Sign in / Join

[ARTICLE] Le JAPAN TOUR de Jean Jean vu de l'intérieur.

Il y a quelques temps (mais en années, quand même). Nous avions demandé à Jean Jean de prendre avec eux des appareils photos jetables et de photographier les quelques jours qu'ils allaient passer au Japon.
À l'arrivée c'est un long compte-rendu agrémenté de ces clichés qui est tombé sur notre bureau.
Puis ce texte et tout ce qui l'accompagne on été oublié, jusqu'à aujourd'hui.
Voici leur histoire.

(Si vous trouvez ça trop long, les photos sont à la fin)


Jeudi 2 Novembre

Le jour se lève et notre avion semble se poser sur l’eau : heureusement l'aéroport d’Osaka flotte. L’extrême efficacité japonaise s’exprime dès les premières minutes : nos bagages ont déjà été sortis du tapis de collecte, et rangés ensembles. La première mission qui consiste à trouver le bon bus qui va nous amener à Kobe est bien trop aisée : il y a tous les 20 mètres quelqu’un qui meure d’envie de nous aider, avec nos tête d’ahuris.

Le bus file à travers le soleil dans la baie d’Osaka. À notre gauche, la mer et d’impressionnantes constructions industrielles, usines, raffineries. À droite la ville, dense et infinie. Les ponts n’arrêtent pas de se croiser et de se transformer. Oh, une usine en forme de chien. En arrivant à Kobe, on se rend vite compte que notre pocket wifi ne nous empêchera de nous perdre. Il y a tellement de chemins différents sur un même axe vertical que le géolocalisation pète une durite.

Allons découvrir notre premier Hôtel Capsule. L’ultra-organisation rend nos habitudes françaises complexes :
- chaussures interdites, remplacées par des chaussons. Attention, il y a plusieurs types de chaussons, dont une paire qui ne s’utilise qu’aux toilettes. Je partirais évidemment avec à chaque fois.
- toutes vos affaires doivent tenir dans un casier. Vos instruments ont intérêt à ne pas être trop épais.
- salle de bain commune, où tout est prévu pour vous sauver en cas de cuite après le boulot : brosse à dent, dentifrice, gel douche, shampoing, sèche cheveux.

La ville semble si calme, où sont ses habitants ?
Allons faire du bruit, pardon des balances, pour notre premier live. Le Art House est un petit club parfaitement conçu, avec une vraie scène et des énormes wedges, qui doivent faire la taille d’une Twingo chacun. Nous sommes accueillis chaleureusement, avec un peu de timidité partagée qui nous entoure d’un voile de mignonnerie. Les autres groupes commencent leur soundcheck : ça joue très très très très fort. Tout le matériel dont nous avons besoin est là, mais nous avons du mal à sonner correctement. Une de mes notes de basse semble tout le temps désaccordée, mais pas les autres. Très étrange.

Quelques bières + une extrême fatigue + une projection en boucle de Tom et Jerry sur écran géant = une impression d’être totalement défoncé. J’ai du mal à tenir debout durant les 2 premiers groupes, mes yeux se ferment comme des ressorts. Ce soir sera mon premier concert dans Jean Jean, et comme souvent pour les premières fois, c’est pas génial. Je stresse comme si j’avais 15 ans, et j’oublie des petites choses un peu partout. L’ambiance est tout de même bonne dans la salle, et le public semble adhérer. Nous vendons quelques CDs, que nous avons envie de proposer à « prix libre » : un concept compliqué à expliquer à des japonais, et surtout à faire accepter. L’idée qu’ils doivent choisir eux même le prix les gêne affreusement.

Les autres groupes du soir ont un jeu de scène très énergique, ils donnent tout. David (notre booker) et ses amis nous proposent un karaoké, mais la fatigue est plus forte que la fête. Les capsules de notre hôtel sont bien confortables, même avec des inconnus à 10 cm de nous.

Vendredi 3 Novembre

Premier Day off.
Avec toute l’excitation d’être ici, Édouard s’est levé en pleine nuit pour aller explorer la ville. Il nous amène vers un petit restaurant qu’il a repéré quelques heures plus tôt. Comme nous avons bien conscience que le concert d’hier soir n’était pas génial, nous réservons un studio de répète afin d’ajuster les lacunes de notre set. En attendant notre heure, nous nous baladons dans un parc qui abrite une joli temple, en tirant nos 2 tonnes de bagages sur la terre et le bitume. Il nous faut trouver un diable pour rajouter quelques roulettes à nos instruments. On nous conseille d’aller au magasin « Donquichotte » : une sorte de « Foire-Fouille » puissance 1000, avec tout et n’importe quoi sur 4 étages très très chargés. Avec une migraine ophtalmique qui commence à monter, j’ai l’impression d’être sous LSD. Nous passons devant un magasin qui diffuse en boucle une adorable petite musique, avec un petit lapin en guise de logo : c’est une agence immobilière.

Afin de profiter du beau temps, nous nous mettons en chasse d’une Skyline. La ville est toujours aussi paisible. Une bande de jeunes dans le vent nous indiquent le chemin de la skyline sur fond de Ed Sheeran, et en profitent pour faire quelques photos avec nous. C’est fou comme les japonais ont un rapport très codifié avec les photos : dès qu’ils voient un objectif, ils deviennent instantanément quelqu’un d’autre - leur version kawaï la plupart du temps - pour poser. On pense trouver l’immeuble et l’étage de la skyline, bien que tout soit écrit en japonais. En réalité, nous sommes dans des bureaux, qui ont cependant une superbe vue comme nous en cherchions. Sur une petite table, un écriteau indique : « cet endroit est interdit aux personnes non-employées par l’entreprise ».

