans ma veste à paillettes !

🐴 Tyler, The Creator - Igor
Tyler quand il rap c’est bien, quand il rap pas c’est bien. Cette pochette rose est géniale, et même si c’est tout pompé à André3000, bah c’est bien.

🐴 Altin Gün - Gece
Vous saviez que « gece » ça veut dire nuit en turc ? Non, bah moi oui. Et donc c’est un album à écouter la nuit.
 Bonne redécouverte du disque à tous.

🐴 Steve Moore - Beloved Exile
Steve Moore c’est la moitié de Zombi et Majeure c’est l’autre moitié de Zombi, ils ont chacun sorti un disque super bien cette année. Alors cassez pas les couilles et refaites nous un album de Zombi.

🐴 Sunn O))) - Life Metal
Vous savez ce qu’il y a entre la ligne 13 aux heures de pointe et le Père Lachaise. Cet album de SunnO))) et son petit frère bonus Pyroclast sorti quelques mois derrière.

🐴 Czarface, Ghostface Killah - Czarface meets Ghostface
Ultra-productifs, les 3 lascars de Czarface se sont alignés un quatrième copain malade en la présence de Ghostface Killah, et force est de constater que l’hyperactivité qui est une triade de symptômes : l'inattention, l'hyperactivité et l’impulsivité peut aussi rendre service à la nation et faire apparaitre un album digne de Liquid Sword de GZA ou de 12 Reasons To Die du même Ghostface avec Adrian Younge.

🐴 Freddie Gibbs & Madlib - Bandana
Quand Madlib le producteur le plus sur-coté du monde n’arrive pas à convaincre MF DOOM de revenir faire un album il appelle Freddie Gibbs le MC le plus sous-coté du moment pour donner une suite à Pinata, au final on a un bel album de branleur avec un duo bon flic mauvais flic qui rappelle les plus belles heures du cinéma des années 80.

🐴 Pàscal - Arcipelago
Depuis Nu Guinea, on sait maintenant que le napolitains savent faire autre chose que des pizzas aux boursoufflures calcinées. Dans la lignée des grands frères de Mystic Jungle Tribe, Pàscal sert une musique aux accents balnéaires et dansant pour se remémorer cet été perpétuel qui n’arrivera plus, grâce à LREM.

🐴 Waste Of Space Orchestra - Syntheosis
Il fallait quand même au moins mettre un disque de musique extrême dans les 9, c’est le super groupe composé des membres de Oranssi Pazzuzzu et de Dark Buddha Rising avec leur effort commun entre krautrock, black metal et rock prog qui prend la place, mais en vrai comme tout le monde j’ai écouté le Blood Incantation (génial crossover thrash/death) et Gatecreeper (génial crossover thrash/death).


Franchement j'ai pas compris le buzz :

🦄 Lizzo - Cuz I Love You : Ça fait quelques années que je comprends pas la sur-hype autour des albums de R&B, depuis Solange, puis SZA, là Lizzo, peut-être que j'aurais une épiphanie dans 10 ans et je serais moins con. Mais en attendant c'est quand même de la soupe pour radio, pleine de bon sentiments.
Inintéressant, arrêtez de le mettre dans vos tops. Merci.

 

Top compilations et rééditions :


🦄 VA - Gangster Music Vol. 1
Superbe compilation faite de bric et de broc entre hip-hop et beat lo-fi pour les amateurs de rap blanc level 2, pas les gros n00b.

🦄 VA - Pacific Breeze (Japanese City Pop, AOR & Boogie 1976-1986)
Compilation essentielle de classiques de la musique pop-funky japonaise de la fin des 70’s à la fin des 80’s, pour avoir l’impression de se balader dans un showroom de clavier vintage et de saxophone brillant.

🦄 Azymuth - Demo 1 & 2
Les démos plus crados et groovies des premiers morceaux du groupe culte brésilien, enfin quelque chose que Bolsonaro n’arrivera pas à nous saloper.

🦄 Jacky Giordano - Pop In … Devil’s Train
La réponse française et développement durable à Highway To Hell, la SNCF likes this.

🦄 Marvin Gaye - You’re The Man
Compilation des morceaux qui forment ce qui aurait dû être la suite à What’s Going On. Meilleure période du meilleur artiste soul de tous les temps. Dur à battre.