En nous rendant vers le port, je croise la route d’un vélo appelé « Fromage ». J’étais déjà au courant que le français était souvent utilisé de manière aléatoire au Japon, notamment pour des marques et des magasins, mais je ne savais pas que l’obsession allait jusque là. Un contest de skate a lieu sur le port, l’occasion de se reposer quelques minutes dans les gradins, et pour Maxime de faire quelques photos. Nous commandons quelques bières dans un foodtruck, amenées par 2 énergumènes bien arrachés, qui nous ont manifestement pris pour des espagnols, et se foutent clairement de notre gueule (bien que les 2 ne soient pas forcément liés).

On nous avait prévenu que manger végétarien au Japon serait très compliqué, et c’est effectivement le cas. Autant en « profiter » : nous sommes à Kobe, allons donc gouter ce fameux boeuf de Kobe. C’est effectivement très bon, quoiqu’un peu écœurant : chaque morceau semble être une mélange de viande et de beurre fondu. Nous devons vite activer nos « Rails Pass » (sorte de carte Navigo pour les étrangers, qui englobe la plupart des trains au Japon) avant demain, car nous partirons trop tôt pour le faire. Heureusement, il est possible de le faire dans la gare la plus proche d’où nous sommes, une fois que nous avons compris que le nom de la gare n’est PAS celui indiqué sur notre brochure. Osaka = Kobe, il suffisait de le deviner.

En retournant à l’Hôtel, je me rend compte que les vélos ont réellement des noms français improbables, que je commence à documenter. Après avoir de nouveau croisé la route d’un vélo « Fromage », on rigole en se disant qu’il serait encore plus génial de trouver un vélo « Raclette ». 2 minutes plus tard, il apparait devant nous. En ajustant notre futur réveil à 4h00, on se rend compte qu’un tronçon de notre futur trajet n’est en fait pas couvert part le Rail Pass. Aucun trajet alternatif ne nous permet d’arriver à l’heure à Tokyo… Tant pis, nous ferons honneur à la France en fraudant.

Samedi 4 Novembre

Vite, se lever. Vite, trouver la bonne direction dans la gare vide. Le Shinkansen est assez confortable pour s’y endormir paisiblement… avec en filigrane le stress de voir un contrôleur arriver. Ce qui se produira au bout du 3ème arrêt, lorsque nous entrons dans la zone interdite. Le contrôleur nous indique de nous devons sortir à la prochaine station, car bien sur, notre pass ne couvre pas ce tronçon. Édouard, qui est en première ligne, joue la carte du « désolé je n’ai pas compris ». Nous restons donc dans le train. Le même contrôleur revient quelques temps plus tard, et dévisse totalement en voyant que nous sommes toujours là. Il nous demande de payer une amende. Mais il n’accepte que le cash, et nous n’avons que nos cartes. Beaucoup trop gêné par cette situation apparemment inédite pour lui, il lâche l’affaire. Désolé le Japon, on avait pas le choix. Le mont Fuji défile à notre gauche, juste le temps de faire quelques photos.

Nous nous arrêtons à Yokohama, pour prendre un autre train qui doit nous amener chez David, à Machida, dans la banlieue de Tokyo. Nous prenons le petit déjeuner devant une boulangerie remplie de choses très appétissantes. Le Japon est très doué pour rendre la nourriture appétissante. Parfois, moins pour le goût, en particulier le sucré. Le sandwich de nouilles et le beignet fourré à la pâte de haricots rouges est néanmoins un énorme oui. Le quartier est très calme et très mignon, contrairement à nous, qui déambulons au milieu des petites maisons avec nos énormes valises qui font un bruit pas possible sur le goudron. Chez David, nous rassemblons et trions tout le merchandising pour le ramener avec nous : K7, CDs, Vinyls, Badges, Tote Bags, stickers.

C’est une lutte de chaque instant pour rejoindre une nouvelle gare, qui semble beaucoup plus lointaine que prévue. Édouard tente sa meilleure imitation d’Antoine de Maximi et essaye de convaincre plusieurs conducteurs de camions (des mini camions tout mignons, je précise) de bien vouloir amener là bas. C’est logiquement un échec. Nous prenons donc le bus jusqu’à la gare de Machida, pour reprendre un train direction Shinjuku, le quartier de Tokyo où nous allons jouer cet après-midi. À Shinjuku, on cherche un « coin locker » (une consigne), afin d’y laisser une partie du merch pendant les 3 prochains jours. Mais ils semblent tous indisponibles jusqu’à la date qui nous intéresse, pour « des raisons de sécurité ». Nous apprendrons plus tard qu‘à cause de la visite de Donald Trump, tous les « coin lockers » de la ville sont bloqués.

Aujourd’hui nous jouons au Bahamas Fest, la date la plus importante de notre tournée. Le club où nous jouons se situe au 5ème étage d’un immeuble. Au Japon, un même immeuble peut contenir : un centre commercial, un coiffeur, un magasin de disques, un restaurant, un dentiste… en Europe, nous n’avons clairement pas le même rapport à la verticalité.
L’équipe du festival nous réserve un accueil chaleureux. L’espace est exigu, les loges sont minuscules mais tout le monde fait des efforts pour que cela fonctionne. On rencontre Take, l’assistant de David. Un tout jeune homme ultra stylé et très marrant, qui va vite devenir notre ami. Il nous aide d’emblée sur bien des plans, et notamment à nous faire comprendre auprès des autres, qui ne parlent pas aussi bien anglais que lui.

Malgré quelques moments de panique dus à mon setup pas encore apprivoisé et de la maladresse (salut le débranchage de multiprise en plein morceau), le concert est très bien reçu. Improbable, un ancien collègue de boulot qui était aussi à Tokyo est venu nous voir, cool de sa part. Je file avec Maxime faire le check-in de notre Airbnb, pendant que Sébastien et Édouard tiennent le stand de merch. Il commence à faire nuit, le vent se lève et la pluie arrive. Les 2 membres du groupe Agatha (qui jouait aussi aujourd’hui) nous voient en train de regarder notre plan imprimé et proposent de nous aider à trouver notre chemin. En fait non, ils vont carrément nous accompagner jusqu’à la bas, comme ça ils pourront traduire nos échanges avec l’hôte si jamais c’est nécessaire. Mais quelle gentillesse ! On discute sur le chemin, et je leur explique ma nouvelle passion pour les vélos à noms français bizarres. Ils se prennent au jeu et m'aident à en trouver. Je fais donc quelques belles prises, que je leur traduis sur le champ. Ils sont très étonnés et m’avouent n’avoir jamais remarqué tout cela.

À la salle, Séb et Édouard croulent sous les demandes d'autographes. Le merch s'écoule non stop, et nous n’avons déjà quasiment plus de CDs ! Les japonais sont encore très attachés au format CD, contrairement à nous. Les séances photos s’enchainent avec plein de personnes beaucoup trop gentilles. En étant debout depuis 4h du matin, nous sommes exténués, mais il est important de rester jusqu'à la fin des concerts. Il y a quelques petites règles japonaises, qui dans le cadre de concerts, permettent à tout le monde de bien se rencontrer et de créer de la cohésion. Avant chaque concert, tous les groupes sont présentés les uns aux autres lors d'un "pre show meeting". Une fois que les concerts commencent, tous les membres des groupes restent pour assister à tous les concerts jusqu'à la fin. La gentillesse de tout le monde donne définitivement envie de rentrer dans le rang. Tant pis pour la faim.

Nengu, le dernier groupe de la journée, est totalement fou, autant techniquement qu’artistiquement. Ils jouent au milieu de la foule, et balancent entre les morceaux des blagues qui semblent faire marrer tout le monde. Tout le monde veut continuer à faire la fête, mais nous sommes bien trop fatigués et affamés. Les au-revoir sont nombreux et émotifs. Après avoir posé les affaires à l'appartement, nous ressortons diner à peine quelques mètres plus loin, car il y a des restaurant partout, ouverts à toute heure.

Dimanche 5 novembre

Ce soir nous jouons à Yokohama, et c’est un métro de banlieue qui nous y emmène. La ville défile, mais ne s’arrête jamais, beaucoup plus dense que nos banlieues françaises qui se transforment vite en campagne. Après vérification, il semble que la vraie campagne commence qu’à 80 km du centre de Tokyo. Pour ne pas arriver en retard, nous faisons la queue pour un taxi. Démonstration des nombreux métiers de service au Japon : il y a même un employé pour désigner les taxi aux personnes qui attendent, et leur proposer le véhicule adapté à leur besoins. Nous sommes 4 et chargés, nous aurons donc un minivan.
L’incompréhension avec le chauffeur est totale au moment de lui expliquer notre destination, un petit lieu bien underground, sur nos téléphones en alphabet occidental. Nous finissons par comprendre qu'il a en fait des problèmes de vue, et qu'il faut agrandir le texte sur l'écran. Il commence à taper les 3 premiers caractères de l'adresse, puis s'arrête et nous dit "ok". Son GPS est apparemment medium.

Le Studio Olive est une nouvelle fois un lieu situé dans un immeuble, au 4ème sans ascenseur. C'est un studio de répète, nous allons donc jouer dans une salle de répète. Comme toujours, l’endroit est bien équipé en amplis, avec tout ce dont nous avons besoin. Comme à la maison. On file prendre à manger avant le pre-show meeting. Tous les groupes se montrent très accueillants. La timidité des japonais semble insurmontable au premier abord, mais il suffit d'une toute petite accroche (un acte de bienveillance, une blague, un commentaire) pour que le dialogue s'amorce. C'est souvent très dur se comprendre à 100%, dans les 2 sens, mais l'envie de partager un moment est très forte chez eux. Peut-être sont-ils très isolés dans leur vie quotidienne ? Ou bien c'est peut-être l'attrait de "l'étranger" qui vient rarement jusqu'ici.

Le public est composé majoritairement des groupes qui jouent ce soir. Les concerts s'enchaînent avec cette même fougue, et ces mêmes moments de flottement entre les morceaux. De notre point de vue français, nous trouverions ça immédiatement gênant. Mais eux semblent cultivent ces pauses, en parlant assez longtemps avant de se remettre à jouer. Nous sommes évidemment très curieux de savoir ce qu'ils racontent. Il fini toujours par y avoir une petite blague qui fait rire l'assemblée, et toujours un mot gentil en anglais pour nous : "Thank you Jean Jean, welcome to Japan". Ils sont hyper reconnaissants de notre venue, peut-être parce qu'ils vivent sur une île. Leur côté très timide et réservé peut s'effacer en une seconde pour répondre à une situation qui appelle à autre chose : faire une photo, une blague, un au-revoir... c'est pareil sur scène, ils se donnent à fond sans aucune retenue. Ils sont à la fois raisonnables et passionnés, et chaque moment à ses règles et ses limites, beaucoup plus clairement qu’en France où tout fini par se mélanger de manière ambiguë.

En écoutant les paroles des morceaux joués depuis ces quelques jours, je me rend compte que les japonais se ré-approprient l'anglais à leur façon - avec leur grammaire ou leurs envies peut-être - mais en l’assumant totalement. Ils s'en foutent de ne pas être "corrects" dans leur utilisation de la langue, et ils vont à fond dans leur plaisir de l'utiliser. C'est une façon de vivre un fantasme de culture américaine et anglaise : ils ont leur propre anglais, juste parce que ça sonne bien et que c'est « cool ». Je crois que j’aime cette approche, car je la trouve plus sincère que celle de tenter d’être parfaitement anglais ou américain, alors qu’on ne l’est pas.