🦄 Mort Garson - Mother Earth’s Plantasia
Avant-garde électronique pour les « plantes ». Très bon disque, si vous voulez « méditer » !
#herbe #relaxation #CDB

🦄 Rupa - Disco Jazz
Le secret le moins bien gardé des DJ world. Enfin dispo avec une meilleure qualité que ces rip MP3 tout crasseux.

🦄 Κυριάκος Σφέτσας - Greek Fusion Orchestra Vol.2
Ça se lit : Kyriakos Sfetsas.

🦄 Ziad Rahbani - Abu Ali
Putain de pièce maitresse de disco-funk oriental, tueur de piste de danse !

 


BENTOP 2019 + Quelques mentions spéciales

Dans la famille pas nombreuse de Chicâne, on peut me considérer comme le vieil oncle bégayant qu’on laisse parler par politesse, celui qu’on aime bien même si on a déjà entendu ses histoires cinquante fois, même s’il met du temps à comprendre tout ce qu’on lui raconte, même si son appart sent le pantalon côtelé et le papier peint cramoisi. Pour la deuxième fois consécutive, le site me demande gentiment ce que j’ai retenu de l’année musicale, et c’est ce qui explique le retard conséquent de sortie de cet article. Car pour m’intéresser à l’actualité de 2019, il a déjà fallu m’arracher des oreilles les trois premiers albums de Public Image Limited, tous sortis le siècle dernier, avant ma naissance, et parfaitement hors sujet ici. Ensuite, j’ai dû regarder le présent, bien en face. Wouaah, c’est quelle année là ? 2019 ? Oh putain ! Le temps passe tellement vite depuis que Johnny a cané. C’est qui la petite aux cheveux violets ? Dingue. Et comment je différencie les rappeurs français coiffés comme Rachel dans Friends ? Ok. Attends, ça c’est censé être du R’n’B ? A mon époque, on appelait ça de la musique concrète. Ok, boomer.

Plus à la ramasse que jamais, toujours aussi peu légitime pour établir un top de l’année, avec mes approximations, mes anachronismes, je suis de retour, prêt à vous révéler l’existence de l’eau chaude, avec mes « woahou, Thom Yorke a sorti un album en solo ! » et autres « Hé les gars, vous connaissez Sunn 0))) ? » Voici donc le top albums 2019 le moins influent de l’histoire d’internet.

☛ Playlist ici :

Spotify : https://open.spotify.com/playlist/3kA1rYIEGA5ATXwXL5xjNs
Deezer : https://www.deezer.com/fr/playlist/5368581762
Youtube : https://www.youtube.com/playlist?list=PLoWJ_qbltaX3bv-U1wPczbeRvMg2-L2Ey

Mais tout d’abord, quelques disques hors-top dignes d’intérêt.
Sur la route, j’ai donc croisé :

🦄 Billy Eilish – WHEN WE ALL FALL ASLEEP, WHERE DO WE GO ?

C’est le phénomène incongru de l’année, l’ado blasée qui fait peur aux vieux comme moi. Dans la vie elle a les cheveux violets, et sur la pochette de son disque elle est prête à bouffer Ash dans Evil Dead. Elle chante à peine, elle murmure, mais elle le fait très bien, hein. C’est un parti pris, pas un cache-misère façon Bruni-Sarkozy. Entre mélancolie et provocation morveuse, Eillish dégage un tempérament artistique bien trempé, bien aidée par son frère Finneas O’Connell, co-auteur et producteur de cet album généreux en textures, bourré d’idées musicales, largement en avance sur la pop mainstream. On sent déjà venir les clones fades. Je crois que je pourrais même danser sur all the good girls go to hell, tiens.

🦄 Tyler The Creator - IGOR

Quand j’écoute ce qu’est devenu le rap aujourd’hui, j’ai l’impression de lancer une série à la saison 8 sans aucune connaissance du contexte. Dans IGOR, il y a pas mal de choses qui m’ont rappelé le diptyque Love Below / Speakerboxxx, ce qui n’est pas pour me déplaire. Très en avance sur son temps il y a 20 ans, le duo d’Outkast est désormais rattrapé par le futur. Enfin peut-être que je suis encore à la bourre et que le futur a été rattrapé il y a vachement plus longtemps. A noter que Tyler The Creator déteste les lettres minuscules.