Notre concert se passe bien, plus détendu que les premiers soirs. Devant le stress lié au peu de temps dont nous disposons pour balancer et nous installer, j'ai essayé de simplifier mon setup en supprimant un de mes 4 instruments. Exit les voix de fantômes, pour le mieux. Sébastien joue malheureusement sur un ampli trop faible pour qu'on l'entende, mais on fait avec. Tak du Bahamas Fest est venu nous revoir et il a l'air aussi content que nous de le retrouver. Il en devient émotif quand on lui donne un peu de notre merch en cadeau, pour le remercier de nous avoir aidés hier.

La photo collective des groupes se transforme en compétition de « saiko » (qui veut dire « prêt », sous entendu à faire les fous ou la fête), que l’on interprète comme « psycho ». Mais clairement le niveau est trop élevé pour nous. C’est encore très dur de faire les adieux à tout le monde, beaucoup de câlins sont distribués et reçus. Nous devons filer pour attraper le dernier train qui nous ramènera à Tokyo. Une charmante jeune femme nous escorte jusqu'à l'arrêt de bus que nous ne trouvons pas, pour retourner à la gare.

De retour à Shinjuku, un sushi bar nous tend les bras et assouvi les fantasmes culinaires de presque tout le monde. Nous faisons un détour par une salle de jeu avant d’aller dormir, prendre un shot de bruit intense dans les oreilles, jouer à Mario Kart et au fameux jeu des tambours, qui éclate les touristes du monde entier depuis plus d’une décennie.

Lundi 6 Novembre

Pas de train derrière lequel courir aujourd’hui, nous allons jouer dans le quartier où nous sommes déjà. Nous avons donc le temps de nous balader un peu et visiter quelques magasins d’occasion qui nous promettent beaucoup trop de choses. Après un magasin de photo dans lequel Maxime trouve un nouvel objectif, direction Echigoya, un des magasins de synthé de Shibuya. Édouard repart avec un MS-20 qu’il avait repéré, le coquin.

Marz, la salle qui nous accueille ce soir, est la plus grande de la tournée - l’équivalent d’un Nouveau Casino. Le son est juste parfait, et l’équipe technique est d’une efficacité remarquable. On ne s’est jamais aussi bien senti sur scène depuis le début. Avant le début des concerts, nous avons une mission à accomplir : trouver un « coin locker » ou un endroit dans lequel laisser une partie de notre merch, car nous repartons de Tokyo demain pour plusieurs villes avant d’y retourner. On courre après les points de GPS dans tout le quartier, mais aucun ne nous permet d’y laisser nos affaires plus d’une journée…

Le concert est une belle fête, et pas seulement pour nous : tous les groupes sont excellents, et le public est au rendez-vous. L’approche musicale japonaise, quelque soit le style joué, me rappelle l’architecture de leurs villes : un enchevêtrement d'immeubles dans tous les sens, à multiples niveaux, mais toujours structuré, avec pile la place qu'il faut entre les éléments pour qu’ils puissent vivre. L’after-show nous permet de faire plus ample connaissance avec les autres musiciens, tous plus gentils et généreux les uns que les autres. Toshi, un ami d’Édouard qui est venu au concert, nous sauve la mise pour nos soucis de bagages : il nous propose de les récupérer chez lui pendant quelques jours, ce qui nous permet d’économiser un peu d’argent, et surtout de l’énergie. L’esprit de la fête est là, et les australiens de Seams nous proposent un karaoke. L’équipe de la salle nous donne un DVD, sur lequel tout notre concert a été filmé, à l’ancienne. Des au-revoirs à n’en plus finir, et nous sommes comme toujours très décalés pour aller diner. La mission de trouver un plat sans viande semble vraiment impossible : même les plats indiqués « végétariens » contiennent des petits bouts de porc. On se rabat donc sur des petits desserts étranges au 7-Eleven, à déguster devant le live « MCM’98 » du DVD. On a clairement pas envie de dormir, mais demain va être une grosse journée pour nos petits bras.

Mardi 7 Novembre

Première mission de la journée : retrouver Toshi, afin de lui donner une partie de nos affaires pour alléger autant que possible les prochains jours sur la route. La lutte de samedi dernier nous ayant vaccinés pour quelques jours, on se paye le luxe d’aller en taxi au lieu de rdv. Ensuite, il nous faut rejoindre la gare d’Akihabara pour attraper le Shinkansen qui nous emmènera à Nagoya. Cette fois-ci, notre carte de transport est bien en règle.

Nagoya est une ville qui semble avoir été construite avec un problème d’échelle : tout est beaucoup trop GRAND. Les rues, les immeubles, les espaces intérieurs, tout est vertigineux et semble se trouver à des distances bien trop éloignées. L’hôtel Capsule où nous devons faire notre check-in se trouve dans un des ses gratte-ciels, entre 4 centres commerciaux qui s’étendent sur 5 étages chacun (j’exagère à peine). L’accueil se déroule normalement, mais après avoir payé nos « chambres », l’employé demande à Édouard de se retourner. Il fixe son tatouage, bien visible derrière son cou. L’employé nous tend une feuille plastifiée, sur laquelle se trouve le règlement de l’hôtel. Un des points indique : « Les personnes fortement alcoolisées ou tatouées ne peuvent pas utiliser les installations ». Merde. C’est assez drôle de mettre dans le même sac les tatoués et les bourrés, mais ça s’annonce mal. Commence alors un dialogue de sourd, car bien-sur personne ne parle correctement anglais derrière le comptoir. Les interlocuteurs changent, mais le message reste toujours « non ». On se rappelle avoir entendu que les personnes tatouées ne peuvent pas utiliser les bains public. Peut-être que le règlement parle juste des douches ? L’employé perd patience et montre Édouard en lui disant « You. Leave ». Puis un écran avec la traduction approximative « I can’t stay here ». Ok, au moins c’est clair. Remboursement, au revoir, et pas merci.

En bas de l’immeuble, nous re-croisons la jeune fille qui nous avait si gentiment montré le chemin de l’hôtel, 15 minutes auparavant. « No hotel because he has a tattoo ». Elle est extrêmement gênée, mais on ne sait pas si c’est parce qu'elle est d'accord avec ça, ou parce qu'elle sait que « c’est comme ça et c'est tout ». Nous en parlons à David, qui nous répond sans surprise que oui, dans certaines villes ces choses-là sont courantes. Cela aurait été pratique de le savoir ! Les traditions sont encore bien ancrées dans certaines régions, où les tatouages sont perçus comme un signe d’appartenance aux Yakusas. Evidemment, avec nos têtes d’abrutis d’occidentaux, impossible de nous prendre pour des Yakusas. Le respect des règles qui nous avait paru si mignon jusqu’à présent prend une autre saveur. La petite phrase écrite sur la feuille plastifiée a plus de valeur que toi, petit occidental qui vient de payer ta chambre, car elle a été rédigée par ma hiérarchie à qui je dois allégeance suprême, alors va-t’en.

Vite, trouver un hôtel en urgence. Nous localisons un autre Hotel Capsule près de la gare, mais il semble assez miteux. L’accueil est froid. Normal, nous arrivons AVANT l’heure prévue pour les check-in, on ne respecte rien ! Mais il reste des chambres. On tente, c’est pas comme si on avait le choix. Il nous reste un peu de temps pour déjeuner avant d’aller à la salle de concert. Afin de continuer à glisser dans cette belle spirale de loose, on choisi le pire plat possible dans le restaurant d’à côté, le seul ouvert à cette heure-ci. Allez vite, un taxi pour aller faire les balances. Un peu de répit en arrivant au club, qui est une petite salle très sympa comme les précédentes, avec toujours le même parc de matériel qui nous ravi. Les autres groupes semblent moins accueillants qu’avant, mais tout de même plus sympa que 90% des groupes de chez nous (allez, une petite pique ça fait du bien).

Au moment de commencer, il n’y a pas grand monde. Le même album des Beastie Boys (« To The 5 Boroughs ») passe en boucle depuis plusieurs heures, ce qui crée une ambiance assez étrange, et achève de nous faire passer dans une dimension parallèle : un monde dans lequel on peut danser de n’importe quelle façon sur n’importe quoi, sans en avoir quoique soit à foutre. Le concert se déroule bien, l’ambiance est bonne dans le public. Notre set commence à être bien rodé, ce qui facilite surement la chose. Mais la fête commence réellement à l’after-show, où tout le monde passe de « détendu » à « maboule », après quelques shots de Tequilla distribués par on ne sait plus qui. Des battles de danses nulles s’improvisent, les photos et les vidéos honteuses sont de mises, jusqu’au moment où Sébastien rentre tout simplement DANS le t-shirt d’Édouard, pour faire un shiva multi-bras.

Nous dinons juste à côté du club, dans un restaurant totalement vide, mais accueilli par un serveur d’une gentillesse extrême, qui nous fait découvrir les tempura de fromage.
Et l’hôtel capsule que nous avons trouvé en dernière minute est finalement totalement ok. Un partout, Nagoya.

Mercredi 8 Novembre

Nous avons quelques heures devant nous avant le premier RDV de la journée, chez le label Stiff Slack, à qui nous aimerions faire écouter notre nouvel album. Nous les perdrons en testant une de ses fausses boulangerie de luxe à la française (le meilleur pain aux raisin de ma vie), en errant dans les rayons vêtements et en nous perdant dans l’immense gare / centre commercial où les niveaux ne communiquent pas, pour ajouter du fun. Le trajet en métro puis à pied pour arriver chez Stiff Slack se révèle être une bonne grosse lutte, mais nous sommes quand même à l’heure. La lumière et l’ambiance de cette ville sont très étranges. Tout semble si lointain et un peu « faux », comme un parc d’attractions pour géants. La boutique de Stiff Slack est elle totalement en décalage, on s’y sent bien et on aurait envie d’y rester toute la journée à écouter des disques inconnus et tester des pédales d’effets bizarres.

Retour à la merveilleuse gare de Nagoya, pour filer à Kyoto. Cette fois encore, il nous semble que le trajet du Shinkansen c’est pas supporté par notre Rail Pass… mais les agents de la compagnie (JR - Japan Rail) nous disent que si, alors on y croit. On suit la tradition des salary man en prenant chacun un délicieux bento pour le déguster pendant le trajet. Le rapport des japonais à la nourriture est étrange pour nous : elle est présente partout (dans les publicités, à travers les centaines de restaurants à tous les coins de rue), et pourtant il ne prennent jamais le temps de savourer ce qu’il mangent. C’est un mélange de « manger est un plaisir », et de « manger est une perte de temps ». La viande est très présente et c’est quasi-impossible de manger végétarien, à moins d’avoir beaucoup de temps à y consacrer. Et pourtant, il n’y a presque aucune personne obèse dans les rues. Même nous qui sommes très décalés dans nos repas à cause de déplacement, nous commençons à perdre du poids.

Un contrôleur arrive vers nous : non, nous ne devrions pas être dans ce train. Nos explications de touristes faussement paumés appellent son extrême indulgence, d’autant plus que nous descendons au prochain arrêt. Le trajet fut très rapide. La gare de Kyoto et ses environs, en tout cas sous la pluie, ressemblent énormément à Nagoya. Petite déception par rapport à nos fantasmes de ville traditionnelle. On opte une fois de plus pour l’option taxi afin d’arriver à temps au Club « Gattaca ». Le chauffeur est d’une gentillesse monstre et se montre ultra motivé pour nous aider. Ce qui défile devant nos yeux semble nous indiquer que Kyoto est une ville sans grande personnalité, en tout cas en son centre.