🦄 FKA Twigs - Magdalene

Ici au contraire, ce sont les majuscules qui sont bannies. Il se passe un truc au niveau calligraphique dans l’actuel paysage musical. Outre ce constat pas vraiment alarmant, les morceaux bizarres de Magdalene illustrent bien le zeitgest ambiant : on ne sait plus trop si on doit danser pour oublier ou s’empresser de se construire un abri antiatomique. Du R’N’B hanté par les machines, subtilement abrasif, et porté par une voix inquiète et enjôleuse.

🦄 Thom Yorke - Anima

Thom Yorke va mieux. On ne l’avait pas entendu d’aussi bonne humeur depuis The Bends, au moins. Ah mais ne cherchez pas de guitares dans Anima, faut pas déconner non plus. Et puis c’est de la bonne humeur façon Yorke, on peut se détendre mais faut pas oublier que la fin du monde est juste à côté. Bref il se passe beaucoup de chose sur Anima, un peu trop à mon goût. Régulièrement c’est l’orgie 90’s : des nappes, des bip-bip et des vroum-vroum très connotés s’entremêlent sans qu’on ne comprenne forcément la logique. La voix de Yorke demeure inchangée depuis bien 20 ans maintenant, ce qui comblera les aficionados comme les haters. C’est parfois un peu criard et discutable, mais certains passages immersifs sont vraiment émouvants (Dawn Chorus) et justifient l’écoute d’Anima à eux seuls.

🦄 Charly Bliss – Young Enough

Je ne sais pas ce qu’entendent les gens normaux par « power pop », mais pour ma part, c’est typiquement défini par cet album. Beaucoup d’énergie et d’enthousiasme ici, ce qui ne correspond pas forcément à mon humeur au quotidien. Malgré des paroles graves, c’est l’euphorie qui l’emporte sur l’obscurité, par K.O. et dès le premier round. Quand on se laisse prendre au jeu, ça peut fonctionner du tonnerre, notamment sur Capacity et Hard To Believe.

🦄 Desperate Journalist – In Search Of The Miraculous

Un rock lumineux avec une nette tendance à l’héroïsme grandiloquent. Le son est massif, le chant est passionné, certains morceaux sont carrément épiques. Très chouette.

🦄 JPEGMafia – All My Heroes Are Cornballs

C’est typiquement le genre de disque qu’il faut que j’écoute 38 fois avant de commencer à comprendre un tout petit peu ce qui s’y passe. A un moment donné, quand tu changes de planète toutes les 3 mesures, t’essaies même plus de taper le rythme du pied. On a là un garçon qui cite parmi ses influences Ice Cube, les Hanson et Smile de Brian Wilson. All My Heroes Are Cornball vous balade dans tous les sens, vous fait des bisous, puis vous met des claques, vous éjecte de la voiture en route et revient ensuite avec un bouquet de fleur pour se faire pardonner. Impressionnant.

🦄 Nick Cave & The Bad Seeds - Ghosteen

C’est en traversant le pire des deuils que Nick Cave a entrepris un renouveau artistique salutaire. Il semble désormais plus humble et sincère qu’il ne l’a jamais été. Sans surprise, les avis semblent unanimes pour dire que Ghosteen est le sommet d’une nouvelle phase de sa carrière. Et pourtant, je lui préfère tout de même son prédécesseur, le plus court et incroyablement marquant Skeleton Tree, sorti en 2016.

🦄 Psychotic Monks – Private Meanings First

Un groupe français ! Ca ne saute pas aux oreilles à la première écoute. C’est impressionnant et ambitieux, un peu méchant, toujours très sérieux. De longs morceaux à la tristesse abrasive, rappelant régulièrement – peut-être un peu trop souvent – le Sonic Youth de la première époque. C’est vraiment très bon, et il paraît que les gars sont fabuleux sur scène.

🦄 Quelle Chris - Guns

Laissez-moi vous gratifier d’une comparaison complètement foireuse dont j’ai le secret. Guns m’a un peu fait penser à Trout Mask Replica de Captain Beefheart. Les points communs : une voix rauque, un chanteur freak, une pochette ignoble, la gouaille ironique de l’ensemble. Bon, musicalement c’est quand même beaucoup moins le bordel que dans La Truite de Don de Vliet (et pas de Schubert), pour ça faut plutôt aller voir du côté de JPEGMAFIA. Guns est même le plus « classique » des albums de rap que j’aurai entendu cette année. Et celui que j’ai préféré, faut bien l’admettre.