Le Gattaca est de nouveau un club en étages, et c’est un super chouette endroit. Le régisseur prend bien soin de nous, et nous avoue qu’il est déjà fan du groupe. Il y a beaucoup de groupes à l’affiche ce soir, tous très différents mais qui maitrisent bien leurs styles. Nous verrons ce soir le premier one-man band vu de la tournée, et cela fait beaucoup de bien, après le déluge habituel de notes et de rythmiques barrées. Un autre groupe de New Wave continue de nous aérer l’esprit. Il n’y a pas grand monde pour le concert, mais l’ambiance est bonne, alors que tout le monde était plutôt coincé. Cela se décoince encore plus à l'after-show, où tout le monde rigole bien et les photos collectives commencent à pleuvoir. Nous avons une petite part de pizza en guise de diner, mais ce n’est pas suffisant pour nos gabarits hors normes dans ce pays. On s'arrête donc dans un restaurant « chaine » (Yoshinda), que l’on voit partout depuis plusieurs jours. Pas cher, mais pas terrible non plus. Pour arriver à l’hôtel, le taxi nous emmène dans un quartier très clean mais sans âme, une sorte de mini Champs-Élysées. Ce sera le meilleur hôtel de la tournée, nous avons même une chambre pour nous 4. Sébastien et Édouard finissent leur journée au spa, mais de mon côté je choisi de dormir plus.

Jeudi 9 Novembre

Après un petit déjeuner avalé dans une de ces chaines de café « lounge » polluées par de la bossa nova, on décide de profiter de quelques heures libres pour faire une mission banlieue. Au Japon, les magasins d’occasion « Hard Off » sont souvent placés en périphérie des grandes villes, et recèlent de bonnes affaires pour le matériel musical. Maxime décide de rester travailler au Café sur ses photos en gardant nos bagages, pendant que nous partons la tête pleine de claviers rêvés à 5€.

Les rames du métro de Kyoto semblent venir d’un autre temps. On se croirait dans l’Orient Express, le luxe en moins. Plus nous nous éloignons du centre, plus la population semble vieillir. Nous attrapons un bus, pour traverser quelques quartiers résidentiels et s’enfoncer dans une zone industrielle. Tout est calme, mais le vent souffle fort et froid.
« Hard Off » est vraiment le paradis de l’occasion pour la musique, la photo et les jeux vidéos. Nous trouvons chacun des choses très tentantes à ramener, mais bien trop grandes à transporter. Nous repartons chacun avec une pédale d’effet, et pour moi avec en plus un Street Fighter 2’ version Megadrive, que je cherchais justement en version japonaise. Comme dans tous les magasins japonais, il y a un jingle ; et celui-ci tourne en boucle toutes les 30 secondes. Il est aujourd’hui encore imprimé à vie dans nos cerveaux, alors imaginez ceux des pauvres employés ! (qui se montrent adorables avec nous). A savourer ici : 🎼

Retour à Kyoto, afin de trouver un endroit pour déjeuner. On se perd dans un centre commercial géant, avec des étalages - faussement - authentiques pour attraper le touriste. Autour de  nous, il n'y a presque que des occidentaux. Afin de retrouver un peu de calme, nous choisissons un minuscule restaurant dans lequel nous pouvons à peine rentrer nos valises… mais où il est possible d'avoir un truc sans viande ! Bonjour voici les meilleures nouilles de votre vie, accompagnées d’un thé au sésame. Nous reprenons le train des années 30, qui nous conduit jusqu'à Osaka. Le trajet est baigné d’une lumière magnifique, presque surnaturelle, jusqu'au soleil couchant.

Comme nous sommes dans les temps, nous nous dirigeons tranquillement vers la salle. Quasiment arrivés, on se fait alpaguer par une femme au look très poussé (burlesque-geisha ultra maquillée). Elle nous demande si nous cherchons le club « Hokage »… Comment le sait-elle ? Il s'agit en réalité de la bookeuse d'un des groupes avec lequel nous allons jouer ce soir. Nous sommes apparemment en retard (petit problème de feuille de route) pour les balances, et elle nous presse donc de la suivre pour remettre l’organisation sur les rails. L’endroit semble plus « DIY » que les autres clubs où nous avons joué : il n’y a pas de scène, et tout est assez crasseux. On se croirait en Europe ! On expédie les balances en 20 minutes, et ça sonne déjà très bien. Le sondier et le manager du club nous inondent de bonnes vibes. Oui, de bonnes vibes, jah-man.

Nous avons le temps de faire une petite balade dans le quartier avant que les concerts ne commencent. Osaka semble être beaucoup plus « détendues » que les autres villes japonaises visitées jusqu’à présent. On retrouve l’ambiance de Tokyo, mais en plus "rock". Il y a plein de musique qui résonne dans les rues, les looks sont plus extravagants, des skateurs dans tous les parcs. Un de nos nouveaux amis rencontré à Kobe la semaine dernière est venu ce soir ! C'est drôle de le voir bien apprêté en costume, sortant du travail, alors que la dernière fois il était tout débraillé (sur scène) et un peu bourré (en loge). C'est l'occasion d’apprendre à le connaître un peu plus personnellement, hors de sa vie musicale. Les japonais semblent fonctionner de cette façon : une première accroche très simple, liée à quelque chose en commun, puis des retrouvailles à un autre moment, qui permettent de se dévoiler un peu plus. Les amitiés sont « raisonnables », mais portent des moments beaucoup plus intenses que chez nous. Nous faisons aussi la connaissance d'un nouveau copain très marrant, un habitué du club qui est déjà venu jouer en France avec son one-man-band.

Le premier groupe (Nemu) commence : énorme claque sonore ! Le son est ultra fort et ultra intense. Les 3 mecs ont l'air de pas déconner DU TOUT en jouant. Et bien sur une fois hors scène, ils se révèlent tous gentils. A tel point que lorsque nous voulons leur acheter un CD, ils nous le donnent. On leur donne donc quelque chose en échange… et les voilà qui nous donnent un autre CD à eux. C'est le rituel depuis le début de la tournée : on collecte plein de CDs de groupes copains. Le second groupe (Qu) est également zinzin : une sorte de fusion avec un chanteur beatboxeur en kimono traditionnel, qui imite parfaitement des scratchs de vinyle à la bouche. Où est le laptop avec la bande ? Y en a pas, c’est la bouche du monsieur.

Quand vient notre tour de jouer, c'est la mega fête. On joue hyper fort pour ne pas faire pâle figure par rapport aux autres groupes, et cela marche très bien. Et c’est parti pour les séances photos et les échanges de merch avec les autres groupes. Un diner collectif avec tout le monde s'organise dans un restau à côté, y compris nos 2 potes et une fille déjà ivre morte qui ne tient plus debout. Nous sommes tous assis au sol autour d’une grande table, en chaussettes. Bienvenue au pays de la senteur du pied. 3 réchauds arrivent, avec d’énormes marmites remplies de bouillon de légumes, et de choses non identifiées : du poulet et intestins de boeuf. Pas facile… Impossible à mastiquer, les bouts restent en bouche pendant des plombes, et il serait bien sur très impoli de le recracher. Des nouilles et du tofu arrivent à la rescousse de nos mâchoires en mousse. Les verres de bière ne désemplissent pas. La fille bourrée s'appelle May, et elle tourne en boucle sur 2-3 sujets, aggravé par son niveau d'anglais. Nous sortons du restaurant vers 3h du matin. Le temps de faire des au-revoirs intenses comme à chaque fois, nous sommes dans nos capsules à 3h30. Le check out est à 10h, mais nous sommes tous seuls à notre étage. Cool.

Vendredi 10 Novembre

Aujourd’hui est notre second day off, mais nous avons quand même un gros trajet à faire, avec plusieurs étapes. Un avis collectif s’impose : le jazz vocal dans les cafés-brunch, NON.
Nous profitons d’une courte balade dans les rues d’Osaka avant de prendre le train pour faire quelques photos, car la lumière est magnifique. Nous devons nous rendre à Shin Osaka, d'où part le Shinkansen qui nous ramènera à Tokyo. Nous nous faisons une grosse frayeur en prenant à manger sur le quai, à force d’être trop détendus : à une minute près, au revoir le train. Le train qui est quasi vide, très agréable. Le paysage défile, avec cette lumière toujours aussi intense, clairement différente que celle qui nous éclaire en France. On a envie de tout photographier et tout filmer.

Notre premier arrêt est à la gare de Tokyu. Nous attendons de savoir où retrouver Toshi, notre ami qui a très gentiment gardé nos affaires pendant les 4 derniers jours. En attendant sa réponse, on improvise une session « video de danse » au milieu de la foule, parce-que pourquoi pas ! Le point de rdv est à Hongo Sanchome, d’où nous allons donc repartir chargés comme des mules, dans le métro, et à l'heure de pointe. Rarement le terme « galère » n’aura eu une place aussi grande dans nos vies. Heureusement, les japonais ont un super pouvoir : celui d’arriver toujours à respecter un espace vital, même en étant 10 par m2.

Le nouveau Airbnb où nous posons nos valises se trouve au cœur du quartier Kabukicho à Shinjuku, au milieu de minuscules rues remplies de minuscules bars et restaurants. L’endroit est beaucoup trop dense pour que Google Maps fonctionne, et les indications de notre hôte sont une succession d’ellipses. L’appartement est lui aussi tout petit (comment va-t'on tenir à 4 dans la seule et unique pièce ?…), mais plus propre et plus moderne que le premier. C’est maintenant que commencent nos dernières heures de temps libre de notre day off. On se motive à courir chez Five G - le temple de tout amateur de synthés à Tokyo - avant la fermeture. Taxi direction le quartier Harajuku. La voiture passe par des quartiers beaucoup plus calmes et des rues endormies, alors que nous restons en plein centre de la ville. Tokyo est définitivement à part des autres villes japonaises.

Chez Five G, j’ai très envie de repartir avec un Prophet 600 et une Acidlab Miami. Foutues lois de la physique. Et ce compte en banque qui ne se régénère TOUJOURS PAS automatiquement. On fait descendre la fièvre en allant se balader dans Harajuku street et Omotesando. Un petit stop à Kiddy Land, le magasin de peluches et de jouets dérivés sous acide, un must pour ramener des choses douces et absurdes à nos proches. La fatigue nous met dans un état « cotonneux », et tout nous ravi. Nous dinons dans un restaurant mi-chinois mi-japonais, rempli de vieux briscards un peu louches. Histoire de continuer le rêve, je propose une visite du Park Hyatt - un hôtel de luxe bien connu des cinéphiles - pour y boire un verre au bar situé tout en haut de la tour, avec une vue impressionnante sur toute la ville. Nous arrivons en taxi, en se faisant escorter à l'entrée comme des stars. Les vrais clients de l'hôtel se demandent qui nous sommes, avec nos fringues de tournée qui sont en gros décalage. Toujours ce petit frisson agréable de ne pas être « à notre notre place », et d'en profiter QUAND MÊME. On commande des drinks de papa, pour on les siroter lentement en s'imaginant habiter dans cet espace irréel, à la fois au coeur d’une immense métropole et totalement hors de la réalité. Passage en revue nos différentes idées d'aménagement, des plus absurdes aux plus « quotidiennes ». Le bar commence à se vider, et nous en profitons pour faire quelques photos de groupe devant la baie vitrée.

Descente du nuage en taxi, puis à pieds, le temps de prendre un nouveau dessert surprise au 7-Eleven.

Samedi 11 Novembre

Café et petit-déjeuner au Starbucks du coin, garanti sans « pa pa la pa paaaaaaa » bossa jazzy insupportable. Sébastien m'accompagne pour une mission « Book Off », la version « intra muros » du « Hard Off », qui se relèvera infructueuse. Et qui nous met en plus en retard pour filer à Machida, la ville où nous jouons ce soir. On se perd un peu dans les lignes de trains qui partent de Shinjuku, car on avait trop pris la confiance. Notre train s’appelle « Romancecar », c’était dur d’y croire.