🦄 Bruce Springsteen – Western Stars

Côté dad rock, on laissera de côté Neil Young : Eldorado est, pour l’essentiel, une photocopie passable de ce qu’il a déjà accompli avec son Cheval Fou. Et on se désolera du dernier Iggy Pop, dont on attendait peu (sauvons quand même le chouette single Love’s Missing, mais oublions vite le reste : le ridicule James Bond et surtout la récitation grotesque de Do Not Go Gentle Into That Good Night de Dylan Thomas). En revanche, le Boss nous aura réchauffé les oreilles cette année, avec un disque certes sans surprise, d’un classicisme total, mais rempli de chansons irrésistibles, à commencer par le morceau d’ouverture, Hitch-Hickin’, qui pénètre le cœur de l’auditeur avec une simplicité désarmante.

🦄 Pharmakon - Devour

Putain, je découvre tout juste Pharmakon, et ça nique les oreilles. Quelle douleur, mais quel bonheur.

Et maintenant mon top, dans l’ordre alphabétique, parce que pas le temps de classer :

🐴 Lana Del Rey – Norman Fucking Rockwell !

Celle-ci, on la retrouve dans tous les tops 2019 (et pas que chez les Inrocks, wink wink Jérôme). Il est assez amusant de constater l’évolution de l’image médiatique de la chanteuse. Avant même d’en connaître la moindre note, à l’époque de Born To Die, je n’entendais que des horreurs sur Lana Del Rey, la plupart concernant son physique. Mais Lana, les yeux éternellement mi-clos d’indifférence, n’en avait rien à foutre. Et peu à peu, au cours d’une discographie de plus en plus impressionnante, les remarques sexistes se sont tues, ne laissant place qu’à la musique. NFR est un accomplissement : la chanteuse y sublime son rôle de paumée californienne, consciente de sa chance mais incapable de s’en réjouir. Jouant avec sa prétendue superficialité, elle balance des uppercuts de sincérité à des moments propices, révélant ses ruines intérieures avec beaucoup de classe et d’insolence.

🐴 Kim Gordon – No Home Record

Certains semblent considérer le solo de la Grande Dame de Sonic Youth comme une une arnaque d'art contemporain, un caprice new-yorkais caricatural. J’y ai entendu une dinguerie réjouissante. Evidemment, Kim chante toujours comme un fakir en plein orgasme, c’est aussi pour ça qu’on l’aime, et ses compositions insensées, complètement débarrassées des inclinaisons mélodiques d’un Thurston Moore, jouent avec les nerfs des auditeurs. Cookie Butter et Don’t Play It en particulier. Mais c’est aussi divinement inquiétant (Get Yr Life Back), sexy (Sketch Artist), joliment surréaliste (Earthquake) et surtout complètement explosif et barré, comme sur Air B’n’B, Murdered Out ou le délirant Hungry Baby et ses deux notes de basse hilarantes qui sonnent comme une grosse mouche chanteuse de rockabilly se cognant inlassablement contre une vitre. De la « feelbad music » pour Rock’n’Folk, l’album le plus marrant de l’année pour ma part.

🐴 Holly Herndon - PROTO

Alors, commenter la musique de la fin des années 2010 quand tes oreilles sont restées en 1967, déjà, c’est pas facile. Mais là, on parle carrément de Holly Herndon, une artiste tellement novatrice que même quand tu la regardes sur une photo, tu baisses les yeux. PROTO a été composé en collaboration avec une intelligence artificielle, une voix synthétique avec laquelle la chanteuse harmonise. Ne me demandez pas comment elle s’y prend. Le résultat a l’impact des grands films d’anticipation façon The Day The Earth Stood Still, si le film de Robert Wise avait été réalisé 150 ans plus tard, bien sûr. Terriblement inquiétant (Crawler), d’une beauté folle (Frontier), PROTO est LE disque qui vous fait comprendre que vous êtes bel et bien en l’an 2163.