Nous sommes un peu en retard, alors nous tentons un taxi pour arriver jusqu'à la salle. Le chauffeur, fidèle à la chaine de soumission japonaise, refuse de s'arrêter devant le club, car son GPS lui indique que c'est plus loin. On doit un peu batailler pour sortir de la voiture, alors qu’il s’en éloigne. Nous retrouvons au Club « Nutty’s » quelques amis : Shusei de Roar et les membres de Lagitagida, groupe incroyable avec qui nous avons déjà joué au Bahamas Fest. L’ambiance est très bon enfant. On attrape rapidement à manger devant un beau soleil couchant derrière les montagnes, en fantasmant un rooftop voisin pour aller prendre des photos. Maxime le fera pour nous, car c’est l’heure du "band meeting". Les groupes qui jouent ce soir sont très différents les uns des autres, mais plaisants à écouter.

Quelle fête pendant notre set. David vient poser même un freestyle sur « Konichiwa », et cela fonctionne totalement. La preuve ici : 📹
Lagitagida nous met encore une énorme branlée, musicale technique et sonore. Ce sont les Mars Volta japonais. L’after show aussi bien festif, car certains copains rencontrés lors des précédentes dates sont revenus nous voir. Nous entamons un cours de langues étrangères avec Lagitagida, très axée sur les gros mots. Nous échangeons aussi sur les différences de concerts entre le Japon et l’Europe. Ils trouvent que les japonais sont trop carrés, et nous voudrions être plus professionnels. Comme toujours, chacun veut ce qu'il n'a pas.

Nous devons filer pour attraper le dernier train qui rentre à Tokyo. Les au-revoir sont comme toujours longs et chargés en émotions. On cours dans les rues de Machida avec nos énormes valises. Nous arrivons à temps, accompagnés sur le quai de Jeremy et Tiffany de Buhu (un duo-couple américain avec qui nous avons joué ce soir) et Naoka, la photographe de Roar. On rigole bien avec elle dans le train, et comme elle connait un de nos amis, on en profite pour l’appeler en facetime afin qu'ils se voient. Il nous répond pendant son déménagement, tout en conduisant. Un peu trop d'émotions grâce à la magie du wifi. Un petit stop à l'appartement pour déposer les valises, et nous repartons à la recherche d'un restaurant qui ne soit pas un attrape-touriste. Pas facile vu le quartier et l’heure : la plupart obligent à boire au moins un verre, et chargent un supplément pour les plus de 20 ans. C’est samedi soir, il est 1h30 du matin, et c’est le mega bordel. On trouve finalement un restaurant qui veut bien de nous. Le serveur-cuisiner est très bourru, ne parle pas anglais, et le revendique. C’est mal barré, mais au final c'est quand même plutôt bon.

Dimanche 12 Novembre

Magnifique lumière pour notre dernier jour à Shinjuku. Édouard, qui se lève toujours plus tôt que nous, a fait un tour dans une brocante et a ramené un appareil photo pour 3 sous.
Nous déjeunons dans un très bon restaurant de sushi, avec un petit dernier Mario Kart à 4 au Taito Game Center en guise de dessert. Notre dernier concert est au « Live Freak », dans le même quartier. C’est encore une fois un petit club parfaitement adapté à nous. Il y a beaucoup de concerts ce soir (7 au total), l’ambiance est donc un peu plus speed qu’à l’accoutumée. Après nos balances, on ressort pour profiter d’une dernière après-midi dans le quartier.

Les concerts sont étranges, dans des styles très éloignés et inattendus. L'ambiance peine à prendre dans la salle. Et puis nos amis arrivent et nous redonnent le sourire : Pierre un ami d’Édouard qui est aussi à Tokyo en ce moment, Masa mon camarade de techno que j’avais rencontré il y a 2 ans, et notre chouchou Take, l’assistant de David. Notre concert est chouette, et le public est chaud. Comme nous jouons en dernier, on nous demande un rappel, une chose qui n'arrive jamais au Japon. David pousse l’organisation pour qu'on puisse le faire. On décide de jouer « Love », un ancien morceau, même si on ne l'a pas répété depuis le début de la tournée. Gros problème : l'ingé son n'a pas remis la guitare et le kick en façade et dans les retours. On se retrouve seul avec la batterie et les claviers, et quelques pains d'incompréhension... espérons que les gens ne retiendrons pas ce raté.

David chauffe tout le monde pour l'after-party, pousse un peu les gens qui sont restés à acheter du merch. Je profite de revoir Masa que je n'ai pas vu depuis 2 ans, et les bières s'enchaînent. Au moment de partir, il est déjà 1h du matin et nous n'avons pas encore diné. Heureusement, la mission restaurant sera plus aisée cette fois-ci, bien que Max et Édouard se retrouve avec un plat absurdement trop épicé. Ça sue à grosse gouttes et les lèvres sont rouge flammes. Ils l'ont un peu cherché, en prenant le seul plat du menu avec un gros piment dessus. Le temps de faire les bagages, il est déjà 3h00. La nuit sera donc une sieste de 1h. Le repos au Japon, non, mais la sensation de bien-être, oui. Au revoir, et pas adieu.


GREG


ÉDOUARD

FIN.

 

Merci à Gregory Hoepffner et Édouard Lebrun, toutes les photos et le texte sont leurs propriétés, merci de respecter, franchement.

Pour écouter, voir, sentir Jean Jean, et leurs donner des sous aussi :
- https://jeanjean.bandcamp.com/
- http://www.jeanjeanband.com/

Et vous pouvez entendre la douce voix de Greg, ici lors de son passage dans Bla Bla ou il parle de cette tournée au Japon d'ailleurs :

BLA BLA #2 - GREGORY HOEPFFNER & ALEXIS MOLENAT

Leave a reply