🐴 Lingua Ignota - CALIGULA

C’est un disque terrible, narrant l’horreur absolue avec une violence incontrôlée. Un choc de tous les instants. La simple lecture des titres de l’album fait frémir : il faut être arrivé à un stade ultime de désespoir pour nommer une chanson « IF THE POISON WON’T TAKE YOU MY DOGS WILL ». Lingua Ignota est une artiste sans limite, assumant une rancœur extraordinaire, une envie d’en découdre dans le sang. Il n’y aura pas d’introspection ici, mais une incroyable déclaration de haine à tous les oppresseurs (et à son bourreau à elle, Lingua Ignota connaissant bien le sujet). C’est une œuvre qu’on voudrait jeter à la gueule de tous ceux qui relativisent, de tous ceux qui font la fine bouche en te parlant de l’homme et l’artiste, de tous ceux qui sortent l’argument « bisounours » à chaque fois qu’ils entendent un truc censé. CALIGULA est cathartique, traumatisant et donc inoubliable.

🐴 Cate Le Bon - Reward

Vous ne pouvez pas vous planter avec celui-ci, le titre de l’album est très clair là-dessus : satisfaction garantie. En plus c’est une amie et compatriote galloise de John Cale, voyez, c’est du tout cuit. Reward est un album pop tricoté avec une grande finesse, multipliant les arrangements malins sans surcharger la barque. Il y a du piano et des guitares, des cuivres et des percussions variées, mais rien qui vient vous hurler une virtuosité barbante dans les oreilles. Les chansons parlent de rupture et d’évasion, mais la voix adorable de Le Bon, toute en candeur et en retenue, interdit toute lamentation. Ce sont les grands bouleversements intimes que l’on célèbre ici, ceux qui vous font quitter une vie pour une autre. Les mauvais souvenirs dont on se détache pour se découvrir une nouvelle liberté. A écouter lors d’un long départ en vacances, en fin d’après-midi, lorsque le ciel est rougeoyant, et en train, de préférence.

🐴 Angel Olsen – All Mirrors

Un disque de pop orchestral d’une grande élégance, où les cordes et les nappes synthétiques se mettent mutuellement en valeur, occasionnant des instants magiques d’une grande puissance dramatique. Le climax du morceau éponyme est, à ce titre, l’un des plus beaux moments de mon année musicale. Une œuvre qui ne fait que prendre de l’ampleur à chaque nouvelle écoute.

🐴 Purple Mountains – Purple Mountains

Ah oui, ça c’est le crève-cœur de l’année. Ce sera donc l’unique album de Purple Mountains, le retour inespéré du génial David Berman, 11 ans après la sortie du dernier Silver Jews. Mais à peine revenu, Berman est déjà reparti, puisqu’il s’est foutu en l’air un mois plus tard. L’œuvre éponyme de son ultime formation offre un rock désabusé et goguenard, deux caractéristiques qui vont bien à ce pote de Stephen Malkmus (Pavement). Les textes rentrent dans le vif du sujet, et la noirceur serait désamorcée par l’humour jaune du chanteur s’il n’y avait eu cette issue fatale. Hors contexte, c’est une expérience douce-amère qui dégage une certaine chaleur. Mais quand on connait la fin, c’est un album poignant qui s’écoute avec une boule dans la gorge.

🐴 Sunn O))) – Life Metal

En cette année trouble où beaucoup ont sous-estimé les vertus d’une gueule bien fermée, qu’il est bon de voir sortir non pas un, mais bien deux albums de Sunn O))). Sorti en octobre, Pyroclast se veut du drone métal ludique : il vous donne la gamme pour chaque titre, pour pouvoir essayer de faire pareil chez vous. C’est le disque dont vous êtes le héros. Life Metal est peut-être plus aérien, la pochette est peut-être plus belle, mais il est surtout plus long, et c’est pour ça que c’est lui qui se retrouve dans le top.

🐴 Swans – leaving meaning.

Ces feignasses de Swans nous ont sorti un album d’à peine une heure et demi cette année. Et en plus le son s’est apaisé, la voix est plus présente qu’à l’accoutumée, bref, d’ici quelques temps il va falloir s’attendre à retrouver la bande de Michael Gira sur RTL2. On plaisante, mais leaving meaning. est peut-être bien l’opus le plus « accessible » de ce groupe aux visages multiples. C’est une messe noire sonore, une incantation qui vous met en état d’hypnose exquis. Comme les autres mais pas pareil.

Leave a reply